Chronique Diversité: un couple intergénérationnel

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C’est une histoire particulière. Une histoire qu’on imagine forcément unique d’abord compte tenu de leur différence d’âge. Mais c’est surtout une histoire émouvante car les difficultés n’ont pas été absentes dans le parcours des deux hommes.
Didier et Sébastien n’imaginaient sans doute pas eux-mêmes que tout cela pourrait aboutir à un mariage et à une vie de couple heureuse. Sébastien le dit d’ailleurs sans aucune difficulté : «Il y a quelques années, je ne me serais certainement pas vu finir ma vie avec quelqu’un qui a le double de mon âge. J’avais pas mal de préjugés sur la question. Il a fallu que ma vie soit bouleversée pour que je voie les choses d’une autre manière».

Seul et au fond du trou

Leur histoire commence de manière banale, en 2003 : une boîte de nuit, un soir et quelques heures passées ensemble, le temps de s’amuser un peu. «Je ne voulais rien de sérieux. Bonjour, bonsoir, ça m’allait très bien», explique Didier. Les deux hommes néanmoins deviennent amis. À l’époque, Sébastien a un chum. Les choses continuent ainsi plusieurs années. Didier et Sébastien deviennent même colocataires. Mais toujours rien d’autre que de l’amitié.
Un drame vient tout bouleverser: «Le jour de son anniversaire, mon chum de l’époque a voulu faire l’amour sans préservatif. Il était séropositif. Je ne le savais pas. Il m’a contaminé», raconte Sébastien. Sa belle gueule avait attiré autour de lui pas mal de gens. Du jour au lendemain il n’y avait plus plus rien : «S’il a explosé, ce n’est pas parce qu’il était séropositif. C’est parce que les gens qu’ils côtoyaient habituellement sont partis ou alors ont voulu faire des plans bareback», indique son mari.
Sébastien se retrouve au bout du rouleau, amené même dans un hôpital psychiatrique. «C’est Didier qui est venu me chercher alors que j’étais seul, au fond du trou. J’ai vu à ce moment-là qui il était vraiment», explique Sébastien. «Je fais partie de la génération Sida. J’ai perdu des dizaines d’amis. Il était hors de question que je le laisse seul face à tout cela», ajoute Didier.

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«J’ai compris que l’âge n’avait aucune importance»

L’histoire d’amour commence ainsi. Elle est rendue possible par la révolution que Sébastien fait dans sa vie : «J’ai arrêté de sortir dans le Village, je me suis calmé. De toute façon, les jeunes que je fréquentais, y compris mes chums, ne pensaient qu’à dépenser de l’argent, ne lisaient pas un livre, trompaient leur copain. Ce n’est pas cela que je voulais. Concernant Didier, j’ai compris aussi et surtout que l’âge n’avait aucune importance». Celui-ci acquiesce : «Je lui ai apporté une stabilité, une vie sereine. Il est impétueux alors j’arrive à l’apaiser».
À l’inverse qu’est-ce que lui apporte Sébastien ? «Il m’empêche de dépenser trop d’argent en vêtements car lui est beaucoup plus économe, rigole Didier. Plus sérieusement, j’ai toujours préféré les jeunes, je ne m’en cache pas. Je n’aime pas les gens de mon âge parce que justement ils sont vieux, notamment dans leur tête. Pour moi, c’est cela la mort. Si demain Sébastien veut aller à La Ronde, je le suivrai immédiatement. Vous m’imaginez par contre proposer cela à quelqu’un de mon âge? Il me prendrait pour un fou».
«Didier et moi, ce n’est pas l’histoire d’une passion dévorante et tant mieux parce qu’on ne peut rien construire là-dessus. Tous les deux, on s’aime d’un amour vrai, clair et on se rejoint sur l’essentiel. On est une équipe, on a notre maison, notre voiture, notre chien. J’irai le chercher au bout du monde s’il le faut. C’est cela le plus important», dit encore Sébastien.

«Je crois qu’il est fier»

Ce dernier affirme aussi que leur mariage, le 24 avril, a été synonyme de renoncement : «Quand j’ai dit oui, j’ai fait le deuil de petit désirs qui pouvaient me tracasser. Je suis totalement investi. Ce mariage n’arrivera qu’une fois dans ma vie. Rien ne vaut davantage le coup.»
Les deux indiquent n’avoir jusqu’à présent fait l’objet d’aucune réflexion particulière de la part des autres. Néanmoins, Didier se dit sûr qu’«en [les] voyant se promener dans le Village, les trois quarts des gens doivent penser «il va à l’hôtel avec son client.» C’est Sébastien qui au final insiste pour qu’on se tienne par la main. Je crois qu’il est fier».
Du côté des parents, il y a deux sons de cloche différents. Chez Sébastien, peu proche de sa famille, sa mère «connaît Didier. Au début elle ne l’aimait pas. Aujourd’hui, elle est toujours aux prises avec certains préjugés». La mère de Didier, qui habite en Belgique, a, elle, en revanche, hâte de voir pour la première fois son gendre, en 2011. Et réciproquement : «Je voulais partir à Hawaï mas Sébastien tenait absolument à aller en Belgique. Ma mère se méfiait un peu au début.  Mais désormais elle sait tout ce qu’il m’apporte. Il n’y a aucun problème».

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