Tristesse animal noir : troublant et beau

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Critique Tristesse Animal Noir Espace GO

Voilà d’abord sur scène une bande d’amis dans la trentaine, insouciants. Ils contournent la loi pour s’offrir un barbecue dans la nature, en pleine canicule alors que toute utilisation de feu est strictement prohibée. Les échanges entre amis sont légers et frivoles, mais dérivent peu à peu vers la mort. Alors que tous s’endorment, une étincelle allume un incendie dévastateur qui a des conséquences terribles sur ces personnages.

Dans un deuxième temps, le niveau de jeu change : avec une déchirante sobriété, les acteurs décrivent les sensations, les pensées, le paysage et enfin l’horreur. Le génie de Claude Poissant est d’avoir évité toute forme d’apitoiement ou de sensationnalisme émotif. Les mots sont tels qu’ils gagnent de la force à être partagés de façon simple sur une scène dépouillée – habillée simplement d’un mur lumineux couvert de fumée.

Une pièce qui nous habite longtemps

Par ce procédé narratif particulier, le spectateur reçoit la cruauté de la parole avec encore plus de force. Cette douleur, cette pièce est telle que sa dramatisation l’aurait fait glisser vers l’anecdote. Ici, à l’instar de la tragédie grecque, toute l’émotion est contenue, bouillonnante à l’intérieur des acteurs.

TRISTESSE ANIMAL NOIR from ESPACE GO on Vimeo.

Utilisant toujours cette distanciation, la dernière partie expose les difficultés du retour à la réalité. Les séquelles physiques deviennent la représentation d’une douleur plus grande encore, intérieure et indélébile. Le personnage interprété par David Boutin, pourtant dépourvu de cicatrices, se trouve le plus affecté par les événements, incapable d’accepter les paradigmes de ce nouveau présent.

Les trente premières minutes de la pièce pourraient faire preuve d’un peu plus de rythme afin de bien contraster la suite, mais cette faiblesse risque de se corriger au fil des représentations. Tristesse Animal Noir est de ces spectacles qui habitent les pensées plusieurs heures après la représentation. En questionnant le deuil, la mort, la souffrance et la culpabilité, Claude Poissant et Anja Hilling nous obligent à nous positionner sur notre propre façon de survivre aux traumatismes de l’existence. Jusqu’au 11 février à l’Espace Go.

Crédits photo : Théâtre PÀP.