Décriminalisation de l’homosexualité : que fait le Canada ?

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John Baird Commonwealth Canada

Le 19 octobre, les députes néodémocrates Randall Garrison et Dany Morin,  respectivement porte-paroles officiel et associé du NPD en matière de questions LGBTT, ont tous deux demandé à John Baird (en photo), lors de la séance de questions en Chambre, si le Canada supporterait l’initiative du Forum des Peuples du Commonwealth et du Ministre des affaires étrangères australien Kevin Rudd de décriminaliser l’homosexualité dans les 41 États du Commonwealth où elle reste un crime.

Le ministre des affaires étrangères, qui représentera le Canada à la réunion du Commonwealth de Perth, du 28 au 30 octobre a immédiatement affirmé que le « Canada allait prendre un rôle très actif » dans les questions de droits de l’Homme, y compris l’adoption d’une Charte du Commonwealth. Mais s’il a mentionné que la défense des droits humains incluait « les personnes LGBT », il a en revanche complètement éludé l’enjeu précis de la décriminalisation.

Une nouvelle fois en retard

Pendant ce temps, en Australie, Kevin Rudd lancera un appel aux chefs d’États du Commonwealth pour mettre fin à la criminalisation de l’homosexualité, a rapporté l’hebdomadaire gai Sydney Star Observer. Une porte-parole du ministre a affirmé que « l’Australie lutte contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle » et « encourage tous les pays à décriminaliser l’homosexualité en retirant toutes les lois imposant des peines criminelles pour des conduites homosexuelles ».

Le gouvernement conservateur britannique a lui dévoilé la semaine dernière sa stratégie de suspension des aides internationales aux pays, tout particulièrement africains, qui refuseraient de se conformer aux normes internationales en matière de droits humains, incluant la décriminalisation de l’homosexualité. L’actuel secrétaire général du Commonwealth, le Pakistanais Kamalesh Sharma, a par ailleurs affirmé lors d’une réunion des Ministres de la justice en Juillet « que le dénigrement et le ciblage sur les fondements de l’orientation sexuelle contreviennent aux valeurs du Commonwealth ».

Derrière la décriminalisation, l’enjeu de la lutte contre le VIH

La Fondation Peter Tatchell (Royaume-Uni) ainsi que EGALE (Canada) ont exercé leur lobbying depuis le début du mois de septembre afin d’obtenir une réponse sur ce sujet de la part de John Baird ; en vain. Elle se félicite toutefois que le sujet sera pour la première fois discuté par les chefs d’État du Commonwealth.

La question la plus pressante, selon Peter Tatchell, à côté de celle de la lutte contre les discriminations, est le fait que la criminalisation de l’homosexualité entrave les efforts dans la prévention du VIH/Sida. Celui-ci constitue une crise sanitaire sérieuse pour le Commonwealth, qui représente 30 % de la population mondiale mais 60 % des personnes qui vivent avec le VIH.

« Dans de nombreux pays du Commonwealth, toute réponse effective en matière de santé publique achoppe sur les lois qui criminalisent les groupes les plus vulnérables au VIH », estime l’International HIV/AIDS Alliance. L’ancien président du Botswana, Festus Mogae, a ajouté sa voix en appelant lui aussi à la décriminalisation de l’homosexualité et de la prostitution pour les mêmes raisons.

La Fondation Tatchell, aux côtés du Commonwealth HIV/AIDS Action Group (CHAAG), de l’International HIV/AIDS Alliance and de l’Australian Federation of Aids Organisations (AFAO) pressent la communauté internationale à soutenir leur pétition « What’s preventing Prevention », qui sera transmise à la réunion des Chefs de gouvernement du Commonwealth (CHOGM).

www.whatspreventingprevention.org

Crédits photo: Andrew Rusk.