L’imposture d’Ève Lamont: morale chrétienne et demi-vérités

Par  |  5 commentaires

L'imposture

Tout au long de L’imposture, la réalisatrice suit des femmes qui se sont prostituées et qui tentent de quitter l’industrie du sexe. Elles viennent pour la plupart de milieux défavorisés et plusieurs sont toxicomanes. Ève Lamont suit leur tentative de réinsertion sociale en critiquant le manque de ressources dont elles sont affligées.
L’imposture dépeint la réalité bien précise de quelques prostituées et ex-prostituées issues de la Maison de Marthe, une initiative privée qui vient en aide à ces femmes, à Québec. La voix de l’anthropologue Rose Dufour, fondatrice de la Maison de Marthe, dicte ensuite tout l’argumentaire du film.
Cette ancienne infirmière catholique verse dans la spiritualité chrétienne pour sauver les prostituées. Elle tient dans L’imposture un discours prohibitionniste virulent qu’on la voit notamment défendre au Conseil du Statut de la femme.

Un choix des témoignages bien particulier

Ce choix de témoignages n’est pas dû au hasard. Peu importe si Montréal constitue la plaque tournante de l’industrie du sexe au Québec ou qu’un large pan des travailleuses du sexe organisées n’épouse pas la vision de Ève Lamont. Ce sont les témoigagnes en provenance de la Capitale nationale que la réalisatrice veut faire entendre.
Le traitement sans nuance de la prostitution par L’imposture n’accorde évidemment pas la caméra aux organismes d’intervention qui œuvrent auprès des centaines de travailleuses du sexe comme STELLA à Montréal ou POWER à Ottawa.
Lorsqu’une prostituée de la région d’Ottawa admet qu’elle se sentirait plus en sécurité dans un bordel légal et qu’une autre mentionne qu’il y aura toujours une demande pour l’achat de services sexuels, Ève Lamont se débarrasse de ces opinions embarrassantes en laissant Rose Dufour affirmer que l’égalité entre les hommes et les femmes n’existera jamais si des femmes s’offrent comme objet sexuel à travers la prostitution.
L’influence religieuse de Rose Dufour se révèle dans toute sa splendeur à travers le témoignage d’une des ex-prostituées de la Maison de Marthe. Après des études féministes à York, cette femme est entrée de plein gré dans l’industrie du sexe. Elle est ensuite tombée dans l’alcoolisme, la toxicomanie et s’est prostituée dans la rue. Devinez ce qu’il l’a sauvée? La foi. Soit dit en passant, Marthe est la soeur vaillante de Marie-Madeleine, la prostituée de la Sainte Bible.

Et la prostitution masculine?

Par ailleurs, L’imposture masque complètement la réalité de la prostitution masculine en plus de faire le néant sur les nuances pouvant se développer dans les relations entre les travailleurs du sexe et leurs clients.
Le sociologue Richard Poulin s’est d’ailleurs chargé de ridiculiser les hommes prostitués lors du panel ayant suivi la première projection de L’imposture, le 18 novembre 2010 aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal. Le sourire en coin et levant les yeux au ciel, il a lancé avec mépris qu’il y avait aussi des hommes prostitués. Ce commentaire a bien fait rire l’assistance…
L’imposture est actuellement présenté en salle dans différentes villes du Québec jusqu’au 24 février.

5 Comments