Sortie CD – La sélection de Êtremag

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Musique Êtremag Ngâbo Yelle

ALEX BEAUPAIN

Pourquoi battait mon cœur

Les Français d’amour !

On connaît surtout Alex Beaupain pour ses collaborations heureuses aux films de Christophe Honoré. Les chansons d’amour, ça vous dit quelque chose ? En 2008, Beaupain avait remporté le César de la meilleure musique pour avoir composé les airs de ce film qui relate l’histoire d’un triangle amoureux. Très peu peuvent se vanter d’avoir fait résonner leurs mots dans des bouches françaises aussi célèbres que celles de Catherine Deneuve, de Ludivine Sagnier ou encore du craquant Louis Garrel.

Tout comme les acteurs dans les films d’Honoré, la voix de Beaupain raconte plus qu’elle ne chante. Il en est donc ainsi sur Pourquoi battait mon cœur, son troisième album. Et si on ne peut pas prétendre qu’il nous étonne, on sent qu’il consolide ses acquis : des rimes bien ficelées, des histoires bien construites, des airs qui restent en tête, des arrangements intelligents. Pourquoi changer une recette gagnante ? De plus, Beaupain a beaucoup à dire sur la situation politique de sa douce France et pour y arriver, il n’hésite pas à allier poésie et politique. Par exemple, dans Au départ, il nous raconte l’histoire de la gauche en France ou plutôt son histoire d’amour avec la gauche. Il renchérit aussi sur Je réponds toi, dans laquelle il demande à ses copains de droite ce qu’ils proposent, eux, comme projet de société.

Vous aurez compris que c’est le temps d’appeler nos amis-les-Français-qui-habitent-sur-le-Plateau pour leur demander de tout nous expliquer parce que certains détails nous échappent, évidemment ! On retrouve aussi de belles ballades tantôt pop, comme Sur toute la ligne, tantôt sentimentale, comme Avant la haine, un duo avec la délicieuse Camélia Jordana.

Et pour ceux qui en voudraient encore plus, d’autres chansons de Beaupain verront bientôt le jour dans le prochain film d’Honoré, Les bien-aimés, une comédie musicale rendant hommage à Jacques Demy.

En attendant, on peut bien écouter Pourquoi battait mon coeur en se baladant sur le Plateau par une journée de printemps qui s’installe peu à peu.

NGÂBO

Ngâbo

De toutes les couleurs

En juin dernier, Ngâbo sortait Hey Ya Desperado, un EP contenant trois titres qui se retrouvent maintenant sur son premier album éponyme. Cet avant-goût laissait déjà présager un vent de fraîcheur dans le paysage musical québécois. Depuis, on l’a vu faire ses armes en première partie des concerts non seulement de Dumas, mais aussi et surtout de Jérôme Minière. Ngâbo est d’ailleurs le protégé de Minière, qui a collaboré à la réalisation de son album. Collaboration réjouissante !

Les influences de ses origines africaines sont indéniables ; certaines chansons peuvent même faire penser au célèbre couple Amadou et Mariam. Cependant, le mélange éclectique des sons confère à l’album un créneau bien plus large que celui d’être un nouveau fleuron de la musique du monde. Dans une pop mixant instruments traditionnels et sons électros, tantôt en français tantôt en anglais, Ngâbo explore plusieurs avenues pour nous faire voyager. Certes, il nous emmène ailleurs, mais il nous emmène aussi jusqu’à lui. Parfois de façon très personnelle, comme sur Berceau Bercail, dans laquelle il nous raconte ses origines, notamment en abordant le thème de la délivrance du patriarche. Que dira mon père ? fredonne-t-il. En effet, que pense-t-il de l’excentricité et de l’éclectisme de son fils influencé par les cultures du monde entier ? Intéressant questionnement.

Malgré sa forte personnalité, très évidente, il reste que c’est un premier album pour l’artiste et qu’il prendra sans doute de la maturité avec le temps. On vous suggère aussi de le voir en concert… une bête de scène, ce Ngâbo !

YELLE

Safari Disco Club

Yelle sort de la brousse.

Yelle occupe une place à part dans le paysage musical français : dans son rôle de fausse ingénue devenue figure mythique et digne héritière de la chanson française depuis France Gall et Alizée, elle est pourtant unique par son style électropop. Après un premier album Pop-up sorti en 2007, elle revient avec un Safari Disco Club beaucoup plus cohérent et abouti musicalement. Il est rare de voir une telle efficacité et une telle constance dans la qualité : les 11 titres qui composent l’album sont tous excellents.

Toujours entre innocence et maturité, les paroles sont soutenues par des sonorités de style tribal impeccablement produites. On note une vraie inspiration des années 80 et, notamment, de la pop anglaise et électro italienne. On remarque en particulier les titres produits par l’Allemand Siriusmo, comme l’excellent Le grand saut, avec sa montée impressionnante.

Même si on peut regretter l’aspect un peu moins dansant de cet album, Yelle a vraiment gagné en chair et en coeur. Les mélodies restent profondément inscrites dans notre cortex et on se surprend à susurrer assez rapidement les paroles douces amères de la nouvelle reine de la pop française.

METRONOMY

The English Riviera

Pina colada sur l’English Riviera.

Est-ce qu’on tient déjà le grand album 2011 ? Tout comme le précédent Nights Out avait affolé toute la branchitude internationale à sa sortie, The English Riviera risque de faire parler de lui. Pourtant, les attentes semblent insurmontables pour des fans qui n’ont pas d’emprise sur Joseph Mount, le cerveau du groupe, génial auteur-compositeur.

Dans cet album-concept, Joseph s’inspire de Totnes, ville du sud de l’Angleterre, qu’il transforme le temps d’un album en une improbable English Riviera. Travestissant ses souvenirs, il mélange fantasmes et réalité au long de dix chansons à la mélancolie pop.

Ainsi, il laisse libre cours à son imagination et utilise pleinement les ressources des deux nouveaux membres du groupe, Gbenga Adelekan et Anna Prior. Après une courte introduction maritime, il enchaîne avec un We Broke Free aux sonorités sensuelles des années 70, puis une superbe chanson, Everything goes on my way. S’il laisse entrevoir une certaine noirceur, avec un titre comme She wants, il ne s’attarde pas longtemps et retrouve très vite le son électro et dansant typique de Metronomy, comme sur les implacables Corinne et The bay.

Metronomy réussit là ou beaucoup échouent : égaler, voire surpasser le premier chef-d’œuvre, Nights Out. Il parvient ainsi à allier une pop accessible à une rigueur et à une honnêteté artistique de plus en plus rare dans un monde pop où la posture semble être plus importante que le contenu.