Itinérance : les politiques réagissent (2/3) – François Robillard

Par  |  Aucun commentaire

Itinérance Village pétition François Robillard

ÊtreMag. Comment réagissez-vous à l’appel de certains habitants du Village pour accroître la sécurité dans le quartier gai ?

François Robillard. Je crois que la pétition est une bonne chose. On apprécie Ville-Marie pour sa tolérance et sa mixité extraordinaire, mais là, le seuil est dépassé. Ceux qui achètent ou louent un condo dans le quartier risquent de ne plus vouloir s’investir dans le quartier.

Aujourd’hui, si l’on trouve une seringue dans un parc à Outremont, le lendemain ce parc sera fermé pour une semaine ! Ici, on semble s’y habituer. Or, moins les gens se plaignent, plus ils s’accommodent de cette situation. Ils sont de plus en plus nombreux à fréquenter le Mile End plutôt que le Village. Ce que l’on veut avoir, pourtant, c’est un quartier dynamique avec des commerces de proximité.

ÊtreMag. Quelle réponse faut-il alors apporter face à cette situation ?

F.R. Il faut un équilibre entre les interventions psychosociales et les ressources policières. La police est débordée, mais on a la police qu’on veut bien se payer. Un exemple: la situation est plus difficile en été où les besoins sont plus gros, mais leur convention collective leur permet de partir en vacances à ce moment-là !

Il y a bien eu une légère augmentation du budget consacré aux services de police, mais à Vision Montréal, on veut accroître les réponses et la rapidité pour les appels de catégorie 3 et 4. La capacité d’hébergement est suffisante pour la nuit. Ce qui manque, ce sont les centres de jour.

François Robillard Village Itinérance Pétition

ÊtreMag. Les cadets de police et les EMERI ont été critiqués par les pétitionnaires. Qu’en pensez-vous ?

F.R. Je reconnais aujourd’hui que les cadets n’ont eu ni l’efficacité ni les pouvoirs des policiers. Ils ne travaillaient pas après 11h du soir, alors que la plupart des bars de Sainte-Catherine restent ouverts jusque 3h du matin.

Le rôle des EMERI est admirable. Sortir de la rue une par une les personnes dérangeantes et dangereuses pour les autres et pour eux-mêmes, cela prend du temps, mais c’est une solution à long terme. Les EMERI soulagent les policiers, qui ne peuvent pas faire le travail des intervenants sociaux.

ÊtreMag. Vers qui faut-il donc se tourner pour résoudre ce dossier ?

F.R. Jusqu’à un certain point, on a raison de dire que le problème vient de Québec. La Ville s’occupe des services des eaux, du nettoyage, de la sécurité… mais pas de la santé. Montréal est devenu le déversoir des problèmes liés à la santé mentale. Il faut nous aider à démarcher Québec et l’Assemblée Nationale afin d’avoir plus de ressources et que Québec s’occupe de cette clientèle.

Les itinérants aussi ont besoin de la protection de la police. Ils peuvent être victimes des réseaux organisés, comme Mario Hamel, qui n’a pas eu l’aide psychomédicale dont il avait besoin. Ce ne sont pas les individus drogués ou ceux qui ont des problèmes de santé mentale qui profitent le plus de cette situation, mais bien les criminels et des revendeurs de drogue.

Crédits photo: Arnaud Baty (photo du Village) et Vision Montréal (photo de François Robillard)