Immigration GLBT: Rolando, un symbole

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Richard et Rolando Immigration

Il y a d’abord la partie visible de l’iceberg. Dans sa dernière version du guide remis aux immigrants, les droits dont les GLBT jouissent au Canada ont été réintégrés. Par ailleurs, fin mars, le gouvernement avait annoncé le versement d’une subvention de 100.000 $ au Rainbow Refugee Committee (RRC) pour supporter financièrement les réfugiés gais lors des trois premiers mois de leur séjour.

Puis il y a la situation concrète. Celle qui vit un certains nombre de réfugiés GLBT au Canada. Illustration avec l’histoire de Rolando (à droite sur la photo), jeune mexicain de 32 ans. Arrivé illégalement au Québec au printemps 2007, il a fui son pays où il ne pouvait pas vivre normalement, en partie à cause d’une orientation sexuelle qu’il fallait absolument cacher.

Réponse incroyable

Il ne sera jamais régularisé, l’immigration canadienne percevant sa situation comme non-problématique au Mexique. Entre-temps Rolando s’est intégré complètement, parle français, a trouvé un travail fixe. Il est surtout tombé amoureux et s’est marié avec Richard (à gauche sur la photo), un Québécois, le 25 juillet 2009.

Parmi les claques administratives reçues par Rolando, certaines illustrent le genre de traitement que subissent aujourd’hui les immigrés GLBT. Il y a un peu plus de deux ans, le jeune homme a envoyé une demande d’examen des risques avant renvoi (ERAR) qui peut lui donner le statut de réfugié. La réponse – incroyable – de l’administration arrive le 17 décembre 2009 : « Il a été établi que vous ne risquiez pas d’être torturé ou persécuté […] ou de voir votre vie menacée ».

On repense ici à ce que nous disait il y a quelques mois (Être Vol. 15 No. 07) Daniel Saint-Pierre, avocat qui défend avec ardeur les immigrés GLBT : « Il  y a vraiment de la discrimination systématique dans les prises de décision sur les réfugiés. Pourquoi ? Car on a souvent tendance à réduire la question de la persécution en termes de la légalité ou l’illégalité de l’acte sexuel. […] On a tendance aussi à obliger les homos à des choses qu’on n’oserait jamais demander aux hétéros, comme de se cacher. On dit souvent « si les gens sont discrets, ils peuvent éviter les problèmes  ».

Devant la menace d’expulsion, Richard a déposé une demande de parrainage, en octobre 2009. « Le dossier prend normalement entre six et neuf mois. En avril 2010, celui-ci a été transféré au centre d’immigration de Montréal pour la prise de décision. Sauf que celle-ci n’est jamais venue. On ne peut pas parler clairement d’homophobie. Mais je pense que la situation aurait été différente pour un couple hétéro », dit Richard.

Logique absurde

Pendant le traitement du dossier, Rolando est toujours menacé d’expulsion. Arrive le 1er février 2011 : Rolando est convoqué au centre, pour « régulariser la situation ». « Dans notre tête, après 16 mois d’attente, c’était pour boucler le dossier de parrainage », se souvient Richard.

Mais en arrivant, Roland est mis en état d’arrestation et emprisonné. Ultime espoir : comme le prévoit le règlement, Richard et son avocat doivent voir un agent d’immigration pour plaider leur cause. Celui-ci ne viendra jamais. « Nos droits ont été mis de côté. On a été traités de manière scandaleuse », explique le conjoint de Rolando.

Ce dernier est transféré en prison à Laval. Une injonction de l’avocat devant une cour peut encore le faire rester. Mais le 2 février à 8h30, quelques heures avant que l’audience s’ouvre, Rolando est renvoyé au Mexique sans avoir pu faire ses affaires et en ayant à peine pu dire au revoir à son mari.

Absurdité de l’histoire, à cause de l’expulsion, le dossier de parrainage tombe à l’eau sans que le couple n’ait jamais reçu une réponse. « Il nous faudra désormais soit prouver devant la justice que l’immigration canadienne s’est mal comportée (je n’y crois guère), soit faire un dossier de parrainage extérieur. Cela prend trois ans au minimum», explique Richard.

Rolando a été recueilli au Mexique par son frère et se retrouve sans travail. Dernier détail : s’il devait un jour revenir au Canada, il serait obligé de payer son voyage d’expulsion intervenu le 2 février.

Crédits photo: document remis.