Benoît Brière: Zaza Napoli, un rôle « très exigeant »

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Benoit Briere Cage aux folles gay Québec

Être. Ce n’est pas la première fois que vous vous travestissez pour un rôle. N pense à Hosanna de Michel Tremblay ou encore aux publicités pour Bell. Y a-t-il quelque chose que vous aimez particulièrement dans le fait d’incarner une femme ?

Benoît Brière. C’est vrai que j’ai souvent incarné des femmes ou des travestis, mais c’est un pur hasard. Mais je suis connu dans le milieu comme étant un acteur de composition. J’aime cela. Plus le personnage est loin de moi, plus je suis à l’aise. Plus il est proche de moi, plus je suis timide, pudique. Jouer un rôle comme celui d’Albin me plaît donc énormément. C’est un peu comme si j’avais un masque.

Être. Le fait d’avoir interprété Hosanna dans l’œuvre de Michel Tremblay en 2006 vous a-t-il aidé dans votre travail de composition pour le rôle d’Albin ?

B.B. Hosanna est le premier rôle de ce genre que j’ai incarné. Quand on m’a offert le rôle à l’époque, ma première réaction a été de paniquer. Ça représentait un défi colossal pour moi. Mais ce n’était pas le même type de travail pour Albin/Zaza. Hosanna est une véritable tragédie grecque, alors que La Cage aux folles est avant tout une comédie. Le travail de base est le même, mais la volonté et le résultat sont très différents. Vous savez, il est très facile pour un hétéro de pasticher un homosexuel. Ça devient cliché et même plus drôle. Le défi est de convaincre le spectateur que le personnage ne peut être autrement que ça, même dans son excentricité et son exagération.

Être. Si ce n’est pas avec Hosanna, où êtes-vous alors allé chercher l’inspiration pour créer Zaza Napoli ? Des femmes rencontrées au cours de votre vie ?

B.B. En effet, j’ai été bien entouré dans ma vie. Il est certain que je m’inspire de ma mère et mes tantes. Mais je puise davantage mon inspiration dans l’univers de la pièce. Je me laisse porter d’abord par le texte. Ensuite, je puise mon inspiration dans l’environnement, c’est-à-dire les décors, les costumes, la mise en scène. Et bien entendu, j’adapte mon travail à celui des comédiens avec qui je travaille. C’est en fonction de tous ces aspects que mon rôle prend forme.

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Être. Quel défi ce personnage représente-t-il pour vous ?

B.B. Techniquement, le rôle est très exigeant vocalement. Ce registre est très large : il passe du très grave au très aigu, ce qui exige beaucoup de repos. Bien sûr, les talons hauts représentent aussi un défi en soi mais il s’agit d’une habitude à prendre. Le principal défi est de jouer le drame dans la comédie. La Cage aux folles est une comédie, mais le texte raconte aussi l’histoire d’un vieux couple qui s’effrite, et on doit vraiment mettre ça de l’avant. Ça demande beaucoup de rythme, de précision. Il faut faire rire et rester sérieux quand il le faut, tout en conservant la vérité du jeu.

Être. Quand cette pièce a été présentée pour la première fois à Paris, en 1973, la communauté homosexuelle a accusé les créateurs de la pièce de présenter une version stéréotypée de l’homosexualité. Êtes-vous d’accord avec ce fondement ?

B.B. Non, pas du tout. Je pense qu’il est très limitatif de penser qu’on se trouve devant un spectacle sur l’homosexualité. Ça va bien au-delà de ça. Au départ, c’est une histoire d’amour sur la relation père-fils. Puis on est en présence d’un couple, point. Dans la pièce, la réalité homosexuelle et drag reste très accessoire. En fait, elle ne sert qu’à alimenter les aspects de la comédie et du drame.

Être. L’œuvre montre un couple homosexuel stable qui a élevé un enfant. Elle était donc très avant-gardiste pour l’époque. Pensez-vous qu’elle est perçue du même œil de la part du public aujourd’hui ?

B.B. Probablement pas. Force est de constater que pendant les représentations, j’ai pu sentir encore un certain malaise par rapport à l’orientation sexuelle du couple mais aussi concernant la façon de gagner leur vie. Il faut dire que la moyenne d’âge du public est plutôt élevée. Le plus gratifiant, cependant, est qu’après les représentations, on nous dit souvent que le couple formé par Albin et Georges aurait très bien pu être hétéro. On réalise qu’après tout, les « normaux », ce sont eux.

Être. Selon vous, quel message voulait véhiculer Jean Poiret en écrivant cette pièce ?

B.B. Sincèrement, je ne crois pas que Poiret avait un souci réel de dénoncer quelque chose ou qu’il y ait eu une véritable recherche sociale. Je crois qu’il voulait écrire sur une relation père-fils et qu’il a trouvé les deux opposés, soit le couple homosexuel et les parents de droite très religieux, pour alimenter l’aspect comique de la situation. De plus, les boîtes de drag queens étaient très populaires durant cette époque à Saint-Tropez, l’endroit où se situe la pièce. Les stars du cinéma passaient leur soirée dans ce genre d’endroit, c’était devenu LA place. Je crois qu’il s’est inspiré de ça.

Être. Avez-vous des projets à venir, autre que La Cage aux folles ?

B.B. Je suis toujours à l’affiche dans Le sens de l’humour, tout en demeurant le directeur artistique du Théâtre du Vieux-Terrebonne. Je n’ai pas d’autres projets au cinéma ou à la télévision car je serai extrêmement occupé au théâtre jusqu’en mai prochain. Je continue dans La Cage aux folles, qui connaît un succès énorme à Terrebonne. Il me reste aussi 30 représentations de la pièce d’Yvon Deschamps, Le Boss est mort. Je pars en tournée partout à travers la province pendant six mois. Bref, en tout, il me reste environ 200 représentations au théâtre jusqu’en mai.

Crédits photo: Caroline Laberge
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