Itinérants: les limites de la police

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La police de Montréal dans l'affaire Mario Hamel

Selon la version officielle, le jour de la tuerie, Mario Hamel éventrait des sacs de poubelles à la recherche de bouteilles et de canettes consignées pour se faire de l’argent de poche (geste assez fréquent, surtout les jours de recyclage, et tout à fait légitime, si ce n’est qu’il utilisait un couteau pour ce faire). Interpellé par les policiers, il aurait été agressif envers eux et ceux-ci se seraient sentis menacés… au point de faire feu sur lui et de l’abattre, en tuant au passage Patrick Limoges, un employé de l’hôpital Saint-Luc qui se rendait innocemment à son travail.

Mario Hamel ou Patrick Limoges, ça aurait pu être n’importe qui d’entre nous. Deux hommes ont perdu la vie, d’autres ont perdu un père, un fils, un frère, un ami. Deux vies fauchées à cause d’un moment de détresse… Comment en sommes-nous arrivés là ?

Les intervenants communautaires soulignent, avec raison, qu’il est aberrant que les policiers n’aient pas fait appel aux services de l’urgence psychosociale, dont les bureaux se trouvent à un coin de rue. Les autorités policières se défendent en arguant la légitimité de l’utilisation de l’arme à feu lorsqu’un citoyen menace avec une arme blanche.

On parle aussi du manque de formation adéquate des policiers pour affronter ces situations où sont en cause des gens souffrant de maladies mentales, souvent reliées à l’itinérance. Cependant, tous ces arguments légitimes ne devraient pas nous faire perdre de vue la véritable question de fond : les problèmes sociaux qui engendrent la détresse humaine.

Au-delà du travail de la police

Il est temps de se demander comment aborder les problèmes reliés à la santé mentale et à l’itinérance. Cinquante ans après la Révolution tranquille – durant laquelle l’État a pris en main différents services, dont l’aide sociale, les refuges et les hôpitaux psychiatriques, tenus jusque-là par les communautés religieuses et les organismes de charité —, est-il normal que nos organismes publics fassent toujours aussi peu pour offrir un toit et aider ceux et celles qu’on a désinstitutionnalisés, le plus souvent sans leur offrir de suivi véritable ? Est-il normal qu’encore aujourd’hui les principales ressources à cet égard relèvent de la charité ? Mesure-t-on le coût social de notre laxisme en la matière ?

On évoque, depuis quelques années, une politique nationale de l’itinérance, mais au-delà des beaux mots et des bonnes intentions, le problème grandit. Parce que les gens qui en ont besoin ne reçoivent pas de protection, ils se voient refoulés, comme Mario Hamel, vers des ressources limitées. Pourtant, n’est-ce pas précisément le rôle de nos services sociaux et de santé de venir en aide aux démunis ?

Pour avoir assisté depuis des années à maints débats autour de ces questions, je sais que le réflexe de la plupart des citoyens désemparés consiste à faire appel aux policiers qui, au mieux, font circuler ceux et celles qui se livrent à des « incivilités ». Il est temps que nous regardions plus loin que le bout de notre nez, collectivement, et que nous réclamions les ressources nécessaires pour aider ces gens dans le besoin. Dans un quartier comme le Village, où l’on a refoulé beaucoup de la misère humaine qu’on ne voulait pas voir ailleurs, nous devons élever la voix et exiger que la société se responsabilise au lieu de continuer à balayer la poussière sous le tapis.

Fondamentalement, ce n’est pas le travail des policiers qui est le problème, c’est l’inaction et le refus de venir en aide aux plus vulnérables d’entre nous.

Crédits photo: Aertiron.