Plongée dans les archives de RG: le Sida et les gais, une histoire (hélas) sans fin

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C’est d’abord avec les mots de «cancer gai» que RG évoque indirectement, en septembre 1982, ce qui sera plus tard l’épidémie du VIH/Sida. Dans son quatrième numéro, le magazine rappelle en effet que «depuis quelques mois les journaux font état des maladies que l’on associe aux gais».
Parmi celles-ci, le sarcome de Kaposi. Une augmentation des cas est alors constatée aux États-Unis. On découvrira ensuite que cette maladie s’est multipliée à cause de l’apparition de l’épidémie.

Attitude d’abord défensive

Les initiales «S.I.D.A» font leur première apparition dans le numéro 10 de RG. Dans son éditorial, Alain Bouchard y dénonce «un gadget miracle qui […] discréditera les gains politiques et sociaux que nous avons pu accomplir».
De fait, la première attitude de RG concernant le VIH/Sida est défensive. Devant les relents homophobes qui accompagnent les débuts «médiatiques» du virus et alors que l’épidémie n’en est qu’à son commencement, RG tente de protéger les gais, alors que peu d’informations fiables sont disponibles sur la réalité du VIH/Sida.
En septembre 1983, on parle même de «victoire contre le S.I.D.A». En juin 84, l’apparition d’un vaccin est imaginée d’ici deux ans. La plupart des nouvelles traitant du virus concerne alors majoritairement les États-Unis et non le Québec.

Défendre les malades

Néanmoins peu à peu, le SIDA prend place de manière permanente dans les colonnes du magazine. Lorsque les connaissances s’affirment tandiss que le drame vécu dans la communauté GLBT prend toute son ampleur (en décembre 1991, on rappelle que la moitié des personnes atteintes du Sida au Québec sont décédés), RG se lève pour défendre notamment les malades victimes de discrimination.
Dans son numéro de juillet 1988, notre magazine consacre tout un dossier sur les droits des séropositifs, reproduisant un document de la commission des droits de la personne du Québec. Des points essentiels y sont alors rappelés. Le fait que la commission soit obligée de rappeler que «les virus ne font pas de discrimination, ils s’attaquent à tout être humain, quelle que soit son origine ethnique ou nationale, son orientation sexuelle, etc.» montre à quel point la lutte contre la discrimination doit être menée avec acharnement.

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Un nouveau mot dans les années 90 : trithérapies

RG n’oublie pas non plus de pointer du doigt l’action des gouvernements québécois. Dans le numéro de décembre 1991, Alain Bouchard s’en prend «aux timides efforts du gouvernement pour contrer les MTS depuis 1987», ajoutant qu’«on a laissé pourrir le problème du sida pendant une décennie» sur le plan national, alors que les premières campagnes de prévention voient (enfin) le jour.
Dans les années 90, RG, comme tout gai du Québec et d’ailleurs dans le monde, scrute avec la plus grande attention les avancées de la recherche. Le journaliste spécialiste de cette question s’appelle Gérard Pollender. Un journaliste donc les articles ne plaisent pas à tout le monde. Le docteur Réjean Thomas n’hésite pas, en mars 90, à prendre la plume pour dénoncer les articles de Gérard Pollender, notamment «ses opinions peu élogieuses de la communauté médicale qui s’occupe des personnes atteintes du sida».
L’apparition des trithérapies en 1996 change quelque peu la donne, apportant un vrai vent d’optimisme. «Les résultats sont surprenants. Baisse de 30% du taux de mortalité depuis 15 mois, retour au travail pour certains et charge virale normale chez d’autres», explique RG en mai 1998.

Les mêmes questions reviennent

Plonger dans nos archives concernant le VIH/Sida, c’est voir enfin et même surtout combien la plupart des enjeux n’ont hélas pas changé en quelque 30 ans. Un exemple, outre la discrimination et la recherche : alors que le cas du barebacker présumé Steve Biron frappe la communauté gaie québécoise, la question de la criminalisation de la transmission du VIH/Sida se pose dès septembre 1997 avec le cas de Pierre X.
Premier homme au Canada à avoir porté plainte contre son compagnon qui lui avait caché sa maladie et avec qui il avait eu des rapports non protégés, il voit le procès annulé quelques mois après sa démarche. Mais la Direction des Victimes d’Actes Criminels du Québec lui donne raison en reconnaissant les victimes et en accordant la «possibilité de porter des accusations criminelles qui pourraient se terminer par l’emprisonnement» ou par des amendes.
Ces dernières années, RG a surtout pu constater les problèmes de mobilisation que rencontre une cause qui, pourtant, demeure un problème majeur de la communauté GLBT. Autre inquiétude : les messages de prévention ne passent plus au sein de la nouvelle génération ou chez celle qui a été frappée de plein fouet par l’épidémie. Robert Rousseau, président de Rézo, rappelait, en décembre 2010, l’urgence de trouver des nouvelles méthodes pour (re)capter l’attention des gais.
Crédits photo: caribb

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