Zilon, peintre rockeur

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Zilon

Une balade sur la rue Sainte-Catherine. Dans le Village, nos regards s’attardent sur une grande fresque, un graffiti géant qui décore un vieux bâtiment abritant un restaurant asiatique atypique. A la vue de cette oeuvre urbaine, nos yeux s’accrochent à ceux, immenses, des personages représentés sur la toile. Des yeux reconnaissables entre mille, propres à Zilon. Zilon, le peintre roi de Montréal.
Retour en arrière. Montréal, 1987: un club, le Business ouvre ses portes, laissant découvrir un espace entièrement décoré par l’artiste. Les murs se retrouvent recouverts de peinture en aerosol, représentant des visages excentriques qui donnent un ton très rock à l’endroit. Cette création colle parfaitement à l’image de l’artiste. Elle utilise son médium de prédilection, illustre ces visages qui sont aujourd’hui sa marque de fabrique et se trouve dans un lieu dédié à la musique rock et à la fête.

Nostalgique de la jeunesse grunge

Un peu plus de 20 ans plus tard, Zilon propose une nouvelle exposition à la galerie MX dans laquelle il présente des oeuvres inspirées de couvertures de magazines, le tout armé d’une esthétique qu’on lui connaît bien. L’exposition intitulée Eaux trouble$ s’associe à un artiste parfumeur, Claude André Hébert, qui profite du vernissage pour lancer une toute nouvelle fragrance directement influencée par le travail de Zïlon.
L’événement a lieu durant la semaine de la mode et sait sûrement attirer l’attention d’un public branché. À propos du milieu de la mode, le peintre ne mâche d’ailleurs pas ses mots. Il a horreur de l’aspect superficiel de cet univers qui est selon lui « trop propre et guindé ». Se désolant de « voir la jeunesse jouer au snobisme superficiel dans leurs habits à la mode, avec leurs verres fumés de luxe », Zilon regrette l’époque plus grunge où les jeunes osaient se salir, se commettre. Évidemment, cette déclaration ne l’empêche pas de s’intéresser aux nouveautés et d’avoir beaucoup d’amis dans ce milieu.
Au final, ce genre d’opinion permet surtout de confirmer que Zilon Lazer a l’âme d’une rock star, lui qui écoute toujours de la musique en travaillant. Ses créations arrivent à nous faire entendre les rythmes énergiques d’Iggy Pop, The Libertines, Acid Mother Temple… Toujours aujourd’hui, cet artiste en marge peint des oeuvres musicales explosives. Son art chante et célèbre les marginaux. L’artiste s’associe d’ailleurs à la culture underground musicale. Et quand on lui demande ce qu’il pense de l’art gai, il répond ne pas trop aimer ce qualificatif qu’il juge réducteur. Loin de cacher qu’il est en relation avec un homme, Zïlon considère simplement qu’« une orientation sexuelle est loin de définir l’intégralité d’une personne ».

Autodidacte et clandestin

« Quand j’étais petit, ma mère m’amenait avec elle à la messe. Je n’aimais pas trop ça et en sortant, pour me récompenser, mon parrain me donnait un dollar pour que je m’achète des comic books. Ils coûtaient 10 cents chacun, ça m’en faisait beaucoup! » racontait le mauvais garçon aux médias il y a quelques années. Ces souvenirs expliquent bien l’univers visuel qu’il a créé sans n’avoir jamais fait d’école. Zïlon est un autodidacte et la création artistique le suit depuis toujours.
C’est vers la fin des années 70 qu’il commence son entreprise d’embellissement de certains murs délabrés de Montréal. Il recouvre ceux-ci d’immenses oeuvres éphémères en faisant directement appel à la culture rock marginale de l’époque. Là encore, c’est alors la peinture à l’aérosol que l’artiste privilégie, ce qui ajoute à son travail une touche de clandestinité. Déjà dans son art, les visages aux regards mystiques s’imposent, semblant dissimuler derrière leur allure androgyne un terrible secret. La popularité de Zïlon Lazer a ensuite grandi pour en faire l’artiste complet que nous connaissons.

Propriétaire d’un salon de tatouages à 80 ans ?

Ses talents l’auront ensuite amené à travailler différentes facettes de son art. Il est passé de la conception de décors de theâtre à des affiches, ou encore des performances en direct, liées à la vidéo, ou à la musique. Il s’est également occupé du scénarimage de Confessionnal, film de Robert Lepage sorti en 1995 et a collaboré au début des années 2000, pour une collection, avec Phillip Dubuc. À cette occasion, certaines des chemises du designer étaient couvertes de ses dessins. Au total, depuis 1983, Zilon multiplie les expositions de ses oeuvres au Canada comme à l’étranger. Elles font aujourd’hui partie de nombreuses collections publiques et privées des plus prestigieuses.
Zilon, avec son attitude punk irrévérencieuse, s’amuse aussi de l’ironie qui habite cette belle popularité. Il y a quelques années, à ses débuts, il était puni et réprimandé pour ses oeuvres publiques. Aujourd’hui on le récompense et le paie pour continuer à le faire. Et quand on lui parle de retraite éventuelle, l’artiste dit « ne pas y croire ». Il s’imagine à 80 ans « propriétaire d’un salon de tatouages ». Décidément, Zilon compte rester toujours aussi intègre à son essence. Cette personalité excentrique, vous pourrez une nouvelle fois l’observer à la galerie MX sur l’avenue Viger à travers sa nouvelle exposition.
Exposition Eaux trouble$
Du 29 septembre au 17 octobre 2010
Galerie MX
333 Avenue Viger Ouest
Montreal, QC H2Z 0A1
(514) 315-8900