Vers les 30 ans de RG – Robert J. Vézina: célébrer pour une bonne cause

Par  |  Aucun commentaire

Robert Vezina Black and Blue Ottawa

Originaire de Westmount, Robert Vézina a étudié au collège Brébeuf pour ensuite faire une année de droit à l’Université de Montréal, avant de compléter un baccalauréat en études nord-américaines et marketing à McGill. Expert en communications, il a été directeur des événements spéciaux de 1987 à 1995 pour la firme d’affaires publiques Gervais, Gagnon & associés, avant de former son propre cabinet de consultants, RJV Communications, dont plusieurs clients sont des organisations caritatives. Au fil des années, un élément persiste : l’engagement communautaire.

Après une sortie du placard sans anicroche, Robert Vézina s’est tout de suite mis à la tâche. « Dès un très jeune âge, je me suis engagé dans l’organisation d’événements communautaires, à l’école, dans des organisations culturelles ou dans le cadre de collectes de fonds », souligne-t-il. « Par exemple, avant de fonder le BBCM, j’ai été président des Jeunes Associés du Musée des beaux-arts de Montréal, du Comité junior de l’Orchestre symphonique de Montréal et du Gazette Christmas Fund Extravaganza. Donc, une fois “sorti”, ce fut tout à fait normal pour moi de m’engager dans un événement gai » !

Montréal un peu monotone en 1991

Après avoir voyagé à Miami, à Chicago et à New York, et par le fait même après avoir assisté à de gros événements gais comme le White Party, le Mister Leather International et le Black Party, Robert Vézina et son meilleur ami de l’époque, Christian Beaudry (décédé du sida en 1994), ont voulu répéter la formule à domicile. « On trouvait la scène montréalaise un peu monotone à ce moment-là, donc nous nous sommes dit qu’il serait le fun de lancer un party du même genre à Montréal, sous le thème Black & Blue ».

C’est en octobre 1991 qu’a eu lieu la première édition de ce party, qui était alors privé et sur invitation seulement, réunissant 600 personnes — triées sur le volet — de Montréal, de Toronto, de Boston et de New York. « Ç’a été le premier party gai “toute la nuit” approuvé par la police de Montréal, avec tous les permis requis », rappelle fièrement M. Vézina.

Unir la communauté

Dès le départ, l’idée d’inclure Montréal dans le circuit gai sous-tendait le projet d’aider le milieu communautaire. « À la base, nous voulions créer un OSBL pour remettre une partie de l’argent amassé aux personnes atteintes du sida. À l’époque, plusieurs de nos amis et connaissances en mouraient », raconte Robert Vézina, qui a lui-même vécu durement l’épidémie.

Il partage d’ailleurs sa désolation, tout en posant un regard positif, malgré la douleur. « Ayant perdu un être très cher et après avoir assisté à toutes les étapes de sa maladie, je crois que je serai touché à vie par cette épidémie. Cela a été extrêmement difficile et désolant. De plus, la communauté au complet a perdu trop de gens, des personnes intelligentes, allumées, talentueuses, souvent en pleine jeunesse, et qui auraient pu contribuer de diverses façons à la société. Cela a créé un grand vide dans la communauté gaie, mais le sida, en quelque sorte, l’a aussi ralliée, l’a rendue plus forte ».

Ainsi, grâce au parcours de M. Vézina, l’engagement de BBCM pour la cause est aussi vif aujourd’hui qu’à ses débuts et il ne cessera jamais de l’être. « D’année en année, la situation des sidéens s’est améliorée, mais le sida fait toujours des ravages et il est important que notre vocation demeure une des bases de l’organisme », explique le président de la Fondation, chiffres à l’appui. En effet, au cours des 20 dernières années, BBCM a octroyé plus de 1 650 000 $ — dont 50 000 $ en mai dernier à une douzaine d’organisations communautaires – le tout en contributions financières remises à divers groupes qui oeuvrent auprès des personnes atteintes du sida au Canada, ainsi qu’à des groupes gais et lesbiens. Outre les dons, mentionnons aussi l’engagement actif dans la prévention, que M. Vézina souhaiterait voir « plus dynamique et omniprésente ».

[DDET Lire la suite…]

Après la pluie le beau temps

Toutefois, le succès de Robert Vézina avec le BBCM est loin d’être une histoire sans failles. Plusieurs obstacles ont ralenti la cadence, comme le 11 septembre, la plus récente crise économique et l’avènement d’un gouvernement conservateur, d’abord minoritaire puis majoritaire, qui a coupé dans les subventions, prétextant vouloir favoriser les événements qui s’adressent aux familles… Dernier écueil que le président de la Fondation a vécu avec beaucoup de déception. « Si on lit entre les lignes, il est clair qu’un événement issu de la communauté gaie, comme le nôtre, ne passera jamais. Nous sommes extrêmement déçus de voir que ce parti rétrograde a été remis au pouvoir, surtout par le Canada anglais », affirme M. Vézina.

Malgré des périodes difficiles, le BBCM et son président peuvent se targuer de maintenir une affluence constante, attirant les habitués comme les néophytes, grâce à la « perspicacité, à l’ingéniosité et au travail acharné de toute l’équipe ». « Il y a même des personnes qui viennent avec leurs enfants, neveux et nièces, etc. », lance Robert Vézina, enthousiaste. « On peut donc dire que le Black & Blue est un “happening” et que les gens aiment bien cet événement », conclut-il.

En outre, il ne prévoit pas changer la « formule » qu’il met de l’avant lors des événements de BBCM, mais plutôt l’améliorer, année après année, afin de maintenir le tout au goût du jour. Son travail acharné pour la communauté LGBTQ montréalaise n’est donc pas près de prendre fin, tout comme les retombées favorables qui en découlent pour l’ensemble du milieu.

Crédits photo: César Ochoa.

[/DDET]