Islande : la pionnière Jóhanna Sigurðardóttir garde le cap

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Jóhanna Sigurðardóttir Islande lesbienne première ministre

On y a cru, même si ce n’était qu’un petit peu. Trois ans après son accession au poste de première ministre d’Islande, Jóhanna Sigurðardóttir, symbole de l’avancée des lesbiennes sur le plan politique, accepterait-elle de répondre aux questions d’une rédaction travaillant sur les questions GLBT  ? La réponse de son cabinet a été nette : la chef du gouvernement, dont l’emploi du temps, on s’en doute, est surchargé, « ne parle jamais en entrevue de sa vie privée ou de questions personnelles ».

Jóhanna Sigurðardóttir, membre du Parti social-démocrate islandais, est à l’image de ses concitoyen(ne)s, pour qui son orientation sexuelle n’a jamais été sujet à débat. « Savoir avec qui la première ministre dort la nuit est bien loin des préoccupations des gens », expliquait le journaliste Ingo Sigfusson à la BBC, en février 2009.

« Sainte Jóhanna »

Pour autant, la femme politique, âgée aujourd’hui de 70 ans, défend les droits des LGBT. Sous sa direction, le Parlement islandais a voté à l’unanimité pour le mariage entre conjoints de même sexe, en juin 2010. Jóhanna Sigurðardóttir a été l’une des premières à profiter de cette nouvelle loi en épousant sa compagne de longue date, une auteure de théâtre avec qui elle s’était déjà unie civilement.

Petite-fille d’une syndicaliste féministe, Jóhanna Sigurðardóttir n’a jamais varié dans ses combats pour défendre les plus démunis, au point d’être affublée du surnom de « sainte Jóhanna ». Élue parlementaire depuis 1978, plusieurs fois ministre des Affaires sociales (après avoir été hôtesse de l’air dans une  « autre vie »), elle a su se bâtir une réputation de femme intègre et populaire.

Fin des clubs de strip-tease

En 2008, lorsque l’Islande, pays de quelque 320.000 habitants, se retrouve au bord de la faillite après l’effondrement de son système financier, elle est l’une des rares personnalités politiques à « surnager » et à maintenir la confiance de la population. Nommée première ministre par intérim après la démission du conservateur Geir Haarde, qui avait été accusé d’avoir précipité son île dans l’abîme, Jóhanna Sigurðardóttir remporte les élections en avril 2009. Elle gouverne avec ses alliés de la « gauche verte ».

Depuis trois ans, les droits des femmes figurent parmi ses priorités. Ainsi, en mars 2010, les députés ont voté pour un projet de loi exigeant la fermeture de tous les établissements de strip-tease ou de tout lieu voulant tirer profit de la nudité de ses employé(e)s.

La première ministre a également soutenu activement les dernières campagnes contre le viol et les violences conjugales. « Jóhanna est une grande féministe, elle n’hésite pas à affronter les hommes dans son propre parti et refuse de se laisser opprimer », affirmait Guðrún Jónsdóttir de l’association Stígamót en mars 2010 au Guardian. Discrète, mais déterminée.

Crédits photo : Ministère islandais des Affaires sociales et de la sécurité sociale.