James Huctwith et Memory Night: en finir avec les concessions

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james huctwith Ottawa Petite Mort

« Le problème avec le fait d’être gai doit s’entendre, de manière plus large, comme le problème de l’individualité », réfléchit le peintre, joint dans son atelier de Toronto, quelques semaines avant le début de sa manifestation sombre et sexuelle. James Huctwith a choisi de s’exprimer en utilisant une technique qui a marqué l’histoire de l’art, tout en lui ajoutant des sujets plus modernes, afin de nous représenter, nous et notre passé, de manière plus queer.

L’idée d’un tel travail lui est venue alors qu’il était embourbé au fond de son lit, subissant un traitement médical lourd. Des images ont alors émergé, liées au « mystère et à l’ambiguïté » qui composent sa vie d’artiste ouvertement gai et séropositif.

Traumatisme irréversible ?

Celui qui a grandi « au milieu de nulle part », en plein Ontario rural, élevé par des parents fondamentalistes protestants, a appris de manière brutale qu’un artiste gai naît en s’opposant à la « cruauté primitivement superstitieuse » du monde hétéro. Enfant, James Huctwith s’est ainsi enfermé dans la salle de bain, avec un crayon et du papier, pour dessiner des hommes musclés et très bien membrés,  à la manière d’un Tom of Finland, « parce que c’était du matériel pour fantasmer ».

Après avoir révélé son homosexualité à ses parents, le révérend l’a fait s’asseoir pour lui expliquer que Dieu allait vouloir le tuer « avec le Sida ou autre chose du même genre », le poussant à quitter son carcan, presque du jour au lendemain, pour en finir avec la stigmatisation. Comme beaucoup de queer nés à la campagne, James Huctwith a finalement réussi à intégrer l’école d’art d’une grande ville, mais il admet encore aujourd’hui se demander s’il pourra un jour guérir de l’isolement traumatique dont il a souffert au cours de ses premières années.

« Nous avons déjà trop donné »

On comprend mieux en tout cas la présence de ces saints, ces martyrs, et ces nobles sortis tout droit de l’imagerie de la Renaissance et qui prennent, dans l’œuvre de James Huctwith l’aspect de gigolos, de daddies en cuir, ou encore d’hommes « lascivement torturés ». Dans The Land of Milk and Honey, le sujet souriant ressemble à un Rembrandt inspiré d’un acteur porno de chez Cazzo; Roadside s’inspire davantage des « riches mystères » d’un peintre caravagesque, mais avec une Madonne et l’enfant, peints à la manière Léonard de Vinci, cachés dans l’ombre.

James Huctwith s’inscrit directement dans la tradition des canons occidentaux, mais il y insère des personnages pervers issus de son panthéon gai, comme un moyen de se venger de ce qu’il a dû subir.

« En tant que personnes gaies, nous avons dû nous conformer à des choses que nous ne comprenions pas. À la fin de notre enfance, nous nous sommes déjà montrés très accommodants face à des problèmes auxquels les hétéros n’ont pas dû se frotter, nous avons fait des concessions majeures sur qui nous sommes et ce que nous aimons/voulons », affirme le peintre, parlant davantage comme un activiste qu’à la manière d’un artiste. « Nous avons déjà trop donné. Il n’y a plus rien à concéder », conclue-t-il.

Exposition Memory Night par James Huctwith
Du 4 au 27 novembre
Galerie  La Petite Mort
306 rue Cumberland (Ottawa)
lapetitemortgallery.com
jameshuctwith.ca

Crédits photo: document remis.
Traduction: A.A.