Tunisie : un magazine en ligne gai pris à partie par un ministre

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C’est un nouvel élément de la diatribe homophobe lancée par les autorités tunisiennes et le parti au pouvoir, les islamistes d’Ennahda. « Ils [les GLBT] vivent comme des citoyens mais doivent respecter les lignes rouges fixées par notre religion, notre héritage et notre civilisation », a affirmé Samir Dilou à la télévision tunisienne, le 4 février.

Tout en affirmant la nécessité de soigner toute personne homosexuelle, il s’est également dit contre l’existence du magazine Gayday, sans même l’avoir lu (« même si je suis ministre des Droits de l’homme » a-t-il ajouté). Pour l’heure néanmoins, le site Internet fonctionne toujours. Ni l’éditeur ni les collaborateurs n’ont été directement attaqués par le gouvernement.

Les déclarations du ministre s’inscrivent dans un contexte où des polémiques ont éclaté à propos des mœurs de certains membres d’Ennahda, victorieux des élections législatives en octobre, le premier scrutin depuis la Révolution de jasmin qui a chassé le dictateur Ben Ali du pouvoir.

« Beaucoup de travail nous attend »

En janvier, le ministre de l’Intérieur s’est ainsi retrouvé au cœur d’un scandale lié à une vidéo où on le verrait avoir une relation homosexuelle en prison. Par ailleurs, le frère du ministre de la Justice a été gracié alors qu’il avait été condamné à onze ans de prison pour le viol d’un jeune garçon.

« C’est comme si, tout d’un coup, le sujet de l’homosexualité n’est plus un tabou, si on considère le grand nombre de commentaires homophobes laissés sur des sites tunisiens », a expliqué au journaliste Dan Littauer (PinkNews)  l’éditeur du Gayday, connu sous le nom de Fadi, qui dit être souvent l’objet de menaces de mort.

L’homophobie n’est pas propre à Ennahda. Lors d’une manifestation contre la violence et l’extrémisme à Tunis, le 28 janvier, plus de 6.000 militants laïcs ont marché avec des membres du Parti démocrate progressiste, certains brandissant des pancartes homophobes en raison de l’homosexualité présumée des membres les plus importants du parti islamiste.

Pour Fadi, les GLBT doivent donc faire face à beaucoup d’« hostilité ».  « Nous avons beaucoup de travail qui nous attend pour en finir avec l’article 230 [qui criminalise les relations homosexuelles, ndlr. ] et établir l’égalité dans la loi ».

Crédits photo : Gayday Magazine

Traduction : A.A.