Villageois du mois : Mickaël Spinnhirny, tout pour la danse

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À première vue, rien n’indiquait qu’il avait sa place dans cette rubrique qui s’intéresse à des « personnalités » que l’on peut croiser dans le Village. Mickaël Spinnhirny est français (donc forte probabilité pour le voir préférer le Plateau) et danseur professionnel pour différentes compagnies québécoises (bref de ces artistes que l’on retrouve surtout autour de Mont-Royal ou dans le Mile-End).

C’est pourtant dans le quartier gai qu’il a décidé d’habiter, en 2007. Sans regrets, bien au contraire, même s’il a dû s’habituer à certains réflexions lorsqu’il dit être danseur : « On m’imagine automatiquement dans un bar, complètement nu. C’est comme ça, je m’y suis fait. On ne peut pas rééduquer tout le monde », sourit-il.

Comment perçoit-il le métier ceux qu’il voudrait voir appeler seulement « strip-teaseurs (désolé pour l’anglicisme) » ? « Pour moi danser, c’est le mouvement des corps, martèle-t-il. Eux, ce sont des « monsieur muscles » qui s’affichent comme des morceaux de viande, remuant à peine. Je ne pense pas qu’ils ressentent un quelconque plaisir à faire ça ».

Danseur sur le tard

Malgré ces quelques inconvénients, c’est donc un Villageois « fier » de l’être que l’on a face à nous. « J’y ai tout mon univers, mes bases quand je finis le travail. J’y fais mon épicerie après être allé au gym, puis, bien sûr, si j’ai envie de sortir, je peux rentrer tard sans me soucier du taxi », raconte-t-il.

Le Village lui donne également l’occasion de continuer à vivre, une fois les pointes raccrochées, dans sa « bulle rose »,  celle de la danse : « Ça va paraît cliché, mais toute le monde est gai là-dedans, rigole-t-il. La surprise, c’est quand quelqu’un nous annonce qu’il est hétérosexuel. »

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C’est sur le tard, à 16 ans, que le jeune homme a décidé de devenir danseur. Celui qui était lycéen à Mulhouse (dans l’est de la France) a « été forcé par l’école à voir un spectacle de danse ». Coup de foudre : « J’ai adoré la force de ces hommes qui étaient tout sauf des montagnes de muscles. Leur énergie semblait inépuisable ». Lui qui était une « limace » jusqu’alors, quand il s’agissait de sport, s’inscrit, une semaine après, à des cours de danse.

Restait à passer un pacte avec les parents qui voyaient d’un bon œil les résultats scolaires de leur fils, assez satisfaisants pour espérer en faire un professeur de français. « On a décidé que je participerais à un concours de danse qui devait avoir lieu dans la région. Si j’étais récompensé, j’avais le droit de continuer ».

Un univers à la Black Swan

L’histoire en a finalement décidé autrement : avant même le début de la compétition, le directeur de l’École supérieure de ballet du Québec le remarque et convainc les parents de laisser le jeune talent traverser l’Atlantique pour trois ans. « C’était irréel. J’étais presque incapable pointer sur une carte le pays où j’allais débarquer (rires). J’étais conscient d’une seule chose : je n’allais faire que danser. C’est ce que je voulais. »

Sa formation l’a amené à intégrer le jeune ballet du Québec où « on fait tout comme des vrais professionnels, notamment les tournées et les voyages (en France, au Mexique, aux États-Unis). Sauf que personne n’est payé ! ». C’est au cours de ces quelques mois qu’il a croisé la route d’Hélène Blackburn qui dirige la compagnie Cas publics à Montréal. Engagé, celui qui n’avait derrière lui que quelques années d’entraînement derrière lui (contre une bon dizaine pour la plupart de ceux de son niveau) s’est retrouvé propulsé professionnel.

Cette fin d’année 2011 marque toutefois un tournant, puisque Mickaël Spinnhirny a choisi de s’offrir une année sabbatique. Difficile d’en connaître les raisons exactes. On comprend que le monde de la danse peut prendre des allures d’enfer avec des collants. Bref, Darren Aronofsky et son Cygne noir ne se sont pas trompés : « Je suis parti à la moitié du film. À chaque scène, je me disais “Ah oui, ça, en vrai c’est arrivé à untel” », explique-t-il.

Le Village, un retour sur terre

La passion reste malgré tout toujours bien présente et le jeune homme de 23 ans garde les deux pieds dans le même monde en étant adjoint au développement professionnel pour le Regroupement québécois de la danse. Il continue également à enseigner son métier à des enfants.

Au final, même si beaucoup de ses amis sont également danseurs et tout en concédant que le Village manque de vitalité artistique (« mais c’est aussi à cinq minutes de la Place des Arts »), il savoure ce monde qui lui permet de souffler et de « redescendre sur terre », loin des rivalités et des tensions, aux côtés de son chum.

Aux mondanités et aux paillettes, Mickaël Spinnhirny préfère souvent les bars et ces terrasses de Sainte-Catherine qu’il a fait « découvrir à la famille cet été. Il a juste fallu expliquer à la grand-mère pourquoi ce n’était pas une bonne idée d’aller au sauna l’après-midi ».

Crédits photo: document remis.
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