Chronique Diversité – Un secret pour l’amour à distance?

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Amour à distance

Randy et Louis, tous deux originaires de Saguenay, ont fait connaissance en 2000 via le canal GayBleuet du logiciel de chat MIRC. C’est après trois mois de «conversations amicales, mais sans plus» que les deux garçons ont fini par se rencontrer.
À l’époque, Louis sortait d’une relation qui avait mal tourné. Il terminait son baccalauréat et avait ensuite prévu s’évader vers Montréal pour ses études supérieures. Amorcer une relation ne faisait alors pas du tout partie de ses projets, «surtout pas avec un adolescent de 16 ans alors que j’en avais 21», admet-il.

D’étrangers à fiancés

D’abord sans intentions amoureuses, ils ont vite senti que le courant passait. Tout a commencé par un… slow sur Total Eclipse of The Heart de Bonnie Tyler. «C’est ça le secret de notre couple, une toune quétaine. [Rires] Ce que je veux dire c’est qu’on ne se prenait pas au sérieux, on s’amusait ensemble, c’est tout», confie Louis, lançant un regard complice à Randy.
Quelques mois se sont écoulés après leur rencontre et le départ de Louis, résolu à poursuivre ses projets, devenait imminent. Comme ils ne formaient un couple que depuis peu de temps, les deux garçons avaient déjà décidé que le fait d’emménager ensemble serait prématuré à ce stade de leur relation. La distance était donc inévitable.
À ce moment-là, «on s’est sérieusement demandé si on pouvait passer à travers une épreuve comme celle-là. On a fini par se dire que si jamais on cassait, c’est qu’on n’était tout simplement pas faits pour être ensemble», se remémore Randy.
Devant l’incertitude, ils ont donc tenté le tout pour le tout en choisissant d’officialiser leur engagement. «Ça faisait huit mois qu’on était ensemble et j’ai demandé Randy en fiançailles. C’était quand même quelque chose d’aller au Faubourg Sagamie [un petit centre commercial de Saguenay] et de magasiner deux bagues de gars pareilles», plaisante Louis.

Passion et frustration

Après les fiançailles, la dure réalité rattrape le couple qui entame deux années d’instabilité dues à la distance. «On tentait de se voir toutes les deux semaines, mais ça n’était pas toujours possible, il a alors fallu apprendre à se parler», explique Randy. « On s’appelait tous les jours vers 22 ou 23 heures. Parfois, je quittais des soirées avec des amis pour appeler Louis et ensuite je revenais. C’était un moment privilégié qu’on ne se donnait pas le droit de négliger», précise-t-il, ajoutant néanmoins qu’il était souvent délicat de justifier cette situation auprès de ses proches.
Malgré cette assiduité, le couple avoue d’emblée qu’il était parfois ardu de taire la jalousie et d’arriver à se faire confiance. Louis révèle entre autres que la peur de l’infidélité est un sentiment sournois lorsque l’autre ne peut tout simplement pas être là pour se faire réconfortant. «Je pourrais faire ce que je veux et il ne le saurait jamais donc il pourrait faire ce qu’il veut et je ne le saurais jamais non plus, c’est ce qui me passait par la tête parfois», explique-t-il, même si la tentation n’a finalement pas eu raison de leur relation.
Ainsi, après une première année passée entre Montréal et Saguenay, il devenait de plus en plus pénible pour le couple de composer avec la distance. «J’étais en colère contre la situation. Je me demandais si j’avais vraiment besoin de me faire vivre ça», confie Louis, visiblement bouleversé, ajoutant que toutes les retrouvailles entraînaient systématiquement un départ à tous les coups déchirant.
Pour accepter de vivre une telle violence émotive causée par d’inévitables séparations, le couple n’avait d’autre choix que de questionner constamment la force des sentiments qui l’unissaient. Face à l’éloignement, «il fallait se choisir à chaque fois et heureusement, c’est ce qu’on a fait», conclut Randy, laissant entendre que les moments passés ensemble étaient eux aussi très intenses.

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La cohabitation, une difficile adaptation

Après deux ans de distance, Randy a rejoint Louis à Montréal et ils ont finalement emménagé ensemble. Croyant que tout serait plus facile grâce à la cohabitation, ils se sont toutefois aperçus qu’une épreuve de plus les attendait. «Il y avait tout un quotidien auquel on n’était pas habitués. C’était comme si ça n’était plus spécial d’être ensemble. On ne pouvait plus vivre seulement dans l’extraordinaire de la rencontre», explique Randy, précisant que la communication qu’ils avaient appris à établir au cours des deux ans d’éloignement a littéralement sauvé leur relation.
Le couple est donc passé par une nouvelle période de difficile remise en question, Randy réfléchissant carrément au fait de déménager avec un colocataire. Après tous ces efforts pour se retrouver, une séparation n’était sûrement pas la seule solution envisageable. Pourtant, quelque chose clochait, sans que les deux comprennent exactement de quoi il s’agissait.
«Je croyais qu’il n’était tout simplement pas bien avec moi alors qu’aujourd’hui, avec le recul, je sais que ce qu’il tentait de me dire, c’est qu’il avait besoin de se former un réseau social à l’extérieur de moi», résume Louis en ajoutant qu’à l’époque, Randy en était à sa première colocation, ce qui ne facilitait pas les choses.
La situation s’est finalement améliorée, Randy s’adaptant à Montréal en se créant un nouveau cercle grâce à des collègues de l’université. La pression sur le couple s’est alors dissipée et, peu à peu, les deux hommes ont réussi à composer avec leur relation au quotidien.

Investissement, honnêteté, communication et confiance

Lorsqu’ils regardent aujourd’hui en arrière, les deux garçons peuvent affirmer que la distance a joué un rôle clef au sein de leur couple. «C’était bien placé dans notre relation, ça m’a permis de profiter de la vie d’un gars de 17 ou 18 ans. Malgré les difficultés, on a su bien l’utiliser», constate Randy dont la vie était alors consacrée à la danse.
«De mon côté, ça m’a permis d’investir la vie d’étudiant au cycle supérieur et de m’habituer à Montréal», ajoute Louis, en précisant que cette expérience leur a appris l’importance cruciale de l’honnêteté et de la communication, leçon qui leur sert encore aujourd’hui, après avoir passé presque sept ans ensemble.
Quant au secret de l’amour à distance, ça ne semble pas très occulte pour les deux amoureux. En fait, la formule est même simple selon Louis et Randy : engagement, investissement, honnêteté, communication et confiance. Il faut toutefois savoir l’appliquer… Mais le parfait bonheur que file visiblement le couple porte à croire que rien n’est impossible.
Crédits photo: Lorenia.

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