Ngâbo: « Je ne suis pas musicien au sens courant du terme »

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Ngâbo Nouvel album

RG. Quels ont été vos premiers pas dans le domaine de la musique ? Quand avez-vous commencé à écrire, à chanter et à composer ?

Ngâbo. Quand j’étais jeune, je chantais dans une chorale avec mon papa. D’aussi loin que je me souvienne, la musique a toujours fait partie de ma vie. Cependant, je n’ai jamais perfectionné d’instrument parce que je viens d’Afrique et que ça n’est pas toujours possible là-bas. Je n’en ai pas eu la chance. Je crois d’ailleurs que c’est l’histoire la plus triste de ma vie !

Malgré ça, j’ai toujours fait de la musique. Même quand je suis arrivé au Canada. Quoiqu’un peu en cachette, parce qu’il fallait obtenir les papiers, travailler, gagner sa vie, etc. Du coup, j’en faisais chaque jour, mais sans en parler à personne. Maintenant, ça fait environ six ans que j’en fais de manière plus sérieuse.

RG. Quelles influences trouve-t-on dans l’univers musical de Ngâbo ?

N. Depuis six mois, je suis complètement obsédé par Tom Waits. J’adore ce qu’il fait. Je crois que si je devais me choisir un père, ce serait lui. Je lui dirais simplement : « Hé toi, tu veux être mon père » ? Parce que musicalement, c’est une des meilleures choses qui me soit arrivée. Il y a cette anatomie particulière, propre à ses chansons. Ça vient vraiment me chercher. J’aime ces artistes qui arrivent à créer des petits films avec leurs chansons.

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RG. Jérôme Minière a joué un grand rôle dans la réalisation de votre album. Dans quel contexte l’avez-vous rencontré ?

N. J’aimais beaucoup ce qu’il faisait, alors je suis allé le voir en concert et comme un vrai « groupie » qui se respecte, j’ai attendu jusqu’à la fin pour lui dire bonjour et tout. Grâce au phénomène des réseaux sociaux, on a pu échanger ensemble sur Internet. Il a donc écouté ce que je faisais et ça a commencé comme ça. Il a fini par réaliser l’album. En fait, il a été un peu le parrain de tout ça…

Je travaillais beaucoup en anglais avant. J’écrivais en français, bien sûr, mais quand je suis arrivé ici, je voulais vraiment travailler en anglais. Mais quand j’ai rencontré Jérôme, je me suis remis à écrire en français, ce qui n’est pas du tout la même chose. Et Jérôme était toujours là pour me dire ce qui fonctionnait bien et ce que je devais retravailler.

RG. La comparaison entre le pays natal et la terre d’accueil est récurrente dans vos textes. Créer autour de ces thèmes, est-ce pour vous une manière de faire la paix avec « les mésaventures » de l’exil ?

N. D’une façon inconsciente, je crois que c’est un peu ça. J’avais 20 ans quand je suis arrivé ici. J’ai alors vécu une sorte de renaissance, parce que même si on parle français au Congo, culturellement c’est extrêmement différent du Québec. Je suis donc toujours un peu pris dans cette position de comparaison, mais ça se fait de façon totalement inconsciente…

Parfois, je me trouve un peu opportuniste d’écrire sur ces thèmes, parce que ça me semble un peu fatigué. Mais tu sais, à Montréal, ça n’est pas comme ailleurs, il y a quelque chose « d’hybride » qui fait qu’on ne se sent pas seul, qu’on se sent au contraire super bien et qu’on a envie de célébrer cette diversité des communautés.

RG. Ce qu’on retrouve sur votre album, c’est une pop singulière et colorée, dansante et très rythmée, aux motifs africains, mais très contemporaine. Une mosaïque complexe qui intègre des influences aussi distinctes, est-ce que c’était l’idée de départ de votre projet musical ou y êtes-vous arrivé par hasard, un peu instinctivement ?

N. Je n’ai pas de formation. Quand j’étais petit, chez nous, je n’avais pas la radio, ni MTV… Bref, je ne me considère pas comme un musicien au sens courant du terme. Et comme je n’ai pas de cadre imposé, du genre : « J’ai étudié le classique alors je crée du classique ». Le point de départ de mes compositions reflète toujours très honnêtement ce que je suis et ce qui m’inspire. C’est peut-être pour ça que le résultat est un peu éclectique. D’ailleurs, c’était une de mes peurs, que de ce genre de processus ne sorte qu’un tas de sons et de couleurs, de toute sorte d’influences disparates.

RG. Souffrez-vous un peu du syndrome de l’imposteur ?

N. Non… Même si je trouve toujours ça un peu difficile quand les gens me demandent si je suis musicien. Personnellement, je me considère comme un ingénieur de mélodies. Un jour, j’ai trouvé cette expression. J’ai alors pensé : « On va dire que je suis un ingénieur de mélodie, voilà ! J’en bidouille quand même pas mal. Bon, « ingénieur » c’est un peu prétentieux, mais c’est quand même ça que je fais ».

RG. Pourtant, on vous décrit comme le protégé de Jérôme Minière, et puis Ariane Moffat a collaboré avec vous sur la chanson Renfort et vous avez été invité à l’émission Studio 12 par Pierre Lapointe. Vous semblez être reçu très favorablement par la communauté artistique. Est-ce que ça ajoute de la pression à la sortie d’un premier album ?

N. C’est sûr ! Mais je me considère très chanceux d’avoir pu travailler avec Ariane sur Renfort et d’avoir été invité par Pierre Lapointe à Studio 12. Au début, je me demandais quel intérêt Dumas pouvait avoir pour ce que je fais. Ou encore Alain Berger, qui a travaillé avec Youssou N’Dour et Jean Leloup, qui s’offre pour travailler avec moi… Je me dis que ça doit être bon signe ! C’est un bon stress de sentir que ces artistes veulent que ça se passe bien pour moi et trouvent que c’est bon ce que je fais. C’est vraiment encourageant !

Ngâbo/Ngâbo

En magasin depuis le 3 mai.

Crédits photo: César Ochoa.
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