Le choix du 2 mai

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Élections fédérales du 2 mai: le vote LGBT

L’obsession dogmatique des Conservateurs pour leurs valeurs morales rétrogrades est particulièrement préoccupante pour tous les groupes sociaux qui ont été historiquement opprimés par les valeurs patriarcales des nostalgiques de Papa a raison, qui sont entre autres sexistes, hétérosexistes et homophobes. Sans détenir une majorité parlementaire, ils ont déjà entrepris depuis 2006 de faire reculer nos avancées tous azimuts comme le rappelle le Conseil québécois des gais et lesbiennes.

Vers le triomphe du conservatisme social?

Si ce parti venait à obtenir une majorité, il faut s’attendre à des reculs importants en matière d’égalité et de justice sociales. Fini, le contrôle des armes à feu; feu vert aux avions de chasse et aux missions militaires; terminés, les droits des femmes et des minorités sexuelles; croisade pour la liberté et les valeurs religieuses, etc.

Avant d’accéder à la direction du Parti conservateur, Stephen Harper avait clairement affirmé que l’enjeu principal de la droite était de faire triompher le conservatisme social. Malgré tous ses efforts pour endormir parmi la population la crainte d’une majorité conservatrice, rien ne nous permet de croire qu’il entend déroger de cet objectif.

En bafouant les prérogatives du Parlement, en limitant la liberté de presse, en coupant les fonds de contestation judiciaire et le financement des organismes de défense et de promotion des droits, il a déjà dressé la table pour un recul des droits et libertés. En refusant de répondre au questionnaire que nous lui avons soumis, le Parti conservateur a de nouveau confirmé son mépris des droits des GLBT.

La société civile se mobilise

Face à ce danger qui se précise alors que la majorité est à portée de main pour les Conservateurs, il est sain que la société civile prenne enfin la parole pour appeler à défaire Stephen Harper. Cet objectif ne peut être atteint qu’en votant pour des hommes et des femmes qui sont tout au moins ouverts à nos préoccupations. Si le Parti conservateur est devenu le principal refuge des homophobes, l’étude des plateformes des principaux partis politiques nous rappelle comment l’hétérosexisme marque encore la vie politique canadienne.

Bien que nos droits soient clairement dans la mire des Conservateurs depuis l’union de la droite, aucune plateforme politique n’en fait mention dans la critique du gouvernement Harper. Comme l’élection se joue en-dehors du cœur des métropoles ou grands centres où nous avons un poids politique plus significatif, nos préoccupations ne sont clairement pas un enjeu important même pour les partis d’opposition sympathiques à nos droits.

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Nos alliés politiques

Ceci étant dit, deux partis sont depuis près de 20 ans de solides alliés. Encore récemment c’est à l’initiative d’un député néo-démocrate que le projet de loi C-389 a été adopté en 3e lecture à la Chambre des Communes (avant de mourir au feuilleton du Sénat avec le déclenchement des élections). Depuis Svend Robinson, le NPD a soutenu activement nos droits.

Même si le parti est plus jeune, avec son chef député dans Laurier-Sainte-Marie (où se trouve le Village gai à Montréal), le Bloc Québécois sous la direction de Gilles Duceppe s’est toujours tenu de façon solide du côté de nos droits depuis Réal Ménard. En fait, sans l’appui massif des députés du Bloc au Québec, les GLBT n’auraient acquis aucun droit au Canada depuis 15 ans. Et à cet égard, la direction de Gilles Duceppe a été déterminante.

À la différence  du Bloc Québécois et du NPD, la position du Parti Libéral a été plus louvoyante. Pour ne pas s’aliéner son aile droite, ce parti a le plus souvent laissé cours au vote libre de ses députés en matière de droits des GLBT après avoir fait adopter une loi pour protéger la définition hétérosexiste du mariage sous Jean Chrétien avant d’être débouté en Cour Suprême.

Si on doit au Parti libéral la décriminalisation de l’homosexualité en 1969, la légalisation du mariage des couples de même sexe en 2005, même quand il était majoritaire au Parlement, et a fortiori quand il était minoritaire ou l’Opposition officielle, le Parti libéral a dû compter sur l’appui du Bloc et du NPD pour contrebalancer son aile droite qui votait avec les Conservateurs contre les droits GLBT.

Si les hommes de Michael Ignatieff se présentent comme la seule alternative possible au gouvernement conservateur, une chose est certaine; que le prochain gouvernement soit libéral ou conservateur, envoyer un solide contingent de députés bloquistes et NPD à la Chambre des communes apparaît comme la seule garantie d’une défense consistante des droits LGBT au Canada.

Le clivage entre les deux nations se précise

Le choix est évidemment différent à cet égard que l’on soit au Québec ou ailleurs au Canada. Et la présente campagne ne fait que confirmer ce qui est plus évident depuis une vingtaine d’années : le Québec et le reste du Canada représentent deux dynamiques nationales bien différentes. Alors que les Conservateurs dominent largement au Canada anglais où ils recueillent déjà plus de 40% des intentions de votes et une majorité de sièges, au Québec, c’est le Bloc Québécois qui occupe cette position. L’élection d’un gouvernement conservateur majoritaire ne pourra que renforcer ce clivage et l’aliénation du Québec face au Canada.

Il est en effet notoire que la vaste majorité des Québécois ne se retrouvent pas dans les positions, inspirées par la droite religieuse américaine, des Conservateurs qui représentent le courant politique dominant au Canada anglais. Cette éventualité ne peut qu’accélérer la prise de conscience des Québécoises et Québécois dont je suis, sur la nécessité impérieuse de devenir une nation pour soi plutôt que de continuer à vivre dans une dynamique « nationale » qui n’est pas la nôtre et qui est aux antipodes de nos valeurs.

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