Val McDermid: reine incontestée du roman noir

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Val McDermid Sans laisser de traces

Ayant grandi avec ses grands-parents dans le petit village minier de East Weymiss en Écosse, Val McDermid connaît bien la valeur de l’esprit de communauté. Sans laisser de traces, parution la plus récente de l’auteure en langue française (mai 2011), s’en inspire d’ailleurs grandement.

Malgré cet attachement particulier à la notion de communauté, l’auteure ne tient pas à faire vivre des personnages lesbiens dans le dessein d’un repli sur sa propre identité sexuelle. Au contraire. «Mes personnages homos sont totalement intégrés dans le contexte social parce que la plupart des choses qu’on fait, on le fait comme les hétéros, expliquait-elle dans l’édition de juin dernier du magazine Têtu. On ne va pas au marché d’une façon gaie ou lesbienne! On fait juste partie du monde normal».

«L’opinion n’était pas prête»

Ainsi, depuis le tout début de sa carrière, elle a intégré divers personnages homosexuels dans la plupart de ses romans, même en sachant que cela lui fermerait certaines portes. «C’est sûr que l’opinion n’était pas prête, et je savais qu’en faisant cela, je limitais mon marché», précise-t-elle au sujet de la parution de son premier livre avec pour héroïne Lindsay Gordon, journaliste lesbienne.

Pourtant, Val McDermid a fini par développer une plume unique qui a su transcender l’idée selon laquelle le succès signifiait rentrer dans les rangs de l’hétérosexualité. Sa dernière publication est probablement l’une des preuves les plus évocatrices de cette réussite. Truffé de personnages lesbiens, Trick of the Dark – pas encore paru en français – est un succès incontesté, et ce, indépendamment de l’orientation sexuelle des personnages.

Toujours militante

Affichant aujourd’hui une cinquantaine épanouie, Val McDermid sait que le chemin parcouru depuis le début de sa carrière est remarquable. Mais elle sait aussi reconnaitre que celui qui reste à parcourir, dans la vie de tous les jours, est considérable. Voilà pourquoi, de son petit village du Northumberland, elle prend part à des actions collectives pour les droits des LGBT lorsque le temps le lui permet. Espérons qu’entre la garde de son fils, qu’elle partage avec son ex-conjointe, et son engagement militant, elle poursuive son travail d’auteure, cher à la communauté comme à tous les amateurs de suspense psychologique exaltant.

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Critique de Sans laisser de traces:

Vingt-sixième roman de Val McDermid, Sans laisser de traces raconte l’histoire touchante d’une communauté de mineurs dont une grève avait entraîné la disparition de l’un des plus militants d’entre eux. Vingt ans plus tard, la détective Karen Pirie ouvre une enquête afin de retrouver cet homme dont le petit-fils a grandement besoin pour surmonter une maladie dite incurable. Parallèlement, une journaliste tente de résoudre à sa manière un tout autre dossier. Qui sait où mèneront ces deux histoires qui, à première vue, semblent complètement étrangères…

Du côté des personnages, ce roman présente certains clichés, tel celui de l’enquêteuse attirée par l’adrénaline d’une bonne vieille enquête sur le terrain alors qu’elle est «emmerdée» par la paperasse qu’impose sa récente promotion. On arrive néanmoins à excuser ce petit manque d’originalité grâce à une intrigue bien ficelée. L’écriture efficace, agréablement rythmée et dynamique de Val McDermid, qui va et vient constamment entre le passé et le présent, sert définitivement ce thriller policier de style classique. Divertissement assuré.

Sans laisser de traces

Crédits photo: Tim Duncan.

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