Blanche-Neige & La Belle au Bois Dormant : le cauchemar de Walt Disney

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Belle bois dormant Espace Go

En 2003 Elfriede Jelinek, auteure autrichienne aussi admirée que détestée, récipiendaire du prix Nobel de la littérature, s’attaquait à Drame de princesse, ouvrage dans lequel elle utilisait des figures mythiques de femmes pour aborder la manière dont celles-ci se définissent par rapport à l’homme. Le texte critique aussi une Autriche à la dérive, plongée dans un capitalisme mondialisé qui réduit le rôle de la femme à une princesse de conte de fées.

On revisite ici deux contes bien connus. Blanche Neige d’abord qui, dans la forêt, cherche sa vérité,  espérant la trouver chez ses nains. Mais c’est le chasseur qui  rencontre jeune femme. Critiquant sa notion de vérité, il finit par assassiner la belle.

La princesse se réveille 100 ans plus tard grâce au baiser d’un prince. Nous voilà passés à La Belle au Bois Dormant qui, de son côté, se trouve soumise à un homme à qui elle doit la vie. Le prince voit en lui-même le pouvoir du créateur capable de donner la vie et rappelle à la princesse que ce réveil signe aussi la lente décrépitude de sa beauté.

Le récit est dense. Les propos brillants de l’auteure peuvent apparaître ardus, mais la mise en scène apporte un dynamisme qui accote complètement cette réflexion philosophique. Il ne faut pas s’attendre à se faire raconter une histoire. Blanche Neige et La Belle au Bois Dormant est plutôt l’incarnation scénique éclatée d’une réflexion profonde sur l’identité féminine.

Sophie Cadieux lumineuse

C’est Martin Faucher qui a dirigé cet ambitieux projet mettant en vedette une Sophie Cadieux au sommet de son art en plus de Sébastien Dodge et Éric Bruneau qui complètent avec talent cette impeccable distribution. Max-Otto Fauteux (décors), Denis Lavoie (costumes), Marc Parent (éclairages) et Normand Blais (accessoires) ont relevé le défi de créer un univers étrange parfaitement adapté à cette pièce singulière.

L’ensemble reste déroutant. La direction des acteurs, l’utilisation de l’espace scénique, les impressionnants changements d’éclairage mettant en valeur une flamboyante scénographie : tout est là pour que le spectateur vive une expérience qu’il n’oubliera pas de sitôt.

Avouons-le, certains vont détester ce spectacle iconoclaste, lui reprochant sa subversion ou son texte pesant. D’autres, par contre, vont saluer l’originalité et la puissance de la proposition et auront le sentiment d’assister à un grand moment de théâtre. Ce n’est pas une pièce facilement accessible. Elle a cependant l’audace de s’ancrer dans une véritable démarche artistique sans compromis.

Blanche Neige et La Belle au Bois Dormant
À l’Espace Go
Du 13 septembre au 8 octobre
Espacego.com

Crédits photo: Productions Lombric.