Gardenia: les travestis envahissent le FTA

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Gardenia au FTA

Pour l’occasion du FTA, Être s’est entretenu avec Marie-Hélène Falcon, directrice artistique et directrice générale de l’événement, dans le but d’en savoir un peu plus sur certains des spectacles singuliers de sa programmation. On sent immédiatement l’enthousiasme dans sa voix à l’évocation de Gardenia. « C’est un spectacle magnifique, troublant d’humanité », explique celle qui a vu le spectacle il y a quelques mois.

Sur scène se rejoignent six hommes d’âge mûr, extraordinairement ordinaires. Ils ont vécu des vies de fonctionnaire, d’infirmier, d’employé de bureau… Surgit alors une transsexuelle délicieusement fanée qui annonce la fermeture du cabaret Gardenia. Et l’on comprend que ces hommes ont tous mené une double vie à se travestir en femmes, en vedettes, en stars. Une dernière fois, sur des airs d’Aznavour, de Dalida et de Ravel, ils se transforment – faux cils, faux seins, vrai strass – pour offrir au public un bouleversant moment, d’une générosité déchirante, avec en contrepoint les inquiétudes d’un vrai garçon devant une vraie femme.

L’homme-femme

« Quand la représentation commence, ces hommes, ces transsexuels et cette femme — car il y a aussi une femme dans le spectacle — se préparent à se produire pour la dernière fois. Gardenia s’attarde donc à ce qui précède l’ultime spectacle de ces vedettes de l’anonymat. » Chacun se présente tel qu’il est, avec ses rides, ses chairs guère plus désirables et ses espoirs d’un autre âge, dégageant une profonde et très touchante humanité.

La cohabitation du masculin et du féminin chez les interprètes eux-mêmes donne lieu à des tableaux troublants qui renvoient à la douloureuse déchirure de ces êtres tentant de concilier l’identité qu’ils affectent à la ville et celle qu’ils revêtent à la scène.

Sous leurs chics complets-vestons, ces hommes fragiles cachent petites robes fleuries et costumes de scène clinquants qu’ils arborent avec une démarche aussi digne qu’hésitante, se confrontant à la présence à leurs côtés d’une femme et d’un jeune éphèbe qui accentuent d’autant plus le contraste, l’une par sa féminité toute naturelle, l’autre par sa provocante beauté. Au-delà du rapport au spectacle, c’est du vieillissement humain en général qu’il est question.

Depuis qu’il a connu la consécration au Festival d’Avignon l’été dernier, Alain Platel a exhibé son cabaret de la dernière chance sur les plus prestigieuses scènes d’Europe. Par chance, il le présentera au FTA du 1er au 4 juin avant de se diriger vers Québec où il le produira deux soirs, les 6 et 7 juin, au Carrefour international de théâtre.

Le James Dean de Miguel Gutiérrez

Un autre spectacle attendu pour le Festival est celui du chorégraphe de Brooklyn, Miguel Gutiérrez, qui amène sa talentueuse troupe dans la métropole pour présenter Last Meadow, un spectacle qui mêle la danse et le théâtre et rend un hommage à l’acteur mythique James Dean. Miguel Gutiérrez, ce provocateur new-yorkais, maintes fois récompensé pour son travail, n’en est pas à ses premiers pas avec un spectacle qualifié d’hybride et qui traite de thématiques homosexuelles.

Last Meadow est une pièce qui a beaucoup à dire et à montrer. Décrite comme « opéra noir » qui vise à déconstruire le paradigme du mythe de l’Amérique, elle a été conçue pour trois danseurs : lui-même, Michelle Boulay et Tarek Halaby. Bien que le titre soit plutôt insaisissable, la pièce a été inspirée par le visionnement des « screen test » de James Dean dans le film À l’Est d’Éden. James Dean qui s’est « fait sortir du placard » dans les années 2000 par Liz Taylor, se présente encore comme l’icône des années 50, avec des rôles qu’il a tenus dans des films comme Giant ou Rebel without a Cause.

Gutiérrez cherche à pousser encore plus loin cette figure iconique. « Il me semblait évident de faire jouer Dean par Michelle, et d’utiliser Tarek pour incarner les rôles de femmes. Il n’est pas question ici de drag queen. C’est plutôt comme un enfant qui porte les vêtements de sa mère », explique le chorégraphe. Dans le cas de Last Meadow, on ne prend pas parti sur la sexualité de la vedette. On explore plutôt une inconstance sexuelle délibérée. D’ailleurs, lorsqu’on demande à Gutiérrez s’il croit que James Dean était homosexuel, le danseur ne cherche pas à se prononcer. Il se dit plutôt intrigué par sa façon fascinante et séduisante de sembler intouchable. Gutiérrez est reconnu pour pousser ses danseurs au bout de leurs limites, et quand ils vont envahir la scène du Conservatoire d’art dramatique de Montréal, ils auront la ferme intention de faire vivre au public une expérience unique.

Quant à Marie-Hélène Falcon, lorsqu’on lui demande de nous décrire son festival, elle répond sans hésiter qu’il s’agit d’une occasion de surprendre les spectateurs, de les sortir de leur zone de confort. Dans sa programmation, elle cherche un équilibre entre qualité et audace. Le mot d’ordre pour les festivaliers est « curiosité ». Soyez curieux, vous découvrirez des spectacles non seulement différents, mais surtout empreints d’émotion. L’occasion en or pour ceux qui trouvent le théâtre ennuyant d’assister à des œuvres qui prouveront certainement le contraire. Pour plus d’information, consulter le www.fta.qc.ca

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Autres spectacles à ne pas manquer

S’envoler

Sur l’étendue blanche et immaculée de la scène avance un escadron timide et agité. Une innocente couvée d’oisillons qui s’aventure à la conquête du vaste monde. Les corps frétillent, se butent les uns aux autres, s’animent d’une frénésie irrépressible. Bien sûr, le danger rôde. Mais comment ignorer les impulsions soudaines qui les poussent hors du groupe ? Tiraillés par la peur, fouettés par le désir, les 12 danseurs s’éloignent, puis reviennent dans un roulement perpétuel de valses-hésitations et furieux décollages. De maladresses cocasses en audaces glorieuses, ils finiront par s’envoler. Dans cette production, la chorégraphie d’Estelle Clareton traite de la quête d’autonomie, du besoin viscéral de quitter le groupe et parfois d’y revenir.

Neutral Hero

Dans une petite bourgade au milieu des États-Unis, les vieux mythes fondateurs de l’humanité cadenassent la vie, la condamnent à se répéter. Sur une grande scène vide comme le ciel du Midwest, des gens en apparence terriblement ordinaires jouent, sans aucun recours au pittoresque, des épisodes de leur vie quotidienne. Ils ne parlent pas, ils chantent avec cette simplicité désarmante de ceux qui ne connaissent pas l’artifice. Puis, quelque chose de mystérieux se déploie lentement : sous leurs anecdotes se profilent les grandes violences de l’histoire américaine, et surtout, les blessures jamais guéries des grands héros antiques – Gilgamesh, Ulysse, Énée – dont on ne cesse de répéter inconsciemment les cruels combats.

Bonanza

Sur une scène, une maquette de la ville de Bonanza — la moins peuplée du Colorado — surplombe cinq écrans pour les cinq maisonnées. Îlots isolés, pourtant contigus. Projections simultanées d’instantanés du quotidien, aveux candides et ragots ahurissants forment un portrait rudement authentique de ces « personnages » pourtant bien réels, mais semblant tout droit sortis d’une fiction des frères Coen. Le groupe belge Berlin a imaginé ce voyage aux frontières du théâtre, du documentaire et de l’installation. Bonanza s’impose comme un microcosme de la vie en société, une peinture décapante et férocement humaine.

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