L’INDÉCENCE

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Aujourd’hui, plus de 1300 des quelque 4000 organismes communautaires au Québec ont fermé leurs portes ou réduit leurs activités pour protester contre le financement inadéquat de leurs activités par le gouvernement Couillard. Absence d’indexation des subventions pour la plupart des organismes depuis plusieurs années, insuffisance des subventions de base dans le cas des organismes de défense de droits, l’ensemble des organismes estiment leur sous-financement à environ 265 millions $. Les 320 organismes de défense de droits dont les organismes LGBT quant à eux, reçoivent en moyenne 50,000$ comme subvention de base ce qui ne permet guère de payer plus qu’une employée permanente, un petit local et les services de base. Ils demandent 40 millions $ de plus par année.

Pour les organismes LGBT, ces besoins sont encore plus criants puisque la discrimination systémique d’avoir été parmi les derniers champs d’intervention sociale à avoir été reconnus, les frappe de plein fouet. On ne peut certes les accuser d’avoir reçu trop d’argent provenant des deniers publics puisque depuis le début du mouvement communautaire LGBT au tournant des années 1970, nos organismes ont toujours compté essentiellement sur l’autofinancement. Même les GRIS qui font un travail bénévole de démystification de la diversité sexuelle dans les écoles, une tâche qui devrait être assumée par l’État, doivent s’autofinancer très largement. Sans parler du maigre programme de lutte contre l’homophobie de 1,4 million $ par année qui est passé cette année à la moulinette comme si la lutte contre l’homophobie était un grand luxe dont on peut se passer en période d’austérité… surtout quand on n’a jamais rien investi en la matière avant 2012.

Les jeunes LGBT qui subissent de l’intimidation peuvent bien continuer à être tabassés, s’ils continuent de se suicider sept fois plus que les autres jeunes, ce n’est pas un drame, ben voyons, ça peut attendre.

Les organismes LGBT ne peuvent trop compter non plus sur l’aide fédérale, une décennie de gouvernement Harper a éliminé l’essentiel des quelques programmes de subventions existants. Et même avec Justin Trudeau, il n’y a pas l’ombre d’un programme de lutte contre l’homophobie à l’horizon au fédéral, contrairement au racisme ou à la condition féminine où des programmes existent depuis des décennies.

Nos organismes ne peuvent guère compter sur les fondations charitables très souvent d’inspiration religieuse. C’est le cas de Centraide entre autres qui a hérité de ses origines religieuses de ne pas considérer l’homophobie, la transphobie ou le rejet des personnes séropositives et sidéennes comme de l’exclusion, une de ses priorités d’intervention. Malgré que nos organismes soient parmi les plus sous-financés, je n’ai jamais eu connaissance que ce regroupement qui centralise les levées de fonds privées ait financé quelque organisme LGBT que ce soit.

Aussi, nos organismes qui luttent au quotidien contre une discrimination que l’État a cautionné, contre les conséquences d’une répression que l’État a exercé pendant des siècles, doivent encore et toujours compter essentiellement sur le bénévolat et le militantisme.

Tout cela devient très gênant quand nos hérauts de l’austérité, les Coiteux, Couillard et Cie, qui ont repris la même stratégie que le défunt gouvernement Harper, promettent des baisses d’impôt après avoir dit que le gouvernement n’a pas ou n’a plus les moyens de financer ces organismes décemment. Et n’allez surtout pas croire que ces baisses d’impôt s’adresseront aux contribuables LGBT qui paient les mêmes impôts que tout le monde depuis toujours… sans avoir droit au même respect de l’État que les autres citoyens.

Mais ce qui devient vraiment indécent, c’est quand le même gouvernement qui nous dit qu’il n’a pas d’argent pour venir en aide à nos organismes communautaires, dont les prédécesseurs ont laissé les OutGames faire faillite quand l’organisme s’est retrouvé avec une dette de 5 millions $, trouve un milliard de $ comme ça, très aisément, quand une entreprise multinationale comme Bombardier qui s’est enfoncé dans les dettes jusqu’au cou pour développer un avion qui ne décolle pas, vient frapper à la porte représentée par un lobbyiste qui est nul autre que l’ancien ministre des finances du gouvernement libéral de Jean Charest, Raymond Bachand.

Car bien sûr quand les multinationales font des profits, elles en font profiter leurs actionnaires. Mais quand elles subissent des pertes, elles les refilent aux contribuables. Un milliard de $, c’est 700 programmes de lutte contre l’homophobie. C’est quatre fois ce que les 4000 organismes qui viennent en aide aux plus démunis aux quatre coins du Québec demandent.

Les jeunes LGBT qui se font intimider, les LGBT isolés et qui pensent au suicide, les LGBT citoyens théoriquement égaux en droits qui craignent encore de vivre au grand jour, ils peuvent bien attendre. La multinationale est passée à la caisse. C’est ça l’indécence même.