Entrevue avec Jean-Pierre Bergeron : « Écrire et laisser dire »

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Jean-Pierre Bergeron Homosexuel acteur

Être. Jean-Pierre Bergeron, parlez-nous de votre film, Alone with Mr Carter, présenté cet automne dans le cadre de l’événement Québec à Hollywood, organisé par la délégation du Québec à Los Angeles.

Jean-Pierre Bergeron. C’est l’histoire d’un garçon de dix ans qui habite le quartier de Saint-Henri, à Montréal, en 1998, au moment où Ellen DeGeneres sort du placard. Il rêve d’être policier, en réaction à ses parents qui sont perdus et désorganisés. Quand il se trouve confronté à l’homosexualité publique d’Ellen DeGeneres, il trouve injuste qu’elle arrive à exposer son orientation sexuelle au monde entier, alors qu’il n’arrive pas à avouer à son voisin qu’il est amoureux de lui. Celui-ci est un vieux détective privé de 60 ans. Le garçon va rapidement découvrir que le vieil homme est sur le point de déménager, ne pouvant plus payer son loyer. Il aura donc un temps limité pour lui avouer cet amour-là.

Être. Aura-t-on la chance de voir votre court métrage au Québec ?

J-P.B. Absolument, la première montréalaise s’en vient très bientôt. Je n’ai pas encore de dates exactes, mais ça devrait avoir lieu dans les prochains mois. Présentement, nous sommes en train de le soumettre à différents festivals.

Être. D’où est venue l’idée d’une histoire d’amour entre un enfant et un homme beaucoup plus âgé ?

J-P.B. Je dois admettre que c’est semi-autobiographique. Quand j’étais enfant, il y avait cette chanson de Dalida, Bambino. Je me retrouvais dans ces paroles qui parlent d’un garçon amoureux d’une femme âgée. Dans mon jeune âge, avant même la puberté, j’ai été amoureux d’hommes plus vieux. Dans le film, le garçon vit son éveil sexuel. Il est véritablement épris de cet homme. Il éprouve du désir pour lui. Je me suis rendu compte qu’au cinéma, on voit des garçons qui ont du désir pour des femmes matures. Par contre, on ne m’a jamais raconté l’histoire d’un garçon gai amoureux d’un homme d’âge mûr. Pour moi, c’était aussi une façon de sortir d’un sentiment de honte qui m’a longtemps suivi.

Être. Dans le processus de création, vous est-il arrivé de douter du sujet ? Avez-vous craint la réaction du public sur un sujet qui peut sembler tabou ?

J-P.B. J’ai un coach d’écriture extraordinaire. Jean-Marie Lelièvre m’a dit devant certains questionnements cette très belle pensée : « Écrire et laisser dire ». Je l’ai fait, parce qu’en tant qu’homme qui va avoir 60 ans dans quelques mois, je dois me présenter au monde tel que je suis et cette expression de mon identité passe par l’expression artistique. Je parle donc de thèmes qui me touchent, qui font partie de moi et qui me permettent de me révéler. J’ai grandi à une époque où l’homosexualité ne pouvait pas être considérée comme acceptable. J’ai accumulé beaucoup de honte sur mon identité. La découverte de ma sexualité a manifestement été l’événement le plus traumatisant qui me soit arrivé. Mon propos est donc basé sur mon expérience et, en ce sens, je crois qu’il rejoindra aussi l’expérience de beaucoup d’autres personnes.

Crédits photo: document remis.