Mes meilleurs vœux (politiques) pour la nouvelle année !

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Chambre des Communes Harper gay gai Québec

Les Conservateurs y ont été plébiscités, malgré toutes ses politiques réactionnaires, avec 48% des voix, contre seulement 5 sièges et 16% des voix au Québec.

Depuis, toutes les mesures rétrogrades déboulent : alourdissement du code criminel, destruction du registre des armes d’épaule, promotion du militarisme, de l’unilinguisme anglais et d’une monarchie poussiéreuse, retrait de Kyoto, abolition des protections contre la propagande haineuse, etc., etc. Toutes des mesures largement décriées au Québec. Cette nation est en train d’apprendre à la dure ce que signifie être gouverné par le Canada anglais. Dans ce contexte, il est illusoire de penser que ce gouvernement homophobe ait quelque mesure en tête pour nous faire avancer vers l’égalité sociale.

Contraste criant

Pendant ce temps au Québec, deux semaines après l’élection de la majorité conservatrice, le gouvernement libéral, dirigé par un ex-progressiste-conservateur (la nuance s’impose ici !), accouchait finalement d’un plan d’action pour lutter contre l’homophobie. Si on voulait une illustration plus claire que les deux solitudes sont déjà deux nations, on ne pouvait faire mieux.

Bien sûr, le plan d’action est plus que modeste. Quand on compare les sept millions de dollars promis sur cinq ans avec les 17 millions consacrés sur trois ans par le même gouvernement pour lutter contre l’intimidation à l’école (avec les résultats que l’on sait !), on ne s’attend pas à des miracles, même s’il s’agit de mesures novatrices et longuement attendues. Mais le contraste illustre on ne peut plus clairement les directions opposées prises par les deux principales nations de la fédération canadienne.

Cette situation politique n’est pas qu’un accident de parcours. Elle est le résultat de tendances historiques lourdes. C’est tout simplement dans les traditions du Canada anglais, créé largement en réaction à la Révolution américaine par les Loyalistes de l’Empire-uni, d’être une nation conservatrice. Une nation qui s’est constituée par le colonialisme et l’impérialisme britannique, qui a profité du fait de vivre dans l’ombre de l’empire américain depuis le XXe siècle. Le gouvernement Harper est l’incarnation des traits les plus négatifs de cette histoire.

Conservatisme historique

Un examen des résultats électoraux depuis 1867 démontrera aisément que cette nation a, plus de 80% du temps, donné une majorité de sièges aux conservateurs, l’une des rares exceptions étant le gouvernement Chrétien au moment où le Reform Party venait diviser les voix conservatrices.

Pendant le XXème siècle, ce conservatisme a été tempéré largement par l’appui massif du Québec au Parti libéral fédéral, de Laurier à Trudeau, à qui l’on doit la décriminalisation de l’homosexualité. Quand le Québec a voté massivement pour le Bloc Québécois dans les années 1990 et 2000, cela a facilité la progression de nos droits, gagnés un à un à l’arraché grâce au soutien massif des députés québécois à la Chambre des communes, alors que les députés du Canada anglais s’y opposaient majoritairement.

En ce début de XXIème siècle, les Conservateurs ont fait le pari de devenir le « parti naturel » du pouvoir au Canada et ils semblent en bonne voie d’y parvenir, au moment où le Québec est de plus en plus marginalisé dans la fédération canadienne par la perte de poids démographique qui s’accélère. Celle-ci est d’abord et avant tout le résultat du développement historique planifié du Canada depuis le raciste rapport Durham qui visait à en faire une nation britannique. Des décennies de bilinguisme de façade n’ont rien changé à cette tendance.

Au moment où nous nous sentons paradoxalement de plus en plus étrangers à ce Canada, où le peu de fierté qui nous en restait comme « peuple fondateur » se transforme de plus en plus en honte, on voit éclater les forces politiques qui ont porté l’espoir, depuis 40 ans, de nous sortir de notre situation de minorisés pour nous doter d’un projet de société qui nous ressemble.

Mener à terme le projet

Pour plusieurs, l’éclatement du mouvement souverainiste résulte de la piètre performance électorale de Gilles Duceppe ou du manque de leadership de Pauline Marois. Mais il faut à mon avis aller plus loin dans l’analyse. Au moment où les divergences de vision d’avenir nous écartent de plus en plus du Canada conservateur, il est encore plus manifeste que la principale erreur du leadership souverainiste depuis au moins deux décennies est d’avoir voulu minimiser la différence de projet de société que porte un Québec indépendant.

Par électoralisme, on s’est dit qu’on irait chercher plus d’appuis à droite qu’on en perdrait à gauche en faisant le projet d’un pays où la grande différence serait presqu’uniquement son caractère français et l’endroit où nos impôts sont gérés. C’était réduire notre différence à pas grand-chose.

Après l’échec du Bloc Québécois dont la plupart des sièges sont passés aux mains des Néo-Démocrates, alors que les voix du centre et de la droite « nationalistes » glissent facilement vers la nouvelle Union nationale du comptable François Legault, j’espère qu’on se rendra compte de l’importance d’un projet de société consistant, avec nos valeurs les plus progressistes mises en avant, afin de mener à terme le projet de pays où nous nous sentirons vraiment chez nous.

Le NPD ne changera pas la donne

J’aimerais croire que nos amis néo-démocrates pourront changer la donne et nous donner l’espoir d’un Canada progressiste. Mais je n’y crois pas, et ce malgré la sincérité de leurs convictions et l’appui indéfectible qu’ils apportent aux droits LGBT.

Ce serait faire abstraction de l’histoire et des forces sociales qui font changer les sociétés ou les conservent dans l’immobilisme, voire les font régresser. En effet, dans un monde où la domination anglo-américaine est menacée et le déclin amorcé, le réflexe prévisible de ces nations est le conservatisme et la réaction. C’est ce qui se passe sous nos yeux depuis plusieurs années. Je préfère croire que nous puiserons dans l’héritage le plus progressiste de notre résistance aux Empires pour échapper à cette tendance.

Je crois, à l’instar d’Alain Bouchard, le fondateur de RG, qui nous le rappelait à l’occasion des 30 ans du magazine, le 7 décembre, que notre libération demeure liée à notre libération nationale. Avant que nos droits ne reculent de façon définitive, il serait temps, en 2012, que nous en prenions conscience.

Crédits photo: Tomato Geezer.