Matthew Mitcham: un plongeur en or (olympique) à Montréal

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Matthew Mitcham Plongeur champion olympique

Malgré la force de caractère qu’il affiche en compétition et l’aplomb de son discours en entrevue, Matthew Mitcham est loin d’avoir été celui à qui tout réussit dans le sport : « J’étais le garçon avec le moins de coordination de toute mon école primaire, se rappelle-t-il. J’étais mauvais au soccer, au football, au cricket, au tennis, et lorsqu’on formait des équipes, j’étais toujours le dernier choisi. Heureusement que j’ai trouvé ma niche en trampoline lorsque j’avais neuf ans. » Deux ans après avoir trouvé un sport où il excelle, l’adolescent se qualifie pour les Championnats du monde juniors en 1999. Il remporte même la compétition en 2001.

Une gifle au visage du peuple chinois

Tout en continuant ses premières amours, Matthew débute la pratique sérieuse du plongeon en l’an 2000. « Chaque jour, j’allais plonger avant et après l’école, et je m’entraînais ensuite en trampoline pendant la soirée. Après environ deux ans, j’ai du faire un choix entre les deux. J’adorais le trampoline, mais une carrière en plongeon m’apparaissait plus prometteuse. »

La suite des événements donne raison au jeune sportif. Lorsqu’il met la main sur la médaille d’or olympique à la tour de 10 mètres en 2008, Matthew Mitcham réalise non seulement un exploit qu’aucun autre athlète ouvertement homosexuel n’a réussi avant lui, mais il devient également le seul plongeur à battre les Chinois sur leur propre terrain, eux qui ont gagné sept des huit épreuves olympiques dans la discipline à lors de l’événement.

Matthew Mitcham l’avoue d’ailleurs assez candidement : il n’avait pas prévu gagner l’or dans un pays où le plongeon est un des sports les plus populaires. « J’espérais plutôt vivre ma grande victoire aux Jeux de Londres en 2012. Ma préparation pour Pékin avait été tout sauf optimale, se souvient-t-il. J’avais pris ma retraite du plongeon en 2006 en étant convaincu de ne plus revenir, mais j’ai ensuite choisi de déménager à Sydney en 2007 pour retenter le coup avec mon entraîneur actuel, Chava Sobrino. Étant donné qu’il ne me restait pas plus de 15 mois de préparation avant les Jeux, jamais je n’ai pensé à la médaille d’or. »

Même en terminant deuxième lors des rondes préliminaires ainsi qu’en demi-finales aux Jeux olympiques, Matthew espérait tout au plus une médaille de bronze : « J’essayais de me concentrer sur la qualité des six plongeons de la finale, mais en même temps, je voulais me protéger de la déception. Peut-être que tout cela semble très pessimiste, mais j’avais surtout l’impression d’être réaliste. » Le 23 août 2008, la victoire magique se produit. Fier et ému, Matthew n’hésite pas à faire une accolade à son amoureux Lachlan devant les caméras du monde entier.

« Que des trucs agréables »

Après ce triomphe, invité depuis à la radio et à la télé dans les émissions de variétés, Matthew Mitcham fait également la couverture de magazines gais comme The Advocate ou DNA. Bref, tout va pour le mieux : « Je ne vis que des trucs agréables depuis ma victoire olympique. Les médias ont toujours été très positifs et respectueux avec moi, même avant les Jeux olympiques lorsque j’ai fait mon coming out dans un des plus grands journaux d’Australie, le Sydney Morning Herald. »

Pourquoi choisir d’annoncer à tout un pays certains détails de sa vie privée ? « C’était très clair dans ma tête : je voulais sortir du placard avant les Olympiques pour que les Australiens sachent exactement qui ils choisissaient de supporter. Ça devenait ainsi beaucoup plus facile d’être honnête avec moi-même. En bout de ligne, je n’ai reçu aucun commentaire désobligeant depuis que je suis connu. »

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L’Australie, « aussi tolérante que le Canada »

Bien que Matthew Mitcham ait lui aussi composé avec certains gestes homophobes lorsqu’il était adolescent, les expériences négatives du genre ont rapidement cessé. « Quand j’étais jeune, je ne me sentais pas bien dans ma peau et les insultes étaient au rendez-vous, raconte-t-il. Mais le jour où je me suis accepté en embrassant complètement qui j’étais, l’homophobie est sortie de ma vie. Je suis d’ailleurs convaincu que mon attitude contribue à la belle image qu’on projette de moi dans les médias. »

Célébré partout comme étant le premier médaillé olympique à assumer son homosexualité avant sa participation aux Jeux, le jeune Australien profite également de la très large visibilité offerte par sa victoire afin de confirmer l’ouverture d’esprit de ses compatriotes : « J’ai toujours cru que l’Australie était un pays aussi tolérant que le Canada, mais j’ai quand même été surpris de recevoir une aussi belle réaction des gens. Depuis mon retour de Pékin, 10.000 admirateurs se sont ajoutés sur ma page Facebook et je n’ai jamais lu une seule remarque homophobe sur mon babillard.  »

Commanditaires frileux ?

Tout n’est cependant pas rose. Pourrait-on imaginer que des personnalités olympiques aussi en vue que le nageur Michael Phelps, le plongeur Alexandre Despatie ou la patineuse artistique Joannie Rochette se retrouvent sans commanditaires après avoir obtenu autant de visibilité médiatique ? C’est pourtant ce qui s’est produit avec Matthew Mitcham à son retour de Pékin.

S’agit-il d’un comportement homophobe ? Matthew Mitcham semble l’envisager mais préfère nuancer son propos : « Je ne pouvais pas m’empêcher de croire que ma sortie du placard pouvait avoir un lien avec l’absence de commandites, mais je refusais d’être en colère à cause de ça. J’étais très conscient que la planète était en crise économique et qu’un grand nombre d’athlètes australiens, qui avaient gagné plusieurs médailles d’or, perdaient leurs commandites. » Très lucide, l’athlète sait également que le plongeon n’est pas le sport le plus médiatisé en Australie.

Quoi qu’il en soit, avec du temps et beaucoup de patience, Matthew Mitcham a finalement été impliqué dans plus d’une campagnes publicitaires et profite actuellement du support de cinq compagnies – Telstra, une compagnie de télécommunications australienne, Foxtel, une chaîne de télévision, l’Association des chiropraticiens de l’Australie, Funky Trunks, qui produit des maillots de bain, ainsi que Hot Thon, une compagnie de vêtements.

Porte-parole  de la communauté LGBT

Reconnu par une grande majorité d’homosexuels partout à travers le monde, Matthew Mitcham reçoit partout des encouragements. C’était le cas, dernièrement, de la communauté gaie indienne lors de son passage aux Jeux du Commonwealth à New Delhi en octobre dernier. Il est une véritable icône.

Le blondinet peut également compter sur une communauté gaie australienne particulièrement fervente de ses moindres apparitions : « La communauté homosexuelle en Australie m’a accueilli à bras ouverts. Les gens sont merveilleux et j’essaie de les remercier le plus souvent possible. » N’hésitant pas à devenir l’un des porte-paroles des derniers Gay Games à Cologne en Allemagne, ou à participer au Sydney Gay and Lesbian Mardi Gras en tant que chef de parade, Matthew Mitcham assume l’image de modèle qui le suit désormais : « Je crois qu’à la minute où quelqu’un te regarde, tu deviens un modèle. Sois tu l’acceptes et tu le fais bien, soit tu l’évites et tu provoques l’effet inverse. Personnellement, j’ai choisi d’accepter cette image et d’agir le mieux possible pour tous ceux qui s’inspirent de mes agissements. »

Prochain rendez-vous : Montréal

Faisant preuve d’un sens de la détermination sans limite, le médaillé d’or olympique est d’ailleurs loin d’en avoir fini avec les rêves grandiloquents : « Au cours des prochaines années, j’aimerais étudier les langues comme le français et l’espagnol à l’université. J’espère aussi gagner une autre médaille d’or olympique, tout juste avant de prendre ma retraite sportive et de régner sur la télévision australienne. Seulement de petits objectifs… ».

En attendant, à court terme, le prochain rendez-vous s’appelle Montréal où il participe depuis plusieurs années au Grand Prix Coupe Canada. Le plongeur australien a remporté l’année dernière une médaille d’or à la tour de 10 mètres. Ayant appris le français dans un programme d’immersion il y a sept ans (il parle d’ailleurs très bien la langue avec un joli accent australien), le plongeur affirme adorer la métropole québécoise : « Après cinq visites à Montréal, je n’ai pas vu assez de choses à mon goût. Je dois toujours me concentrer sur la compétition, mais j’ai déjà visité le centre d’entraînement du Cirque du Soleil et je me suis promené sur la rue pendant le Festival Juste Pour Rire. »

Si vous avez envie de voir Matthew Mitcham en personne, présentez-vous donc à la piscine olympique du 28 avril au 1er mai et visitez le www.diving.ca afin d’obtenir l’horaire des épreuves auxquelles il participe (10 mètres, 10 m synchro, au 3 m et au 3 m synchro).

Ci-dessous le vidéo de Matthew Mitcham remportant la médaille d’or olympique en 2008 à Pékin:

Crédits photo: Philip Myers.

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