Steve Foster (CQGL): « On ne fera jamais confiance au gouvernement Harper »

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Steve Foster CQGL contre Stephen Harper

Être. Pourquoi avoir choisi de faire cette sortie le 31 mars dernier en appelant à voter contre Stephen Harper ?

Steve Foster. Jusqu’à présent, nous avions seulement déclaré qu’il fallait voter pour défendre les droits humains. Mais cette fois-ci, c’est différent. Déjà en 2006, Stephen Harper a essayé de s’en prendre au mariage gai. Cela montrait comment les conservateurs percevaient les GLBT. Puis il y a eu l’affaire de la mention des droits GLBT ôtée du document remis aux immigrés.

Ajoutons aussi la nomination de Gérard Latulippe, ouvertement contre les droits des gais et pour la peine de mort, à la tête de l’organisme Droits et démocratie qui fait la promotion des droits humains dans le monde. Enfin, dernièrement, il y a eu le vote des conservateurs contre le projet de loi C-389 pour rajouter la notion d’identité et expression sexuelle dans la Loi canadienne sur les droits de la personne. C’est pour l’ensemble de son œuvre que nous appelons à voter contre Stephen Harper.

Être. Est-ce que vous vous alarmez seulement pour les droits de la communauté GLBT ?

S.F. Non, il y a de manière générale une vraie détérioration de notre démocratie, de vraies dérives. La liberté de parole et l’accès à l’information sont attaqués. Tous les moyens sont bons pour faire taire les divergences – comme les arrestations lors du G20 de Toronto, en 2010. Cela concerne aussi les gais bien sûr, mais pas seulement. Stephen Harper est en train d’instaurer un système de classes avec les citoyens canadiens. Il y a les bons immigrés et les mauvais, les blancs et les gens de couleurs, les gais et les hétéros. Ce sont des notions très dangereuses.

Être. Les actions néfastes du gouvernement Harper ne datent pas d’hier. Pourquoi, par exemple, ne pas avoir fait le même geste lors des élections de 2008 ?

S.F. Les organismes de défense des droits n’ont pas tendance à se placer contre des partis politiques mais plutôt en faveur, justement, de ces droits. Tout dépend en fait des cultures organisationnelles. Le comité d’administration du CQGL rassemble plusieurs dizaines de membres, chacun avec sa propre sensibilité. Nous réfléchissons avant d’agir. Cette fois-ci, les ravages sont tels que nous avons changé par rapport à d’habitude. C’est moi qui ai amené cette proposition. Je n’ai eu aucune difficulté à convaincre les autres.

Être. Comment comptez-vous agir d’ici les élections du 2 mai ?

S.F. On se mobilise surtout autour de l’organisation Pas de démocratie sans voix. Au mois d’avril, nous avons manifesté devant les bureaux de la candidate conservatrice de Louis Saint-Laurent, Josée Verner. Le message principal de Pas de démocratie sans voix est de mobiliser les citoyens canadiens pour qu’ils votent. Mais chaque organisme qui en fait partie a le droit d’exprimer ses propres opinions, ses objectifs, notamment au moment des conférences de presse. C’est ce que nous faisons, en diffusant un message plus politisé.

Être. Ces élections étant fédérales, ne faudrait-il pas qu’il y ait une action conjointe des différentes organisations GLBT à travers le pays ?

S.F. C’est impossible, pour des raisons financières. Une manifestation tous ensemble, par exemple, impliquerait trop d’argent. Rien que pour Pas de démocratie sans voix, il a fallu que son pendant anglophone soit créé – Voices – pour que Vancouver ou Ottawa puisse être atteinte par ce type d’action. Pour nous, c’est d’autant plus difficile car tant que les conservateurs seront au pouvoir, nous ne voulons pas de subventions du Canada. Nous n’acceptons pas d’être dépendants d’eux.

Nous privilégions donc l’action sur internet et les réseaux sociaux. Nous espérons aussi avoir accès aux médias, ce qui est très difficile aujourd’hui. Les organisations GLBT ont peu de visibilité lors de ces élections.

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Être. Début avril, Stephen Harper a déclaré qu’il ne toucherait pas au mariage gai. Le croyez-vous?

S.F. (Il éclate de rire). Non. On ne fera jamais confiance à son gouvernement. S’il soutenait nos droits, il aurait voté en faveur du projet de loi C-389. Au lieu de cela, on a face à nous un parti et un Premier ministre qui rencontrent régulièrement des lobbystes évangélistes qui prônent le retour aux « valeurs traditionnelles » du Canada. Stephen Harper fait partie de cette frange fondamentaliste qui a pris de plus en plus de place après la fusion des partis de droite dans les années 90.

Pour lui, la droite économique a gagné (ce qui est vrai, je pense). Son défi, désormais, est de faire gagner la droite moraliste. Quand on voit que le dernier ministre des Sciences et de la technologie, Gary Goodyear, est un créationniste, on comprend le problème que pose Stephen Harper et les dangers que représente, pour les droits des gais entre autres, un possible gouvernement majoritaire.

Être. Est-ce que le Québec pourrait être, à court terme, être gagné par ce type d’idéologie ?

S.F. Non, d’après moi, on n’atteindra jamais cette situation ici. On y trouve bien sûr des gens qui ont des valeurs davantage conservatrices mais pas de type fondamentaliste. Ainsi, des députés conservateurs ont été élus, mais pas pour ces raisons. La population québécoise a appris à se respecter assez pour que tout le monde ait sa place.

Être. Pensez-vous que la communauté gaie soit concernée par les enjeux de cette élection ?

S.F. Les GLBT sont bien plus mobilisés qu’on ne le croit. Ils ne sont pas intéressés par ces politiciens qui leur disent n’importe quoi mais ils restent concernés par la chose politique. Il y a sans doute eu, par le passé, dans la communauté, des gens qui souhaitaient un gouvernement conservateur. Après ce qu’a fait Harper, pas sûr que ce soit encore le cas. De toute façon, personne, socialement, n’a intérêt à voter pour ce parti.

Pour autant, c’est vrai que certains gais et lesbiennes ne réalisent pas à quel point leurs droits sont fragiles. Il ne faut pas attendre de les perdre pour réagir. Si demain, on perdait le mariage, je ne suis pas sûr que tout le monde se mobiliserait et sortirait dans la rue pour protester. C’est pourtant la question de l’égalité des droits qui est en jeu. Voilà pourquoi il faut que tout le monde – et notamment les jeunes qui détiennent la clef de cette élection – aille voter le 2 mai.

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