Exposition: Mathieu Laca dit merci à Ottawa

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Mathieu Laca gay Peinture Ottawa

À 29 ans, l’artiste-peintre Mathieu Laca peut se vanter d’avoir parcouru un chemin énorme dans son domaine. Diplômé en 2005 de Université Concordia en arts visuels, ses oeuvres se retrouvent déjà dans plusieurs publications d’art et deux pages lui sont consacrées dans l’encyclopédie 100 artists of the male figure, rédigé par E. Gibbons. Fréquemment exposé à la galerie Patrick John Mills d’Ottawa, l’artiste favori du galeriste qui ne cesse de faire réagir, nous parle de son travail.

Être. Vos créations peuvent apparaitre provocantes. Avez-vous développé cette esthétique durant vos années d’études à l’Université de Concordia?

Mathieu Laca. Quand j’étais à l’école, je cherchais surtout l’approbation. Je voulais qu’on apprécie mes œuvres et je privilégiais ce qui m’apparaissait être bon plutôt que de me donner une totale liberté. C’est précisément en cherchant à aller contre toute démarche pédagogique que j’ai découvert ma personnalité artistique. Aujourd’hui je peins sans compromis, sans censure.

Être. Il y a dans cette esthétique homosexuelle très sexuée un rapport indéniable à la mythologie. Comment vous est venue l’idée de reproduire ce monde de manière sexuelle?

M.L. Aujourd’hui, on est assez pudique par rapport à l’art. On est facilement choqué par la sexualité. À l’époque grecque ou romaine, on retrouvait beaucoup d’imagerie érotique qui décrivait explicitement l’acte sexuel. On s’en servait pour décorer les bâtiments. La population n’était pas conditionnée à être moralement dérangée par cette imagerie. Aujourd’hui, peut-être à cause de l’héritage judéo-chrétien, on évite ces représentations qu’on associe à de la pornographie. C’est précisément pourquoi j’ai décidé d’illustrer une mythologie inventée, qui utilise des symboles pour exposer, dénoncer ou critiquer la collectivité. Par exemple, dans une de mes toiles, on voit un pape, vêtu du costume traditionnel mais dont la tête est celle d’un coyote. Celui qui est l’incarnation ultime du berger devient alors l’ennemi du troupeau. C’est ce genre de symboles qui me plaisent.

L’analogie de l’instinct et le désir primitif sont plus forts avec des animaux qui nous rappellent nos origines. Mon objectif est en fait de fabriquer un univers propre qui sait mieux que le naturalisme représenter notre réalité. Oscar Wilde disait que la fable est plus réelle que la vérité. C’est précisément ce à quoi je tends quand je peins.

Mathieu Laca : « Aujourd'hui je peins sans compromis, sans censure »

Être. Cette mythologie donne justement un aspect très excessif à l’action érotique que vous illustrez…

M.L. Ça fait aussi partie de ma démarche d’exagérer cette représentation de la sexualité, de la rendre aberrante, dérangeante. Il y a une part de brutalité dans la sexualité. Il y a un jeu où le désir est une forme de violence. Les rapports de force que nous entretenons en société sont aussi présents que dans la vie. Bien souvent ils sont même intensifiés.

Être. Que voulez-vous que vos toiles provoquent chez le spectateur?

M.L. J’ai envie qu’il se remette en question, qu’il soit dérangé par cette vision du monde et qu’elle le pousse à la réflexion. Je n’ai pas peur de provoquer ou de choquer les gens. Mais je ne le fais pas non plus dans ce but.

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Être. Justement quelle est votre démarche créative?

M.L. Il y a toujours une idée de base. Généralement une histoire, un rapport de force. J’y réfléchis pendant un certain temps avant de commencer à peindre. Si mon idée de base est trop provocante, elle ne survit généralement pas à mes inspirations. Choquer pour choquer n’est un matériel ni assez puissant ni intéressant pour créer. Cela dit, quand j’arrive devant la toile, je commence à mettre en image mon histoire et il s’ajoute toujours des surprises qui modifient ce que j’envisageais au départ et qui enrichissent l’univers illustré.

Mathieu Laca : « Aujourd'hui, on est assez pudique par rapport à l'art. On est facilement choqué par la sexualité. À l'époque grecque ou romaine, on retrouvait beaucoup d'imagerie érotique qui décrivait explicitement l'acte sexuel. »

Être. Pourquoi est-il important pour vous d’intégrer à la plupart de vos œuvres un pénis en érection? En quoi cette représentation d’un phallus actif est-elle symbolique ?

M.L. Il y a selon moi beaucoup à dire avec l’érection. Ça n’aurait pas la même puissance expressive avec un pénis à l’état neutre. Le sexe peut devenir une sorte d’arme. Il indique aussi l’excitation, chose assez ardue à représenter en peinture. Mais comme je l’indiquais précédemment, je ne désire pas peindre une érection pour choquer le public. La représentation de la sexualité est quelque chose de très fort, il faut donc que son utilisation soit justifiée dans ma démarche.

Être. Vous êtes très souvent exposé à la galerie Patrick John Mills, dans la capitale canadienne. Que pensez-vous d’Ottawa?

M.L. Il est certain qu’il s’agit d’une ville assez conservatrice. Comme c’est la capitale, elle se doit de montrer une image «impeccable» du pays. Heureusement, il y a des gens audacieux qui y vivent. Avec Patrick, propriétaire de la Galerie John Mills, j’ai trouvé un complice extraordinaire. Il y a deux ans, il est littéralement tombé amoureux de mon travail. Il expose mes toiles très souvent et, à chaque fois, elles ont du succès. Il ne se gêne pas pour mettre mes toiles en vitrine, même si elles provoquent des réactions dues au caractère explicite du rapport homosexuel. Mais Patrick vit très bien avec la controverse. Ce qui importe pour lui, c’est l’art.

Mathieu Laca à la Galerie Patrick John Mills
Du 4 au 27 août
286 Avenue Hinchey
À Ottawa
(613) 729 0406
mathieulaca.com

Crédit photos: documents remis.

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