Itinérance : les politiques réagissent (1/3) – Hélène Laverdière

Par  |  8 commentaires

Itinérance Hélène Laverdière Village pétition

Êtremag. Comment réagissez-vous à l’appel de certains habitants du Village pour accroître la sécurité dans le Village ?

Hélène Laverdière. Le problème, ce ne sont pas les itinérants, c’est l’itinérance. Faut-il plus de policiers ? S’ils sont peu formés, je n’en vois pas l’intérêt. Par contre, les centres communautaires débordent déjà cet été et ils seront encore plus en difficulté cet hiver. Leurs financements ne sont pas indexés. Or, un gouvernement responsable devrait agir et augmenter significativement les budgets.

Prenez, par exemple, le bill omnibus, qui vise à terme à emprisonner plus de gens. Le gouvernement conservateur refuse de nous donner les chiffres, mais les coûts seront absorbés par les gouvernements provinciaux. C’est autant d’argent qui n’ira pas aux programmes de base : emploi, logements sociaux abordables, réinsertion… Pourtant, tout cela coûte peu et prévient efficacement les crimes.

Êtremag. Quelle réponse apporter face aux problèmes particuliers des itinérants ayant des problèmes psychologiques ?

H.L. Quand on parle de désinstitutionnalisation, il ne faut pas l’aborder simplement. Il y avait avantage à garder des gens au sein de leur communauté plutôt qu’en milieu hospitalier, mais cela ne peut se faire ni sans moyens ni service adéquat. Ainsi, il faut appuyer le milieu afin d’éviter d’envoyer trop tôt les personnes âgées dans des CHLSD. Mais la désinstitutionalisation s’est, elle, faite sans appui.

Hélène Laverdière NPD Village

Êtremag. Et pour les gangs de rue ?

H.L. Il faut agir à long terme : justice sociale, donner un avenir aux jeunes. Quand il y a eu les émeutes au Royaume-Uni, on a dénoncé l’action de « voyous ». Mais si l’on stigmatise la population en leur disant qu’ils ne sont rien, qu’ils sont sans avenir, il n’est pas surprenant de voir des comportements antisociaux. Alors oui, cela prend du temps. Mais trop souvent en politique, on a une vision à courte échéance. Souvenons-nous de Jack Layton qui disait « ayez des rêves qui durent plus qu’une vie ».

Êtremag. Pensez-vous que vous pourrez convaincre les conservateurs, aujourd’hui majoritaires ?

H.L. La discussion est stratégique. Nous sommes impliqués et actifs dans le dossier du SPLI (Stratégie des Partenariats de Lutte contre l’Itinérance) ; nous n’avons pas attendu que le gouvernement en discute. Mais l’on peut faire entendre notre voix. Voyez le projet de loi sur le droit des transsexuels et transgenres, à la session précédente : nous avons convaincu huit conservateurs.

Cependant, il faut aussi mobiliser la société civile, car l’itinérance concerne tous les centres-urbains, à Montréal, au Québec, au Canada, pas seulement Laurier-Sainte-Marie. C’est la raison pour laquelle nous devons unir nos forces afin d’envoyer un signal fort aux gouvernements. Même la vague qui frappe le rocher finit par l’éroder.

Crédits photo: Antoine Aubert (Village)

8 Comments