Artsida 2012 – Yunus Chkirate : « Faire notre part du travail »

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yunus chkirate Artsida Montréal artiste

RG. En quoi Artsida reste un événement incontournable pour la communauté LGBT québécoise et les artistes ?

Yunus Chkirate. Quand on touche à des causes comme celle du VIH/Sida, c’est important de trouver différentes façons pour aider. En tant qu’artiste, être capable de faire partager notre travail tout en permettant de récolter des fonds procure un sentiment incroyable. L’art n’a pas de sexe, de genre, ou d’âge, c’est un cadeau universel. Tous les artistes d’Artsida ont ici l’opportunité de se rassembler pour montrer qu’on peut combattre un autre problème universel. 

RG. Vous êtes issu d’une génération qu’on dit moins « sensible » au problème du sida. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous engager de la sorte ? 

Y.C. Souvent les artistes sont plus sensibles. Dans mon cas, j’ai toujours été réceptif à toutes les choses qui causent de la douleur aux autres. Je crois que ma génération pense que le VIH est juste une maladie comme une autre, qu’on peut traiter et vivre normalement. Et dans un certain sens, ils ont raison… Mais la stigmatisation reste très présente. Le VIH traîne avec lui un mal émotionnel et les préjugés sont nombreux dans la communauté. On oublie que le VIH change la vie de quelqu’un. Au lieu de juger, on doit donc aider. J’espère continuer de travailler avec différentes fondations, mais aussi supporter une autre cause qui affecte beaucoup de jeunes : l’intimation dans les écoles. 

RG. Avez-vous l’impression d’un relâchement aujourd’hui chez les jeunes gais ?

Y.C. Pour chaque problème, on trouve toujours des extrêmes. On voit de plus en plus de jeunes qui acceptent des partenaires séropositifs en se protégeant. Je suis content de voir ça. J’ai toujours dit que les condoms sont hot ! Mais on voit aussi des groupes qui encouragent le barebacking car ils pensent que le VIH ne constitue plus un grand problème. Donc, je crois que oui, ça démontre un grand relâchement. Ça diffuse un mauvais message à toute la population et encourage la transmission d’autres ITS. Malheureusement, on n’apprend rien à l’école sur le VIH. Un jeune actif sexuellement doit se faire sa propre éducation. Ça représente une grande partie du problème.

RG. Quelle œuvre avez-vous remis pour l’exposition et l’encan ? 

Y.C. L’an passé avec Brute Hope, j’ai créé un tableau qui portait sur le VIH. Mais cette année, j’ai voulu évoquer un autre aspect de la communauté. Mon tableau Portrait of an Idealized Greek God (photo ci-dessous) joue avec l’idéalisme de la masculinité. Jusqu’à présent, j’ai reçu beaucoup de réactions positives sur les réseaux sociaux… Tant mieux, le but est d’attirer l’attention pour rapporter beaucoup d’argent lors de l’encan. 

Portrait of an Idealized Greek God (Yunus Chkirate)

RG. Parmi les autres artistes présents à Artsida, quels sont ceux que vous aimez plus particulièrement ? 

Y.C. J’apprécie tous les artistes, parce que ce n’est pas évident de l’être, point. Mais, bien sûr, j’ai mes préférés. J’adore la simplicité qu’on retrouve parfois dans les tableaux de Zïlon, tout en conservant un impact énorme. Les regards, les formats et les couleurs de Yvon Goulet attirent toujours mon attention. Je suis récemment devenu fan de Sébastien Gaudette. J’adore sa technique et l’étude qu’on voit en arrière-plan de ses tableaux. Enfin, j’aime beaucoup la dichotomie des portraits de Mathieu Laca, notamment celui de Francis Bacon, un de mes modèles.

RG. Que peuvent apporter les artistes dans le combat contre le sida ?

Y.C. Ils montrent au monde combien l’art est important et que la communauté artistique fait sa part du travail.

RG. Sur le plan personnel, les derniers mois ont été assez spectaculaires pour vous. Vous avez vendu tous vos tableaux lors de votre première exposition. Il y a aussi une exposition permanente chez Delano Design….

Y.C. Oui, quand parfois je me pose et je pense à ma dernière année, je n’y crois toujours pas. Le soutien de mes fans et des personnes qui continuent à collectionner mes tableaux me touche énormément. J’apprends désormais à acquérir la discipline nécessaire pour obtenir les résultats que je souhaite dans mes projets. C’est difficile parfois de planifier l’inspiration. Elle est toujours là, je dois juste pouvoir m’arrêter et l’écouter. Ça ressemble un peu à une voix. Lorsqu’il y a du bruit autour, on ne l’entend pas. Mais je suis plutôt chanceux de ce côté-là.

RG. Quels sont vos prochains projets ?

Y.C. Je suis en train de développer de nouveaux projets concernant des expositions et des collaborations avec des fondations, mais on reparlera de ça une autre fois (rire). Je préfère garder l’attention sur Artsida. 

Artsida 2012
Du 23 mars au 6 avril
À la Galerie Dentaire et à la Galerie V-Trimont
Vernissage le 24 mars à la Galerie Dentaire
Encan (18h) puis fête le 7 avril au Musée d’art contemporain
artsida.org

Crédit photo : César Ochoa.