La grande mêlée de Michel Tremblay : boucler la boucle

Par  |  1 commentaire

grande melee michel tremblay

22 mai 1922 à Montréal : la saga des Desrosiers est sur le point de débuter. On s’affaire à organiser le mariage de Rhéauna et Gabriel, prévu pour le 3 juin. À travers ces personnages que l’on observe au quotidien, on remarque que les préparatifs de la noce réveillent des tensions. Les mensonges, petits et grands, se prononcent, afin de dissimuler les fantômes d’un passé que l’on veut maintenir dans le silence.

Maria tente – difficilement – de réunir le peu de ressources dont elle dispose pour organiser à sa fille une cérémonie honorable avec tous les membres de la famille, dont certains résident en Saskatchewan. Pendant ce temps, les femmes de Michel Tremblay se chicanent, s’expriment et se révoltent, comme Maria qui envoie paître son patron.

L’achat de la robe représentera un véritable casse-tête. Les origines de Gabriel, le marié, fait aussi partie du récit. Ce fils illégitime est confronté au trouble de ses origines.

On parle beaucoup de La grande mêlée comme d’une pièce centrale dans la grande diaspora des Desrosiers. Pierre angulaire de 45 ans de récits divers, l’expression ne trompe pas. Toutes les familles de l’œuvre de Tremblay trouvent leur source dans cet opus qui pose véritablement la dernière pièce du puzzle.

Pas le « roman de trop »

Peut-être vous demanderez-vous s’il est important d’avoir lu toute la série pour apprécier ce nouveau roman ? La réponse est non. Avec ses talents de conteur et la qualité de sa plume, Michel Tremblay nous invite dans son monde qui n’oublie jamais de faire résonner en nous les cordes d’une identité passée à laquelle nous nous sentons indéniablement liés.

La grande mêlée, à l’instar de toutes ses œuvres, offre le ton à la fois comique et tragique typique de l’écrivain québécois, mettant en avant des vies piégées dans une misère que leur volonté combat avec énergie. Michel Tremblay avouait récemment en entrevue que ces personnages allaient lui manquer, eux qui, au fil des années, sont devenus des complices qu’il connaît dans leurs moindres détails.

Il en est de même pour le lecteur qui regrette déjà la fin de ce cycle prolifère. Michel Tremblay a néanmoins admis qu’il ne refermait pas complètement la porte, bien qu’il préfère s’arrêter avant de n’avoir plus rien à raconter. Il peut se rassurer pour La grande mêlée: ce n’est pas le « roman de trop ». Il représente plutôt la parfaite consécration d’un travail de maître.

La grande mêlée
Michel Tremblay
Éditions Léméac / Actes Sud
280 pages

1 Comment