Vers les 30 ans de RG – Michel Marc Bouchard: théâtre violent et militant

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Michel Marc Bouchard Vers nos 30 ans

Il est né en 1958 à Alma au Saguenay. Cette campagne québécoise s’inscrira profondément dans sa mémoire. Les stigmates de cette enfance imprègnent ses pièces.

C’est pendant des études de tourisme à Matane que le jeune Michel Marc Bouchard crée ses premiers textes dramatiques. Cette découverte le mène vers l’université d’Ottawa où il entreprend un baccalauréat en théâtre.

1985 marque dans ce domaine un tournant. Il  écrit Les Feluettes, première pièce québécoise racontant une histoire d’amour homosexuelle. L’histoire se déroule à Roberval, en milieu rural, au début du siècle. Au centre de la pièce, la relation secrète que vivent deux adolescents, Vallier et Simon. Une relation qui se termine par la mort tragique du premier dans un incendie.

Des pièces montées dans le monde entier

Pour Michel Marc Bouchard, la campagne, où ces personnages évoluent bon an mal an, est un espace dramatique fascinant. Elle peut représenter une jungle pour les gens de la ville. Il trouve, pour sa part, dans ce monde déserté par la jeunesse une dimension métaphorique qu’il n’arrive pas à trouver dans le monde urbain. Les codes, les repères théâtraux y sont francs.

En 1987, le metteur en scène André Brassard orchestre la création des Feluettes qui remporte un vif succès. Le triomphe de sa tragédie homosexuelle assure à Michel Marc Bouchard une reconnaissance, ici comme à l’étranger – la pièce a également été adaptée pour l’écran par John Greyson en 1996. Depuis, ses œuvres sont traduites dans plusieurs langues et montées régulièrement partout à travers le monde.

Sa pièce suivante, Les Muses orphelines, produite en 1988, comprend des similitudes avec les Feluettes, mais s’articule cette fois autour d’une famille dysfonctionnelle vivant depuis plusieurs années en l’absence de leur mère, partie vivre aux États-Unis. Là encore, l’homosexualité et la campagne se retrouvent au centre du récit, tout comme la figure maternelle, qui hante l’œuvre de l’auteur, de manière explicite ou non.

Autre œuvre marquante pour la communauté GLBT, Le chemin des passes dangereuses voit le jour en 1997. Elle met en scène trois frères – l’ainé peu éduqué, le deuxième, que l’on retrouve à la veille de son mariage et le cadet, homme urbain homosexuel. Victimes d’un accident de voiture, ils se retrouvent perdus dans un no man’s land, obligés de se confronter les uns les autres et à revenir sur le jour terrible de la mort de leur père.

Tom à la ferme et l’homophobie

Michel Marc Bouchard a, au final, une vingtaine de pièces à son actif. La dernière en date, Tom à la ferme, a été présentée au Théâtre d’Aujourd’hui cet hiver. Tom, c’est ce jeune homme de 23 ans, un publicitaire qui se rend à la campagne pour assister aux funérailles de son amant. Il découvre alors le mensonge mis en place par le frère de la victime prêt à tout pour cacher à la mère l’homosexualité du défunt.

Avec ce dernier texte, Michel Marc Bouchard aborde l’homophobie de façon plus directe. Il veut aussi à dépeindre l’homosexualité sans chercher à la normaliser, à la confondre avec l’hétérosexualité.

Pour lui, il est important de s’accepter avec nos particularismes. « On existe, on est partie prenante de la société et je pense que nos différences sont des richesses. Comme gai c’est important de quitter la fonction et de s’interroger la façon qu’on a d’aimer, sans la pensée édulcorante qu’on est comme tout le monde. Il y a quelque chose de particulier, de singulier dans l’homosexualité, une dimension masculine ou féminine des choses que les hétérosexuels ne connaissent pas. », nous déclarait-il récemment au cours d’une entrevue.

Prochainement : Christine de Suède

La carrière de Michel Marc Bouchard a été, on s’en doute, ponctuée de nombreuses reconnaissances. Boursier du Conseil des Arts du Canada et de celui de l’Ontario, il a été trois fois finaliste au prix littéraire du gouverneur général du Canada et au gala des Masques dans la catégorie meilleur texte original. Il a été honoré du prix du CNA en 1992 et a été reçu officier de l’Ordre du Canada en 2005.

Aujourd’hui, l’auteur travaille à un scénario avec les studios du grand réalisateur suédois Ingmar Bergman. Sarah Polley tiendra le rôle de Chrisitne de Suède. Un personnage  forcément fascinant et très complexe pour Michel Marc Bouchard : reine à seulement 18 ans avant d’abdiquer dix ans plus tard, pour se convertir au catholicisme. Lesbienne, elle s’habillait en homme – on l’appelait même « madame le roi ».

Dans le futur, Michel Marc Bouchard va donc encore contribuer à la culture québécoise et à la cause homosexuelle ici et ailleurs. Son talent le place certainement à côté d’auteurs majeurs, chers à la communauté, comme Marie-Claire Blais et Michel Tremblay.

Crédits photo: Damian Siqueiros.