30ème édition du FIFA – René Rozon : « Je me nourris d’art »

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René Rozon FIFA Cinéma Montréal Festival du film sur l'art

Être. Dans le film consacré à l’histoire du FIFA, vous dites que lancer ce festival a été « une idée folle »…

René Rozon. Oui, les gens n’y croyaient pas. Les journalistes ne prenaient pas ça au sérieux. Ils disaient « Encore un autre festival ! ». Tout ça parce qu’il s’agissait de quelque chose de très pointu. Aujourd’hui, notamment grâce à la télévision, le documentaire a pris de l’ampleur, ce qui n’était pas le cas, voilà 30 ans. Le public s’est habitué.

Être. Qu’est-ce qui vous a motivé à vous lancer dans une telle aventure ?

R.R. J’aimais l’art et j’aimais le cinéma. Ça me permettait de faire la fusion entre les deux. Ça peut paraître un peu simpliste, mais c’est comme ça. J’ai commencé à voir des documentaires sur l’art dans les musées que j’ai fréquentés dès mon plus jeune âge. Je me souviens notamment de l’un d’eux, sur le peintre Gustave Moreau. Ça avait piqué ma curiosité. Par la suite, mes études en histoire de l’art et en cinéma à l’Université de Montréal ont affiné tout ça.

Être. Personnellement, qu’est-ce que vous a apporté l’art ?

R.R. Ça a développé ma sensibilité. C’est une source perpétuelle de motivation. Je ne peux pas m’empêcher de voir une exposition ou de lire un ouvrage sur les arts. Je m’entoure, je me nourris de tout ça. Avec les 600 propositions de documentaires qu’on reçoit chaque année pour le FIFA, j’ai de quoi faire (rire).

Être. Y’a-t-il un thème que vous avez cherché à mettre en avant pour cet anniversaire ?

R.R. Non, par contre on constate la présence de nombreuses œuvres sur la littérature. C’est étonnant, chaque année, sans qu’on s’en rende compte, un domaine prédomine. Pour cette 30ème édition, il y aura de très grands écrivains au programme : Céline, Romain Gary, Mazo de la Roche, Philip Roth, Umberto Eco ou encore Jean Genet.

Être. Qu’est-ce qui vous plaît chez ce dernier, connu pour ses scandales notamment liés à son homosexualité ?

R.R. Je ne pourrais pas dire qu’il s’agit de mon écrivain préféré. Je préfère l’œuvre d’un Marcel Proust, mais je comprends pourquoi il est admiré. Ses livres, comme son film d’ailleurs [Un chant d’amour, ndlr.], ont quelque chose de fascinant. Il faut dire aussi que le documentaire qu’on présente sur lui est bon. Je le précise car il m’arrive parfois de choisir des films moyens, « standards », mais dont le sujet mérite qu’on en parle.

Être. Le FIFA a souvent programmé des documentaires où on retrouve de près ou de loin des thématiques GLBT. Est-ce un hasard ou un acte militant de votre part ?

R.R. Je ne pense pas du tout au militantisme au moment de la sélection. Je choisis ces documentaires parce qu’ils apportent quelque chose à leur domaine respectif. Oui, c’est vrai, ils peuvent rejoindre un certain public. On ne peut que s’en réjouir. Le documentaire sur Jean Genet est de ceux-là.

Être. Trente ans après sa création, la mission du FIFA reste-t-elle la même ?

R.R. Oui, celle qui est décrite dans nos documents : « Le FIFA vise à accroître auprès du public la connaissance et l’appréciation de l’art. Il cherche également à faire valoir le travail des artistes ».

Être. Pourquoi avoir choisi Carole Laure comme présidente du jury cette année ?

R.R. D’abord parce qu’elle a travaillé dans un grand nombre de domaines : elle a réalisé des films, joué dans d’autres, fait de la musique, écrit des scénarios… C’est une artiste bien établie, par ailleurs porte-parole de la semaine québécoise en France, donc bien connue à l’étranger. Pour nous, c’est bon d’avoir une telle personnalité. Ça fait des années que j’essayais de l’avoir, mais il y avait toujours des problèmes avec les dates.

Être. Financièrement, comment se porte votre festival ?

R.R. Ce n’est pas facile. Chaque année, tout est à recommencer. On ne peut jamais s’asseoir sur ses lauriers. Les gens du secteur privé peuvent vous dire oui une année et changer d’avis la suivante. Quant au secteur public, ça demande désormais un temps fou, les gouvernements sont devenus très pointilleux. Il faut toujours se battre, c’est peu comme pour la langue française (rire).

Crédit photo : Natacha Gysi.