Bruce Knotts va vous redonner la foi

Par  |  Aucun commentaire

Bruce knotts ONU religion église unitarienne

En tant que délégué en chef de son Église aux Nations Unies, Bruce Knotts est le porteur d’un message social radical qui donne aux Unitariens la réputation de religieux très libéraux et pleinement pro-gais. L’Universalisme unitarien reste une religion minoritaire, provenant du protestantisme, mais englobant toutes les théologies compatissantes – les traditions musulmane, juive, chrétienne et bouddhiste.

Ses membres se considèrent comme faisant partie d’une Église, même si les pratiquants n’ont pas l’obligation d’adhérer à une vision particulière de Dieu ou de ce qu’il se passe après la mort. Bruce Knotts et sa coalition Compass for Compassion (jeu de mots anglais qu’on pourrait traduire littéralement par Boussole pour la Compassion) travaillent avec des groupes religieux et des diplomates pour que des pressions soient exercées sur les nations homophobes (par exemple la quarantaine de pays du Commonwealth où l’homosexualité reste criminalisée) et ainsi venir en aider à nos frères GLBT en détresse.

Pas de siège ni d’ambassade

Bruce Knotts (et son fabuleux mari Isaac), qui vit habituellement à New York, est venu, en novembre dernier, faire un tour au Québec pour prendre la parole lors d’un office à l’Église unitarienne universaliste de Montréal. Le sujet : « foi et justice sociale ». Y assister valait le détour : quand il s’agit des droits des gais, le religieux ne s’arrête plus !

Contrairement à l’agaçante Église catholique, qu’il désigne comme « le plus grand employeur de personnes GLBT dans le monde », les Unitariens n’ont pas de siège à l’Assemblée générale des Nations Unies ou encore d’ambassade. Ils comptent plutôt sur les délégués de leur communauté.

Ayant des entrées dans la byzantine diplomatie internationale et au sein des délégations religieuses, Bruce Knotts s’entretient régulièrement avec une élite très spéciale dont le but est de voir représentées les croyances de leurs communautés transnationales, tandis que le sien est garder en vie les personnes GLBT dans des pays où elles sont réellement menacées.

En décembre 2010, lorsque l’Assemblée générale des Nations Unies a voté sa résolution annuelle contre les exécutions sommaires, tout en laissant de côté toute demande explicite en faveur d’une meilleure protection du droit à la diversité sexuelle, la coalition a réagi promptement. « Dans un premier temps, les pays islamiques et ceux de l’Europe de l’Est ont joint leurs forces pour enlever l’orientation sexuelle de la liste des raisons pour lesquelles il était interdit de perpétrer des exécutions sommaires sans procès », indique Bruce Knotts. Vingt-trois ont finalement changé leur vote.

Sa coalition et ses centaines de soutiens, qui se trouvaient être à New York au même moment, pour une conférence, ont convaincu l’ambassadrice américaine Susan Rice de réintégrer la mention. Avec l’aide de l’Afrique du Sud, la résolution a finalement été modifiée. Cette bourde diplomatique initiale et cet amendement spécial (obtenu sans l’aide du Canada) constituent un exemple fascinant du travail que des délégations religieuses ne possédant aucun droit de vote sont capables d’effectuer dans les coulisses du géant onusien, pour faire avancer les droits humains.

[DDET Lire la suite…]

Les méandres de la diplomatie

Quelle est sa stratégie? « Patience, persistance et coalition. Quand je suis allé pour la première fois aux Nations Unies au début de l’année 2008, je siégeais dans un comité pour planifier une conférence sur les droits humains à Paris. Les gens parlaient de tous les groupes de personnes possiblement concernés, à l’exception des GLBT. J’ai soumis l’idée d’un atelier sur la question à la conférence, mais je ne savais pas que celle-ci devait d’abord être approuvée par le Haut Commissariat aux droits de l’homme, l’UNESCO et le gouvernement français! », souligne-t-il.

Néanmoins, tout s’est bien terminé : « Lors de cette conférence, la secrétaire d’État française chargée des affaires étrangères et des droits de l’homme, Rama Yade, s’est levée et a proposé un projet de résolution pour mettre fin à la criminalisation de l’homosexualité dans le monde entier. »

La résolution issue de cette conférence a été approuvée par 66 États et s’est soldée par la condamnation de la discrimination et de la criminalisation, en dépit de certaines réserves provenant des États du sud de la Méditerranée » – et une fois encore, sans l’aide du gouvernement Harper.

Ces derniers temps, Bruce Knotts et sa coalition travaillent avec des délégations de chrétiens, de musulmans et des chefs spirituels pour les aider à (au moins) enrayer l’épidémie de violence homophobe perpétrée par des États et des dogmes. « Je ne suis pas prêt à qualifier toutes les communautés religieuses d’homophobes, souligne-t-il. Beaucoup d’entre nous, homosexuels, ont pris du temps à s’accepter soi-même, alors cela pourrait en prendre aussi beaucoup pour convaincre les purs et durs ».

Une conférence à Kampala en 2012

Alors qu’il pourrait être difficile de convaincre un catholique ou un musulman orthodoxe d’être en faveur du mariages gai, Bruce Knotts adhère plutôt aux principes de la doctrine des droits humains fondamentaux : le droit à un procès équitable, le droit à la sécurité, le droit d’être logé et le droit à l’éducation.

Cette dernière représente, pour lui, la clé. « Lorsque nous avons demandé à des personnes GLBT ougandaises ce qu’ils avaient le plus besoin, leur réponse a été l’alphabétisation ». Il y a ainsi un réel problème d’analphabétisme en Ouganda et dans plusieurs régions de l’Afrique centrale puisque « lorsqu’on soupçonne l’homosexualité de certains jeunes, ceux-ci se font renvoyer de l’école, même s’ils ne sont que des adolescents ».

Bruce Knotts n’abandonnera donc pas de sitôt la lutte en faveur les droits des homosexuels. En dépit des énormes risques qui sont en jeu, Compass for Compassion planifie une conférence à Kampala, capitale de l’Ouganda (l’un des pays les plus homophobes au monde), pour septembre 2012, dans le but de présenter « une chrétienté davantage compatissante et tolérante », dans un lieu où la foi est trop souvent utilisée comme arme. Nous y serons par la pensée, frère Knotts.

Crédits photo : courtoisie de Bruce Knotts.
[/DDET]