Les Belles-Sœurs au Monument national. Marie-Thérèse Fortin : «On a réussi»

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Entrevue Belles Soeurs Fortin

Être. Marie-Thérèse Fortin, pouvez-vous nous raconter comment l’aventure de la comédie musicale des Belles-Sœurs a commencé pour vous?

Marie-Thérèse Fortin. René Richard Cyr et moi travaillions alors sur Elizabeth, roi d’Angleterre. En coulisse, on discutait d’un spectacle inspiré des Belles-Sœurs qui célébrerait la première lecture, 40 ans plus tôt, au Théâtre d’Aujourd’hui. On cherchait une forme particulière, on se disait qu’on pourrait faire un happening avec des actrices, quelque chose de fou.

René Richard m’a alors dit: «…bien moi, les Belles-Sœurs, je le verrais comme un music-hall». J’ai trouvé l’idée formidable, mais encore fallait-il que le résultat soit probant. Je lui ai demandé qui il envisagerait pour la musique. Le nom de Daniel Bélanger est sorti. J’étais emballée. Il est donc parti de son côté, pour revenir avec quelques chansons, juste pour voir. Pour ma part, je commençais déjà à chercher des sous pour le spectacle. Avec autant d’acteurs, c’était tout un casse-tête. On a aussi commencé à chercher nos actrices, évidemment.

Être. À quel moment avez-vous constaté que vous teniez non seulement un bon mais un grand spectacle?

M-T.F. René Richard est parti de son côté puis il est revenu très rapidement avec la pièce largement raccourcie. J’étais ébahie par la qualité des chansons. Quand on a fait une première lecture avec chansons, histoire de présenter toute la musique à l’équipe, la réaction a été formidable. Tout le monde était super enthousiaste. Les actrices étaient très excitées. C’était tout un pari à gagner, on nous attendait avec une brique pis un fanal. Mais au bout du compte je crois qu’on a réussi. Parce qu’en fait on ne faisait pas que reprendre Les Belles-Sœurs, c’était carrément une re-création!

Être. N’avez-vous pas eu envie de programmer à nouveau Les Belles-Sœurs lors de la prochaine saison?

M-T.F. C’était impossible. Le spectacle en lui-même a fait perdre des sous au théâtre. Rien que pour les actrices, on dépassait le budget de cachets pour une saison entière. Par contre, on a eu la chance d’avoir un partenariat avec le Centre culturel de Joliette et en plus Lotto Québec qui célébrait ses 40 ans, a alors décidé de les fêter avec Les Belles-Sœurs. Disons que ça nous a permis de souffler un peu. Parce qu’en réalité nous voulions que le spectacle reste accessible financièrement. Il parle de la classe ouvrière du Plateau Mont-Royal. Nous voulions donc que même cette classe sociale y ait accès.
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Être. Vous partez bientôt en tournée. On sait combien il peut être difficile d’accorder l’horaire de tant de gens. Est-ce que la distribution va en être affectée?

M-T.F. Non, la distribution restera intacte. On a prévu le nécessaire pour s’assurer que tout le monde soit disponible. On a aussi engagé deux doublures. Elles se partagent les différents rôles au cas où une des filles serait indisponible. Ça sera une belle tournée, on va passer par toutes les grandes scènes du Québec.

Être. Il y a dans l’air des rumeurs d’adaptation anglophone de l’œuvre pour lui permettre de tourner à l’extérieur du Québec. Pouvez-vous nous en dire plus?

M-T.F. René Richard a effectivement fait traduire la pièce par Linda Gaborieau. Il est ensuite allé à Toronto faire une lecture avec des actrices anglophones. La réception du spectacle a été très favorable, mais nous n’avons aucune confirmation pour le moment.

Être. Pourquoi, 50 ans plus tard, Les Belles-Sœurs reste-t-elle une œuvre qui nous interpelle encore? Est-ce de la nostalgie? Parce ce que le portrait dépeint un contexte très propre aux années 60…

M-T.F. Il y a quelque chose dans Les Belles-Sœurs qui vient toucher une corde sensible des Québécois. Étonnement, ce n’est pas seulement les personnes les plus âgées qui sont bouleversées. Parce qu’il faut le dire: la situation a bien changé depuis cette époque. Le matriarcat, les familles nombreuses, on ne voit plus ça aujourd’hui. Il n’en reste pas moins que ce sont aussi nos origines. On n’a pas à remonter très longtemps la ligne du temps pour retrouver cette vie-là. Et puis il y a aussi des thèmes très actuels. La poursuite du bonheur matériel par exemple. On a simplement changé les timbres-primes en loterie.

Être. Comme actrice, rêviez-vous d’interpréter le rôle de Germaine Lauzon? Est-ce un personnage que toute actrice d’expérience rêve d’incarner?

M-T.F. Sincèrement, je ne pense pas trop à ça. Je n’ai pas trop de «rêve d’actrice». J’ai plutôt tendance à essayer de rendre chacun de mes rôles le plus marquant possible, peu importe le rôle.

Pour en revenir aux Belles-Sœurs et à Germaine Lauzon, disons que je n’avais pas encore joué au Théâtre d’Aujourd’hui depuis que j’en avais pris la direction artistique, en 2005. Je savais que je ferais partie de la distribution. Il était également certain pour nous que Guylaine Tremblay serait Rose et que Maude Guérin serait Pierrette. Quand on leur a offert le rôle, elles ont été vraiment enthousiasmées par le projet. Le fait que je tienne le rôle de Germaine Lauzon est en fin de compte venu naturellement.

Être. Avant Les Belles-Sœurs, vous avez tourné avec un spectacle où vous chantiez Barbara. Ce n’était donc pas votre première expérience de chanteuse. Quelle place prend le chant dans votre vie, dans votre carrière?

M-T.F. C’est amusant parce que ce spectacle de Barbara, je l’ai fait pendant 20 ans. J’ai commencé ainsi parce que, comme actrice, en début de carrière, le travail était plus rare. De plus, j’étais fortement habitée par l’œuvre de Barbara. J’ai trouvé des collaborateurs qui voulaient se lancer avec moi dans l’aventure.

Par la suite, après la direction artistique du Trident à Québec, j’ai eu envie de faire un plus petit spectacle, de revenir à la base. J’ai décidé de reprendre l’aventure Barbara et d’autres amis ont voulu m’aider à le tourner un peu partout. C’était formidable, le spectacle avait grandi, évolué avec moi. Mais la chanson, contrairement à mon métier d’actrice, n’est pas quelque chose d’instinctif. Ça me demande beaucoup de travail. Je suis une interprète qui chante et non une chanteuse.

Être. Pour terminer, parlons de la saison actuelle au Théâtre d’Aujourd’hui. Elle est particulièrement stimulante…

M-T.F. Effectivement, Tom à la ferme qui vient de se terminer, aura été complet du début à la fin. Le public peut maintenant assister à Toxique de Greg MacArthur. C’est un spectacle exceptionnel et Guy Nadon y est incroyable. Il y a aussi la création de Wajdi Mouawad, en collaboration avec le Trident, qu’on attend avec impatience. Malgré les rénovations qui nous ont obligés à rester fermés tout l’automne, nous sommes très fiers de notre saison.
Les Belles-Soeurs
Du 17 au 26 mars
Au Monument national
1182, boulevard Saint-Laurent
Montréal
belles-soeurs.ca

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