Ottawa – Interpenetration: deux artistes versatiles, une galerie au top

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interpenetration Ottawa Slava Mogutin et Brian Kenny à la Petite Mort

S’il y a bien une chose dont New York ne manque pas, ce sont ces jeunes gens qui n’ont rien d’autre à offrir que leur corps, toujours en quête absolue de gloire (et certainement aussi d’un peu de chaleur humaine). Pas étonnant, donc, que Slava passe pour le Messie à leurs yeux.

Slava Mogutin, accompagné de son partenaire de toujours Brian Kenny, forment le duo artistique ultra-gai SUPERM. Ils seront exposé sous leurs noms respectifs à la Petite Mort (déjà surnommée la « galerie avec des couilles ») au mois de septembre. Le provocateur du cinéma canadien Bruce LaBruce, dont le film Skin Flick de 1999 mettait d’ailleurs en scène Slava Mogutin, parle de son comparse comme « d’une force brute avec laquelle il faudra désormais compter ».

Cette exposition du duo a en tout cas tout pour faire lever les yeux (et pas que…) dans le 613, et s’avère peut‑être même être l’exposition d’art gai la plus en vue au pays cette année. Il s’agit de la première expo du duo au Canada.

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Beaux-arts, documentaire et érotisme

De la même façon que le travail de Mogutin tangue constamment de part et d’autre de la fine ligne (et tellement gaie !) qui sépare pornographie et érotisme gai intellectuel, ses œuvres semblent rejoindre les beaux-arts, le documentaire et l’érotisme grand public. Son recueil de photos Lost Boys de 2003 était (pardonnez cet écart de langage) un véritable documentaire séminal de portraits homoérotiques.

Son statut de star a été ensuite entériné avec le livre NYC GO-Go, très coloré et à la facture très brute, où la chair de ses superbes sujets est exposée telle une pièce à conviction de leur présence au bas de la chaine alimentaire dans l’une des villes les plus grouillantes au monde.

Les corps mi-vêtus (comme dans Lost Boys) tantôt courbés, tantôt voûtés pour accentuer chaque muscle et parfois même la présence de nudité ou d’éjaculations confèrent un côté tout « Nan Goldinien » au traitement du sujet. Les plus terribles et irrésistibles de ces corps sont ceux à la pose anticlassique : penchés en avant, pantalons baissés, parfois vêtus d’un jock strap, parfois tenant une bière, misérables et entièrement disponibles au premier maître/photographe/curieux venu, le tout éclairé par une lumière naturelle, loin de tout studio ou d’éclairage artificiel.

Expulsé de Russie

Le magnétisme esthétique et érotique des photos de Mogutin est indéniable pour tout homme gai au sang chaud, mais ne vous y trompez pas : il se dégage une vraie poésie de ces photos de jeunes éphèbes à la BUTTmagazine. D’ailleurs, Slava Mogutin a été poète dans sa Russie natale – il a même traduit en russe la poésie de son ami Allen Ginsberg – mais a été expulsé de ce pays dictatorial à la fin des années 90.

Accusé « d’apologie à la violence brutale, pathologie psychique et perversion sexuelle », Mogutin a trouvé refuge aux États-Unis avec le soutien d’Amnistie Internationale et du PEN Club international, défenseurs de la liberté d’expression, où il a ironiquement été encensé par le monde de l’art et de l’édition pour toutes ces raisons.

La forme physique éblouissante et la collaboration prolifique du duo SUPERM ont grandement bénéficié à leurs expositions et installations, de Los Angeles à Berlin (où ils sont repartis deuxièmes du PornFilmFestival) en passant même par Moscou. Même si l’on ne peut qu’espérer que cette expo soit le début d’une longue collaboration entre Mogutin et la Petite Mort, il s’agit là d’une occasion exceptionnelle de voir l’œuvre de l’artiste de près (attention, ceci dit, il se pourrait que vous ayez besoin d’une bonne douche froide à l’issue de l’expo).

• Événements d’automne : toujours plus gai !

La Petite Mort ouvre les hostilités automnales avec des artistes visuels anticonformistes, grâce aux expositions des peintres Peter Shmelzer (7 au 30 octobre) et James Huctwith (4 au 27 novembre). Les huiles hyper académiques de James Huctwith font penser à Rembrandt en plus sexy. De son côté, l’œuvre de Peter Shmelzer fait preuve de grandiloquence, traitant du « chaos engendré par un capitalisme démesuré » aux effets iconographiques vertigineux. Impossible de trouver ces peintres ailleurs à Ottawa ou à Montréal. Ils représentent parfaitement ce vers quoi tend, aujourd’hui, la peinture figurative.

Galerie La Petite Mort
Du 2 septembre au 2 octobre
306, rue Cumberland, Ottawa
613.860.1555
www.lapetitemortgallery.com

Crédits photo: Slava Mogutin
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