Décès d’Arthur Evans, pionnier de la lutte des droits GLBT

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Décès Arthur Evans Stonewall

Ses proches savaient depuis quelques mois déjà que cette mauvaise nouvelle allait finir par tomber. En octobre 2010, les médecins avaient diagnostiqué un anévrisme de l’aorte extrêmement important, expliquant alors à Arthur Evans qu’il ne lui restait que quelques semaines à vivre. L’homme de 68 ans, est décédé le 11 septembre, à 4h30 du matin.

Parmi les jeunes générations GLBT, il n’est pas certain que beaucoup sachent aujourd’hui à quel point Arthur Evans a combattu pour leurs droits. Si le jeune homme de l’époque, originaire de Pennsylvanie, n’a pas vécu directement les premiers combats entre les gais et la police new yorkaise dans Greenwich Village, à la fin du mois de juin 1969, il est resté l’un de ceux qui est parvenu à faire « fructifier » cette colère pour en faire un mouvement de protestations et de revendications fort.

Rejoignant dans un premier temps le Front de libération gai, il trouvait néanmoins l’organisme « pas assez sûr de soi s’inquiétant du fait qu’il diluait son efficacité en prenant des positions sur des problèmes allant au-delà des droits gais – s’opposant à la guerre du Vietnam et à la discrimination raciale par exemple », rappelle le New York Times dans son édition du 14 septembre.

Victoire contre les discriminations

Voilà pourquoi il participait, en décembre 1969, à la création de l’Alliance des activistes gais qui a permis de vraies avancées pour les droits GLBT. « À cette époque, les hommes politiques nous évitait, les médias se moquaient de nous, les membres du clergé nous traitaient de pécheurs et les psychiatres déclaraient que nous étions malades », rappelait-il en 2009, à l’occasion des 40 ans des révoltes de Stonewall.

À force de volonté, Arthur Evans et ses hommes ont notamment poussé la mairie de New York à interdire les discriminations contre les gais et les lesbiennes dans le domaine professionnel ou encore concernant le logement. Intervenant sur les plateaux de télévision pour protester contre des émissions jugées homophobes, prenant à partie le maire de l’époque, contestant des articles discriminatoires parus dans la presse, le militant a marqué son époque.

Son action a perduré dans les années 80. Arthur Evans s’en est pris notamment aux compagnies pharmaceutiques à qui il reprochait de vendre des médicaments prescrits aux malades du VIH/Sida à des prix exorbitants.

« Un géant de la libération gaie »

Ce diplômé de philosophie a également critiqué le système universitaire américain. Il est même allé jusqu’à claquer la porte de la prestigieuse Columbia pour aller vivre dans une tente dans une forêt de l’État Washington.

Arthur Evans a également écrit plusieurs livres, dont « Sorcellerie et la contre-culture gaie » (où il lie en partie les procès moyenâgeux pour sorcellerie à l’homophobie) ou « Critique de la raison patriarcale » qui explique que « homophobie et sexisme ont eu une vrai incidence sur certains domaines scientifiques comme la logique ou la physique », rappelle le New York Times.

Installé à San Francisco depuis 1974, il ne s’était pas fait que des amis ces dernières années. Prenant position contre les sans-abris pour des raisons, disait-il, « de sécurité publique », il avait choqué des personnes de son entourage et les LGBT les plus progressistes. Arthur Evans reste néanmoins un « géant de la libération gaie », comme l’a dit l’un de ses amis quelques heures après l’annonce de son décès.

Crédits photo: Jeffrey Schwarz/«Vito»