Les 40 ans d’À toi, pour toujours, ta Marie-Lou au TNM

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À toi pour toujours ta Marie-Lou TNM

Montréal dans les années 60 et 70. D’un côté, Marie-Lou et Léopold, couple de prolétaires dans la quarantaine qui, en ce samedi de 1961, se déchire, comme souvent depuis qu’ils sont mariés, mais cette fois au point d’en commettre l’irréversible. De l’autre côté, leurs deux filles, Carmen et Manon, jeunes femmes diamétralement opposées. Dix ans plus tard, elles se souviennent douloureusement de ce jour où leurs parents ont fait basculer leur vie.

Haine familiale, incompréhensions définitives et fin vertigineuse : À toi, pour toujours, ta Marie-Lou est une pièce sombre, cruelle et cynique. Une œuvre surtout superbement écrite. Autant de raisons qui ont valu, il y a 40 ans, à Michel Tremblay « sans doute [s]es meilleures critiques », pour reprendre les mots de l’auteur qui a répondu à Être depuis sa résidence de Key West.

Errements dans un purgatoire

Pour fêter dignement l’anniversaire de cette œuvre magistrale, le TNM a fait appel à Gill Champagne. Pour le metteur en scène, cette pièce est tout sauf une découverte. «C’est la première qu’on m’a obligé à lire au cégep. J’ai été happé par cette histoire si difficile à mémoriser pour les acteurs puisque les dialogues des parents se mêlent à ceux des enfants. On a parfois l’impression qu’ils se répondent», explique-t-il.

Gill Champagne avait déjà mis en scène « Marie-Lou » pour les… 30 ans de la pièce, au théâtre Denise-Pelletier à Québec ! Dans la version présentée au TNM en mai, l’artiste a « gardé l’élément de l’eau utilisé dix ans plus tôt. Les personnages errent dans une sorte de purgatoire où flottent des lampions et des bouteilles de bière. On a l’impression que l’appartement est en train d’être englouti ou… de resurgir, selon les interprétations ».

Carmen et Manon sont plus vieilles par rapport à ce qu’avait imaginé Michel Tremblay. « Elles sont même plus âgées que leurs parents », souligne Gill Champagne. Ce dernier veut notamment montrer que les deux jeunes femmes ne peuvent plus changer. Leur choix est fait, pour toujours.

Carmen a ainsi décidé de dépasser le deuil et de prendre en main sa vie en interprétant des chansons de cowboy dans un établissement de la rue Saint-Laurent. Manon ne vit elle que dans le souvenir, menant une « existence de sainte, totalement asexuée. C’est finalement elle la plus forte des quatre. Elle ne souffre pas, elle s’est enfermée dans son monde », explique encore le metteur en scène.

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Quel message politique ?

Le « Marie-Lou » de Gill Champagne ne contient pas de message politique, contrairement à la version de 1971. Pour Michel Tremblay en effet, « l’une des jeunes filles [Manon] veut continuer à vivre comme au temps de ses parents. L’autre [Carmen] a ouvert la porte, de manière particulière certes en devenant chanteuse, mais elle s’est tournée vers l’avenir », vers ce changement rendu possible au lendemain des événement d’octobre 1970. À entendre l’auteur, ce message a toujours du sens en 2011. Cependant, « les nouvelles générations veulent des changements de manière plus individualiste. Pour nous, il s’agissait des aspirations de tout un collectif ».

L’aspect social reste lui ô combien d’actualité et très présent dans l’adaptation du TNM.  « Les sociétés changent, mais les humains pas tellement. Ils restent des êtres humains. C’est pour cela qu’Antigone de Sophocle reste la pièce la plus importante sur le pouvoir. L’auteur visait à l’époque des personnes en particulier. Mais, 2.500 ans après, son message est toujours aussi fort pour nos sociétés », détaille Michel Tremblay.

Gill Champagne ne dit pas autre chose lorsqu’il décrit cette pièce, 40 ans après sa création, comme demeurant celle « d’un jeune auteur en 2011. La douleur et le cri qui y sont présents restent très actuels. Mon beau-frère travaille dans une usine depuis 25 ans. Tout comme Léopold en 1961, il connaît le mal que provoque ce genre de travail « steadé ». Les problèmes sexuels du couple évoqués dans la pièce sont également tout aussi contemporains».

« Il n’y a pas de vérité »

Par sa férocité sociale et son pessimisme rendu supportable par le comique cynique des personnages, À toi, pour toujours, ta Marie-Lou occupe une place toute particulière dans l’œuvre de l’auteur québécois. La pièce entre de plus en contradiction avec l’image du « Michel Tremblay défenseur des femmes ». Ainsi, passé les premiers instant où Léopold prend les allures du tortionnaire alcoolique et Marie-Lou celles de la victime expiatoire, la situation évolue et les rôles parfois s’inversent.

La poésie du mari lorsqu’il évoque sa situation professionnelle et ses problèmes psychologique, la violence et la hargne de son épouse qui se refuse toujours à son mari et joue à la sainte, achèvent en effet de rendre le tout bien plus compliqué que ce qu’on pouvait imaginer au départ. « Il n’y a pas ici de vérité. D’ailleurs, il n’y en a jamais », conclut Michel Tremblay.

À toi, pour toujours, ta Marie-Lou, de Michel Tremblay
Du 3 au 28 mai
Au Théâtre du Nouveau Monde
Mise en scène de Gill Champagne
Avec Denis Bernard, Kathleen Fortin, Marie Michaud et Dominique Quesnel.
Plus d’informations : tnm.qc.ca

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