Contestation étudiante : y’a du printemps dans l’air

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La contestation étudiante qui prend de l’ampleur, me réjouit. Elle me confirme qu’un large pan de notre jeunesse fait autre chose que se faire bourrer le crâne sur les bancs des collèges et universités. Celle-ci est encore capable d’esprit critique et d’indignation, de solidarité, elle refuse d’être une simple consommatrice de services. Elle se rebelle contre la stupidité, la cupidité des élites en place et de leur credo néolibéral, néoconservateur devrait-on dire, qui mènent notre monde droit dans le mur.

Ça fait du bien d’entendre ses représentants tenir avec aplomb un discours à contre-courant de la bêtise reprise par la majorité des médias dont le seul point de référence est de nous comparer avec le reste de l’Amérique du Nord, comme si le Canada de Stephen Harper et les États-Unis étaient des modèles à suivre en termes de progrès et de justice sociale. Ce vent de fronde est un vent de fraîcheur qui nous fait espérer que notre société n’est pas encore soumise béatement au discours consumériste, conformiste et individualiste.

Le spectacle du gouvernement en place, soutenu par les élites économiques qui n’ont qu’un seul credo, la croissance toujours plus grande des écarts entre riches et pauvres, est extrêmement désolant. Le même gouvernement nous prêche les vertus de dépenser des dizaines de milliards pour ouvrir le Nord du Québec au pillage des grandes multinationales minières, un discours qui nous ramène à l’époque de Duplessis, d’un modèle économique qui date de l’époque coloniale et qui promet d’être un autre désastre écologique.

Mensonges et sophismes habituels

En revanche, l’équipe de Jean Charest n’aurait évidemment pas d’argent pour s’assurer que tous aient accès à l’éducation. Bien sûr, dans leur logique de porteurs d’eau, ça ne sert pas à grand-chose de développer l’esprit critique. Il est même extrêmement subversif que les jeunes issus des milieux moins aisés aient accès à l’éducation. Elles et ils pourraient réaliser qu’il n’y a aucun avenir dans ce modèle de développement écologique, économique et social qui nous condamne au pillage des ressources naturelles qui seront transformées ailleurs et qu’on nous revendra à fort prix dans une logique de surconsommation.

Dans ce discours, on retrouve toujours les mêmes mensonges et les mêmes sophismes : il y aurait un consensus social autour de cette hausse  de 75% des frais de scolarité (ce que tous les sondages infirment malgré l’abrutissement médiatique). L’accessibilité sera maintenue grâce à une aide financière accrue pour les moins nantis : n’importe qui ayant suivi l’évolution de notre système d’éducation depuis 30 ans sait très bien que l’aide financière promise est de plus en plus offerte sous forme de prêts (ce qui ne fait que l’affaire des banques à qui le gouvernement et les ex-étudiantes et les ex-étudiants paient de généreux intérêts). Cela a fait grimper dramatiquement l’endettement étudiant, forcé de plus en plus de jeunes à consacrer de plus en plus de temps à un emploi à temps partiel plutôt qu’aux études… au point de les compromettre.

Le régime d’aide financière prévoit toujours au début du troisième millénaire, alors que la durée des études s’allonge constamment, que les parents contribuent au financement des études de leurs enfants, ce qui fragilise davantage les jeunes LGBT qui sont encore bien souvent aujourd’hui forcés bon gré mal gré de quitter le milieu familial, voire de se passer de ce soutien, pour pouvoir vivre leur vie.

Même l’Ontario voisine envisage plutôt de faire marche arrière et de réduire ses frais de scolarité devant l’impact négatif des hausses des dernières décennies. Sans parler de pays comme la Suède qui ont étendu la gratuité scolaire à l’université pour miser sur l’économie du savoir.

Mouvement social qui force le changement

Je ne m’attends évidemment pas à grand-chose d’un gouvernement libéral associé à ses généreux amis qui profitent de non moins généreux contrats et qui se frottent les mains face à l’idée d’un Plan nord où ils espèrent plonger dans l’assiette au beurre. Je ne m’attends pas à grand-chose non plus d’un premier ministre libéral, ancien progressiste-conservateur, qui vit à Westmount et qui fréquente le Domaine Sagard des Desmarais.

Je sais que ces élites corrompues ne comprennent qu’une chose : le ras-le-bol qui s’exprime dans les perturbations et les turbulences qui menacent le ronron des grosses affaires qu’elles brassent.

Aussi je suis de tout cœur avec le mouvement étudiant qui prend de l’ampleur. Et à ce discours platement conformiste qui clame que les grévistes nuisent à eux-mêmes et à leurs études, je clame au contraire que les étudiantes et étudiants apprendront davantage dans la rue, dans la confrontation des idées, dans la contestation politique et sociale qu’en restant sagement dans leurs classes. La preuve sera alors faite qu’elles et ils auront appris autre chose qu’un fatras de connaissances livresques, qu’elles et ils auront développé leur esprit critique, un esprit indispensable dans tout processus d’apprentissage.

J’espère que toutes et tous apprendront que l’égalité, l’égalité des chances, une valeur fondamentale pour toute démocratie qui se respecte, naît dans la rue, qu’elle se défend et avance dans la solidarité où nous ne sommes plus seulement des individus, mais un mouvement social qui force le changement.

Voilà un peu d’air frais qui annonce le printemps qu’on nous promet !

Crédit photo : A.G.