Retour parmi les hommes: deuil et années folles

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Philippe Besson

C’est un livre parfait pour le voyageur. Le genre de roman que l’on dévore de la première à la dernière page en quelques heures dans un train ou un avion.
Mais Retour parmi les hommes reste surtout un livre SUR le voyage. En l’occurrence celui de Vincent, jeune homme sortant de l’adolescence qui ne parvient pas à faire le deuil se son amant, un soldat tué au cours de la Première Guerre mondiale. L’histoire d’amour entre les deux personnages avaient été au cœur de En l’absence des hommes, le premier roman de Philippe Besson, sorti en 2001.

Une fuite illusoire

Pourquoi cette suite? «Les lecteurs me demandaient souvent des nouvelles de Vincent. J’ai fini par me poser la question à mon tour. Au début, j’ai écrit sans avoir en tête d’en faire un nouveau livre. C’est ensuite devenu une évidence», confie l’auteur à Être.
De la Turquie à l’Italie, en passant par la Grèce, l’Afrique et finalement les États-Unis, c’est une fuite qui s’opère sous nos yeux. Une fuite qui veut «mettre à distance les drames. Mais c’est parfaitement illusoire. On ne laisse pas le malheur dans une consigne à la gare».
La réalité (la mère de Vincent) le ramènera en France. Une France dont Philippe Besson dresse un portrait assez cruel, surtout en comparaison de sa description des États-Unis, lui qui aime «la vie lente et désinvolte de Los Angeles [où il a écrit ce roman] ou la grande effervescence de New York».
Quand on interroge l’auteur sur la situation actuelle de son pays, la critique est acerbe : «La France est en retard sur pas mal de choses. Il y a encore beaucoup de révolutions à faire alors que, pourtant, on fait la leçon au reste du monde. Sur le plan des mœurs, on n’a pas évolué. On sera peut-être le dernier pays à légaliser le mariage gai. Ça devient risible», s’emporte Philippe Besson.

«La vie finit mal»

La France qu’il montre dans la deuxième partie de son roman ressemble toutefois à un beau tourbillon, celui du milieu artistique parisien des années 20. Le personnage principal tombe amoureux du jeune Raymond Radiguet, protégé de Jean Cocteau, célèbre à 18 ans pour son roman Le Diable au corps, avant de mourir deux ans plus tard, plongeant la capitale dans la détresse.
Vincent avait déjà croisé la route de Marcel Proust dans En l’absence des hommes. Pourquoi cette envie de faire côtoyer à son personnage principal ces personnages historiques quand le sujet ne s’y prêtait pas réellement ? «Ce sont des gens dont la vie a été incroyable, ils me motivent, répond l’écrivain. Puis, j’adore les mélanges fiction/réel. On se perd, on ne sait plus où sont le vrai et le faux. En fait, je me fous de la vérité. C’est la vraisemblance qui m’intéresse».
Ici, rien ne semblera improbable. Sauf la fin et le message qu’elle engendre (un nouveau décès pour faire le deuil d’un autre) pourront peut-être surprendre. Comme d’habitude, la conclusion n’est pas heureuse chez Philippe Besson. «Ça ne peut pas être autrement. Un livre qui finit bien, c’est de l’ordre des contes de fées. La vie finit mal. C’est une vérité élémentaire», affirme-t-il. Un constat qui malgré tout n’entache en rien le plaisir de lire ce Retour parmi les hommes.
Retour parmi les hommes
Philipppe Besson
Éditions Julliard
213 pages
27,95$