RG-Vers nos 30 ans. Marcel F. Raymond : faire durer le plaisir

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Il peint, écrit et s’implique dans la communauté LGBT avec plaisir. C’est pour les mêmes raisons qu’il a été modèle, bodybuilder, a étudié la politique, le droit ainsi que la littérature française ou qu’il a foulé les quatre coins de la planète et traversé les coulisses du pouvoir.
Dès 1958, vers l’âge de 15 ans, Marcel F. Raymond commençait déjà à poser pour le célèbre photographe Alan B. Stone, dont la liste de clients atteignait 6.000 noms. La vaste majorité des modèles étaient des Américains ou des Canadiens anglais, d’où l’utilité du pseudonyme de Martin Reid.
Malgré son travail, ce n’est qu’autour de 1965 que le jeune homme a connu ses premiers contacts «réels» avec la communauté gaie. «Dans les journaux jaunes, comme le Ici Montréal, on pouvait lire des scandales d’homos arrêtés dans des toilettes d’établissements… Sans le savoir, ils faisaient une forme de promotion et c’est un peu comme ça qu’on savait où aller», explique-t-il.

La genèse du Village

À cette époque, le Village n’existait pas, mais «les initiés» savaient qu’ils pouvaient se retrouver au coin des rues Stanley et Ste-Catherine. Ce n’est qu’au début des années 1970 que la communauté commence lentement à s’agglutiner autour de centre-sud. Pour Marcel F. Raymond, c’est l’ouverture du Priape, vers 1973, qui constitue le fondement du Village tel que nous le connaissons aujourd’hui.
L’escorte, qui voyageait alors souvent vers des destinations comme New York ou San Francisco, a joué un rôle particulier pour les fins de ce commerce. «Alors que j’accompagnais des clients aux États-Unis, j’en profitais pour me faire envoyer des films pornos par la poste. De retour à Montréal, je partais avec mon paquet sous le bras, c’est moi qui fournissais le Priape à l’époque», confie-t-il d’un air amusé.

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Sexe et politique

À l’occasion de la tenue des Jeux olympiques à Montréal en 1976 et même par la suite, le maire Drapeau a encouragé la répression policière à l’égard des homosexuels. Marcel F. Raymond en a été un témoin privilégié. «Mon métier d’escorte m’a permis de me promener dans les corridors du pouvoir… J’ai vu des hommes travailler sur la cause homosexuelle de près», affirme-t-il, donnant l’impression que l’histoire s’est écrite presque sous ses yeux.
Indépendamment des allégeances de partis, Marcel F. Raymond cultive une admiration pour plusieurs hommes politiques, notamment René Lévesque et Pierre Elliot Trudeau, qu’il qualifie de courageux. «Je sais que René Lévesque a été indigné d’apprendre ce qui s’était passé et il a tout de suite discuté avec Bédard, son ministre de la Justice, pour élaborer un projet de loi. Peu de temps après, la loi 88 était votée», faisant du Québec la deuxième société à travers le monde, après le Danemark, à interdire la discrimination basée sur l’orientation sexuelle.
Malgré la fin de sa carrière d’escorte vers 1978, la discrétion légendaire de Marcel F. Raymond le pousse à taire, encore aujourd’hui, les noms de ceux qui lui ont permis d’effleurer le pouvoir politique. Les bibliothèques bien garnies, comme les murs de la maison familiale sur lesquels foisonnent peintures et dédicaces de personnages politiques, témoignent en tout cas de la passion qu’entretient Marcel F. Raymond à la fois pour ce domaine, ainsi que pour l’art et le droit.

Mémoire vive

Entre poésie et peinture, l’homme passe aujourd’hui son temps libre à voyager, lorsque sa santé le lui permet, et à offrir son expertise de gestionnaire aux Archives gaies de Montréal. Le besoin de léguer un héritage n’est certainement pas étranger à cette implication. Atteint de la maladie de Waldenstrom, une forme rare de cancer du sang, Marcel F. Raymond a pris soin de préparer neuf boîtes remplies à craquer de ses souvenirs, destinées aux archives.
Mais que ce soit devant la mort ou la souffrance comme devant la vie, l’homme n’a pas froid aux yeux. Il profite pleinement, écrit, peint et rigole, encore et toujours avec plaisir.

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