Entrevue avec Michel Tremblay : ode aux grains de sable

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Michel Tremblay Exposition Québec capitale

Être. Comment le Musée de la civilisation vous a-t-il présenté ce projet visant à revenir sur votre parcours d’auteur ?

Michel Tremblay. Il y a trois ans, une équipe m’a contacté avec l’idée de faire une rétrospective de mon œuvre. Sur le coup, j’ai refusé. Je trouvais ça prétentieux d’avoir une exposition de la sorte de mon vivant. J’ai quand même pris la peine de les rencontrer pour en savoir un peu plus sur le projet. Quand j’ai compris la forme qui les intéressait, j’ai changé d’avis et j’ai donné mon accord. À partir du moment où j’ai dit oui, je leur ai laissé carte blanche. Quand j’ai confiance, je préfère rester à l’écart sans intervenir. Comme pour la création de mes pièces de théâtre, je ne vois pas le résultat avant qu’il soit prêt.

Être. Avez-vous l’impression d’arriver au bout d’un cycle avec la fin de ce qu’on a surnommé « La diaspora des Desrosiers » et cet hommage qui souligne votre travail de vos débuts à aujourd’hui ?

M.T. Non. Les médias parlent beaucoup de la fin de cette épopée et peut-être que j’ai donné cette impression dans mes entrevues. Pourtant, je ne ferme aucune porte au sujet de ces personnages qui m’ont suivi si longtemps. Certes, aujourd’hui, les lecteurs peuvent suivre leur histoire d’un bout à l’autre. Je me laisse tout de même la liberté de m’attarder sur certains personnages secondaires que j’ai moins mis en avant au cours des années.

Être. Lorsque vous regardez la quantité phénoménale de travail exécutée depuis vos débuts, êtes-vous étonné par votre propre productivité ?

M.T. Effectivement, je ne peux m’empêcher d’être surpris. Ça peut sembler cliché comme métaphore, mais chaque pièce ou roman est un grain de sable qui s’accumule et au bout d’un moment, sans même s’en rendre compte, on a un tas de sable. Je me souviens avoir été fasciné, à l’adolescence, lorsque je consultais la section « du même auteur » à la fin d’un roman. Aujourd’hui, force est de constater que je fais partie de ceux-là.

Être. Pensez-vous que certaines œuvres n’ont pas été appréciées à leur juste valeur ?

M.T. Certainement. J’ai l’impression que certaines, dont j’étais particulièrement fier, ont été reçues dans l’indifférence. Ça me fait toujours un pincement au cœur. Je pense encore que Un objet de beauté, dernier tome des Chroniques du Plateau Mont-Royal, est l’une des choses les plus fortes que j’ai écrites, mais il est passé plutôt inaperçu à sa sortie. Même chose avec la pièce Messe solennelle pour une pleine lune d’été, présentée au Théâtre Jean Duceppe en 1996, qui avait reçu un accueil discret.

Être. Dans une récente entrevue avec Serge Denoncourt, le metteur en scène nous révélait que L’Oratorio de Noël avait été écrit pour lui. Créez-vous toujours vos pièces en sachant qui donnera forme au spectacle?

M.T. Maintenant oui. Quand j’écris, j’ai en tête un metteur en scène. Dans le cas de Serge, j’ai beaucoup aimé son travail pour Fragments de mensonges inutiles et Thérèse et Pierrette à l’école des Saints-Anges. Il trouve une manière de faire surgir la beauté, même dans des univers parfois laids et sombres. Son esthétique est aussi très proche de la mienne. On se comprend entre créateurs.

Être. À propos de cette pièce, vous vous êtes aventuré sur des terrains que vous avez peu fréquentés par le passé…

M.T. Absolument, c’est un nouveau sujet pour moi. Le personnage principal est un neurochirurgien atteint de la maladie d’Alzheimer. On est loin du milieu ouvrier. Avec L’Oratorio de Noël, j’ai voulu faire un travail plus introspectif. La plupart des pièces ou films traitant d’Alzheimer le font du point de vue de l’entourage. J’avais envie d’explorer ce qui se passe dans la tête d’un homme au moment où il lui reste encore quelques éclairs de lucidités.

Être. Autre moment important pour vous, en 2012 : Les Belles Sœurs, sous forme de comédie musicale, sera présentée pendant un mois au célèbre théâtre du Rond-Point à Paris, à partir du 8 mars…

M.T. Je suis très fier de ce spectacle. D’ailleurs, je vais devoir manquer le lancement de l’exposition pour assister à la première à Paris. J’ai hâte de présenter ce spectacle aux Français. C’est toujours une fierté pour un peuple de présenter dans le pays de ses colonisateurs les résultats de la culture actuelle. C’est une façon de dire « Regardez ce qu’on est capable de faire! ». Le spectacle sera d’autant plus québécois que Jean-Michel Ribes, le directeur artistique, a insisté pour qu’aucun changement ne soit apporté au texte pour faciliter la compréhension du public français.

Crédit photo : Joshua Kessler.