Miriam Ginestier/Edgy Women : « Les lesbiennes sont de plus en plus visibles »

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Miriam Ginestier Edgy Women Féminisme lesbienne

Entre Elles. Qu’est-ce qui vous a motivée dans la création de projets tels que Edgy Women, le Meow Mix et le Studio 303 ?

Miriam Ginestier. J’aime sentir que je propose quelque chose de différent, que je contribue au développement de ma communauté. Je suis surtout heureuse de côtoyer d’excellents artistes et de partager mes expériences de leurs pratiques avec d’autres spectateurs. Voilà pourquoi dernièrement, avec l’aide de ma blonde, j’ai aussi recommencé à organiser des cours de Tango Queer.

Entre Elles. En quoi Edgy Women vous tient-il particulièrement à cœur ?

M.G. Il représente le carrefour où se rejoignent ma carrière professionnelle – directrice du Studio 303 – et mes intérêts personnels – qui consistent, je le répète, à œuvrer pour ma communauté. Avec Edgy Women (et aussi avec Meow Mix), j’espère créer un lieu qui célèbre des perspectives et des identités nouvelles, des événements artistiques qui se servent de l’humour et de la séduction pour passer des messages.

Entre Elles. Comment était la scène lesbienne lors de la création du festival, au début des années 90 ?

M.G. Très différente de celle qu’on connaît aujourd’hui ! On parle d’une époque pré-Internet. Il y avait plusieurs bars lesbiens, mais il fallait aller chercher les feuillets publicitaires sur le comptoir de la librairie Androgyne pour savoir ce qui se passait. Les lesbiennes séparatistes étaient très présentes, mais la génération plus jeune amenait une tendance de féminisme « sex-positive ». Néanmoins,Edgy Women n’est pas un événement étiqueté lesbien. Il met l’emphase sur des femmes fortes. Aussi, ce n’est pas étonnant qu’il y ait souvent une belle présence d’artistes queer dans la programmation.

Entre Elles. Que pensez-vous de la scène artistique lesbienne actuelle ?

M.G. Il n’est pas vraiment possible de parler de « la scène artistique lesbienne », mais c’est sûr que la diversité des pratiques et le nombre d’artistes queer a beaucoup augmenté, au niveau tant amateur que professionnel. Les lesbiennes sont de plus en plus visibles, surtout dans le milieu de la musique (DJs et groupes), de la littérature, de l’humour et du cinéma. En revanche, j’ai l’impression que cette identité est moins apparente dans les arts vivants comme la danse, le théâtre, la performance et les arts visuels.

Entre Elles. Pourquoi ?

M.G. Le lesbianisme comme sujet est déjà un peu périmé ! Cela dit, si on parle de la scène queer, l’offre est devenue très vaste. Il y a pas longtemps, Meow Mix (et le Boudoir) était l’une des seules soirées-cabarets queer. Maintenant, avec l’avènement des médias sociaux, il y a une panoplie d’événements dans différents lieux. C’est incroyable et c’est vraiment bon signe !

Entre Elles. Qu’est-ce que vous cherchez d’abord à montrer avec Edgy Women ?

M.G. Je veux mettre de l’avant des œuvres intelligentes, inventives, inspirantes et qui ont des idées à défendre. Edgy Women reprend le mantra féministe classique, c’est-à-dire « le personnel est politique », en présentant des prestations basées sur l’identité, artistiquement rigoureuses, drôles, complexes et surprenantes. Je veux mettre en lumière des œuvres de femmes qui travaillent au-delà des disciplines traditionnelles.

Entre Elles. Selon vous, les lesbiennes fournissent-elles un apport important au mouvement féministe ?

M.G. Oh oui, bien sûr ! Les personnes marginalisées à l’intérieur d’un mouvement politique brassent des idées, et du coup ça les remet en question. Elles participent ainsi à déconstruire les idées préconçues.

Entre Elles. Comment vivez-vous votre propre féminisme ?

M.G. Je suis militante à ma manière : je ne descends plus vraiment dans la rue, mais tout mon travail vise à promouvoir des femmes et des queer. Pour moi, le féminisme est une évidence. Je ne comprends pas quand les gens affirment qu’ils ne sont PAS féministes !

Entre Elles. Depuis 15 ans, votre public a-t-il évolué avec le festival ?

M.G. C’est drôle parce que je peux parler du public de Meow Mix, mais moins de celui de Edgy Women. Il est plus difficile à saisir et il varie énormément, notamment en raison de la programmation offerte et des lieux partenaires. À Edgy Women, les Meow Mixersse mêlent aux professionnels et au public du milieu des arts de la scène. J’avoue que cette diversité n’est pas toujours facile à gérer, car certains spectacles sont parfois très queer pour un public plus « général ».

Entre Elles. Avez-vous d’autres projets à venir ?

M.G. En fait, je pense déjà à Edgy Women 2013, car ce sera le 20e anniversaire du festival ! Je prévois une édition qui se distinguera par sa thématique sportive. Je compte louer le magnifique club de boxe « Chat Bleu » pour faire des créations in situ. Autre chose : je veux absolument collaborer avec la blogueuse Meg Hewings de Hockey Dyke in Canada pour créer un événement participatif. Enfin, je devrai faire des recherches sur la Lucha Libre (lutte libre), car une des artistes que je compte inviter est récemment devenue maniaque de ce sport !

Festival Edgy Women
Du 16 au 31 mars 2012
Présenté par le Studio 303
(514) 393.3771
edgywomen.ca

Article à retrouver dans le dernier numéro d’Entre Elles et sur entreelles.net.

Crédit photo : César Ochoa.