Collège Notre-Dame : la police ouvre une enquête

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Notre DameL’affaire présumée de pédophilie au Collège Notre-Dame (voir notre numéro de juillet), établissement situé sur le chemin Queen Mary à Montréal, a franchi une nouvelle étape ces dernières semaines. Les accusations d’agressions sexuelles – les faits se seraient déroulés entre les années 50 et 90 – concernaient jusqu’alors la justice civile avec une demande en recours collectif contre la congrégation des frères de Sainte-Croix. Désormais, le criminel s’est également saisi de l’affaire.
Suite au dépôt de deux plaintes, fin septembre, auprès de policiers, le SPVM a en effet ouvert une enquête et lancé un appel aux victimes. «D’autres victimes ont elles aussi déposé plainte depuis», affirme Robert Cornellier, frère de l’une des victimes et directeur du Comité des victimes de pédophiles du Collège Notre-Dame, contacté par Être.
À peu près à la même période, Radio-Canada a révélé l’existence d’un document interne de la congrégation prouvant, selon la chaîne de télévision, que les frères savaient ce qui se passait au sein de l’établissement. L’auteur du document confirmerait également le versement, en 1993, de 250.000 dollars, provenant du budget du collège, pour dédommager une victime. «Cette personne abusée sexuellement m’a appelé dernièrement. Elle m’a confirmé ces informations. Elle a décidé, elle aussi, de porter plainte», explique Robert Cornellier.

La prescription au cœur de la future décision judiciaire

Suite au reportage de Radio-Canada, la congrégation a, dans un communiqué, présenté pour la première fois ses «plus sincères excuses pour la souffrance causée par ceux qui détenaient un poste de confiance et d’autorité, ainsi que [sa] profonde compassion. Ces actes n’auraient jamais dû survenir». Les frères se disent aujourd’hui prêts à collaborer avec la justice pour que «toute la lumière soit faite sur ces événements». La congrégation nie, en revanche, avoir versé de l’argent pour protéger les responsables.
Cette intervention est loin d’avoir satisfait le Comité des victimes de pédophiles du Collège Notre-Dame ou l’Association des victimes de prêtres. «Nous demandons trois choses : que la congrégation remette tous les documents utiles dans cette affaire à la police ; qu’elle dénonce les agresseurs ; qu’elle accepte qu’un médiateur entre les deux parties soit nommé afin de ne pas obliger les victimes à devoir témoigner et revivre au cours d’un procès le drame qu’elles ont traversé. Aucune de ces requêtes n’a été acceptée à ce jour », détaille Robert Cornellier.
Selon ce dernier, si la congrégation refuse la nomination d’un médiateur, c’est parce que «les religieux misent sur la prescription. Dans les affaires civiles, il ne peut y avoir de dédommagement possible que pour des cas qui remontent à moins de trois ans. Concernant les abus sexuels, il y a une certaine tolérance. Il faut montrer que la victime ne pouvait pas parler à l’époque des faits et qu’elle n’en est capable que depuis moins de trois ans.» D’où l’«espoir» des frères dans cette affaire.
La demande de recours collectif sera étudiée par la justice les 13 et 14 décembre prochains. Si le juge estime admissible cette requête, la congrégation de Sainte-Croix devra alors faire face à un procès, ce qui constituerait une bien mauvaise nouvelle pour cette institution dont est issu le frère André qui, hasard du calendrier,  a été canonisé le 17 octobre dernier, faisant de lui le premier saint québécois.
Crédits photo : Camilo Gomez