VIH/Sida et vieillissement: quel avenir pour les survivants du VIH ?

Par  |  Aucun commentaire

Sida et Troisième Âge

Léopold David, bénévole à la Maison Plein Cœur, vit avec le VIH/Sida depuis maintenant 20 ans. Il en est à sa 14ème année de trithérapie. Il a donc «testé» les premières versions du traitement, soit les plus nocives pour le corps. À 62 ans, il souffre d’arthrose, d’arthrite sévère généralisée, d’ostéoporose et de sérieux problèmes cardiaques.
Ce quotidien, rythmé par la prise de 23 médicaments différents, Léopold David le qualifie volontiers de difficile. «Je suis fatigué de combattre la maladie. Je commence à avoir hâte que ça se termine. Il y a beaucoup de petits plaisirs, mais les souffrances sont tellement grandes». Ses activités sociales étant restreintes par la routine très stricte qu’imposent les traitements. Léopold David avoue que la solitude n’est jamais très loin. «S’il n’y avait pas mon implication à la Maison Plein Cœur, je serais plutôt isolé», explique-t-il.

Sérophobie au sein de la population médicale

En 1990, alors qu’il apprenait qu’il était séropositif, il découvrait aussi sa piètre condition cardiaque héritée du côté de son père. Enchaînant alors plusieurs infarctus et crises d’angine en l’espace de quelques mois, Léopold David s’est présenté à six reprises aux urgences de l’Institut de cardiologie de Montréal.
À chaque fois, les médecins de garde tentaient d’ajuster sa médication. Sans plus. «Un jour, une jeune infirmière d’à peine 20 ans est entrée dans ma chambre. Elle m’a dit qu’elle avait appris comment traiter des patients séropositifs dans ses cours, mais que plusieurs autres avaient carrément peur de moi»… Suite à cette mise en garde, Léopold David a décidé de se rendre à l’Hôtel-Dieu où les médecins se sont étonnés de la négligence de leurs collègues de l’Institut. Son état de santé nécessitait beaucoup plus que de simples ajustements de médication.
Vingt ans plus tard, les mentalités et la formation du personnel médical ont bien sûr évolué. Pierre Côté, médecin omnipraticien à la Clinique médicale Quartier Latin et à l’Hôpital Saint-Luc, confirme toutefois que la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH/Sida dans le milieu de la santé existe toujours. «La population médicale n’est pas différente de la population en général, les mêmes préjugés sont présents», affirme-t-il.
Selon sa propre expérience, une telle attitude à l’égard des patients séropositifs est le résultat de la peur engendrée par l’ignorance. Médecin depuis 1988, il précise toutefois qu’aujourd’hui de telles situations ne sont heureusement pas courantes. «Depuis toutes ces années, il y a eu une grosse amélioration. Maintenant, les médecins en formation que je rencontre sont ouverts à apprendre sur le VIH».

[DDET Lire la suite…]

Les CHSLD, un environnement inadapté

Selon le docteur Côté, des établissements comme les Centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) peuvent offrir une qualité de soins adéquate à un patient infecté par le VIH/Sida. Selon lui, un certain problème existe cependant au niveau du milieu social qu’offrent ces CHSLD. «Un patient séropositifs d’environ 40 ans qui se retrouve dans un centre pour personnes âgées parce qu’il présente des troubles de mémoire à court terme… C’est sûr qu’il se sent comme un martien», indique Pierre Côté.
Ce ne sont donc pas les soins de santé offerts qui sont problématiques, mais bien l’inadéquation entre les patients atteints du VIH/Sida qui vieillissent prématurément et les résidents séronégatifs qui se retrouvent en CHSLD à un âge beaucoup plus avancé. C’est cette discordance, combinée avec une sérophobie parfois latente, qui peut entraîner la stigmatisation ou l’isolement des patients infectés par le VIH se retrouvant dans ces centres.
«Aux yeux de la population, le VIH n’est pas une maladie aussi noble que le cancer ou le diabète, par exemple. Dans notre société, influencée par les valeurs de la religion catholique, le VIH est associé au plaisir, qui est à son tour associé au péché », renchérit Pierre Côté.

Des mesures publiques critiquées

L’octroi d’une aide à la recherche de 200.000 $ à la Fondation l’Actuel afin de documenter la réalité des personnes de 50 ans et plus vivant avec le VIH ne semble pas faire l’unanimité au sein du milieu communautaire concerné. Plusieurs, tel le docteur Pierre Côté, s’interrogent sur la nécessité du projet. «Cette recherche ne sera certainement pas inutile, du moins grâce à la publicité qu’elle engendre autour de la problématique, mais les conclusions me semblent tout de même prévisibles», résume-t-il.
Certains, sous couvert d’anonymat, critiquent même le choix de la Fondation l’Actuel dont les problèmes liés au VIH et au vieillissement ne sont pas la spécialité. Pour Pierre Côté, il est en tout cas manifeste que des centres destinés spécifiquement à l’accueil des personnes vivant avec le VIH, comme la Maison du Parc ou la Maison d’Hérelle, pourraient répondre adéquatement aux besoins des personnes séropositives en voie de perdre leur autonomie.
De son côté, Léopold David admet littéralement avoir peur de se retrouver un jour en CHSLD. «Savoir que j’ai une place à la Maison du Parc, c’est ma seule paix, confie-t-il. Il nous faut plus de Maisons comme celle-là. Pour les premiers d’entre nous ce sera dur de créer ces centres, mais ensuite on sera bien».
Pourtant, d’ici 2013-2014, la Maison d’Hérelle perdra un précieux financement annuel de l’ordre de 162.000 $ octroyé par Centraide. Des centres d’accueil comme celui-ci sont peu nombreux. Pour que de tels projets fassent boule de neige, un soutient public accru serait de toute évidence nécessaire. Mais le financement gouvernemental semble lui s’engager sur l’avenue de la recherche avec la Fondation l’Actuel, malgré les divisions du milieu communautaire sur la question.
Crédits photo: I love Paintings.

[/DDET]