20 ans après le Love-In: COMME ÇA, ILS NOUS AIMAIENT?

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Le 20e anniversaire du Love-In organisé en violation de la loi électorale du Québec à trois jours du référendum sur la souveraineté du Québec du 30 octobre 1995, me rappelle immanquablement ces images d’un militant étudiant gai de l’Université Concordia que j’avais connu lors de la grève contre le dégel des frais de scolarité en 1990, que j’avais vu ce soir-là à la télé acclamer les Jean Chrétien, Jean Charest et autre ténors du NON au square Dorchester.

Quand je l’avais revu au hasard d’une rencontre dans la rue, je lui avais demandé pourquoi il était allé applaudir ces politiciens qui avaient organisé ce rassemblement en violation de la loi référendaire? Il m’avait répondu qu »’un Québec indépendant aurait été un État raciste et fasciste », le laïus par excellence de ceux qui ont bien intégré le discours raciste du Canada anglais contre le Québec, un discours qui tire son origine dans le mépris de Lord Durham pour la ‘nation canadienne’ (on dirait aujourd’hui québécoise) soi-disant ‘incapable de se gouverner’ elle-même sans la ‘race supérieure britannique’ après l’écrasement du mouvement patriote en 1837-1838. Tout un contraste avec le discours d’amour proclamé par ceux auxquels il s’était joint ce jour-là.

Quelques jours après la défaite électorale de Stephen Harper élu, puis réélu avec un gouvernement minoritaire jusqu’à ce qu’il obtienne une majorité en 2011 avec l’essentiel de ses appuis au Canada anglais, qui a gouverné le Canada pendant une décennie, je ne peux résister à la tentation de soumettre cette affirmation à l’épreuve des faits. La progression des droits LGBT en est certes un bon indice. Je ne connais pas de mouvance raciste et fasciste qui ait promu les droits LGBT. Car le racisme, le sexisme et l’homophobie vont généralement de paire  dans la logique patriarcale. Le Québec n’est pas devenu indépendant, mais le Québec a été gouverné durant dix de ces vingt dernières années par des gouvernements souverainistes. Et à Ottawa, de 1995 à 2011, les bloquistes ont compté sur une importante députation, parfois la balance du pouvoir alors que ce sont des gouvernements comptant principalement sur l’appui du Canada anglais qui se sont succédés au fédéral, de Jean Chrétien à Stephen Harper

Au Québec, le constat est simple : depuis vingt ans, c’est sous des gouvernements souverainistes que les droits LGBT ont le plus progressé, n’en déplaise à tous les détracteurs du mouvement souverainiste. Les gouvernements Bouchard, puis Landry ont donné suite au rapport de la Commission des droits de la personne De l’illégalité à l’égalité et dans les cinq années qui suivirent le référendum, le gouvernement du Québec procéda à la reconnaissance des couples de même sexe. Les projets de loi en ce sens furent adoptés à l’Assemblée nationale sans qu’aucun parti n’ose voter contre..

Du côté fédéral, on procéda aussi à la reconnaissance des couples de même sexe, mais l’adoption de ces projets de loi se fit dans une grande division, les Conservateurs et un bon nombre de députés libéraux votant contre, alors qu’une mince majorité était obtenue en faveur du projet de loi avec l’appui d’une majorité des députés libéraux et de la quasi-totalité des députés bloquistes et néo-démocrates. Sans l’appui d’une forte majorité de députés québécois, tous partis confondus, le projet de loi comme tous ceux qui allaient suivre, n’aurait jamais été adopté, les députés du Canada anglais votant toujours majoritairement contre les droits LGBT.

Alors que l’Assemblée nationale du Québec adoptait à l’unanimité la loi sur l’union civile et les nouvelles règles de filiation en 2002, un fait unique dans le monde où le Québec allait aussi loin qu’il pouvait aller comme État fédéré, le Parlement fédéral entamait le 3e millénaire en réaffirmant le caractère hétérosexuel et hétérosexiste du mariage au moment où la Cour Suprême allait entendre les poursuites de couples gais et lesbiens pour obtenir le droit égal au mariage.

Il faudra attendre la décision de la Cour Suprême en 2003 invalidant la définition fédérale du mariage comme l’union exclusive d’un homme et d’une femme pour que le gouvernement fédéral se penche sur la question. Après les longues consultations à travers le Canada organisées par le ministre de la Justice Martin Cauchon évaluant les diverses options incluant le recours à la clause nonobstant, le gouvernement se plie finalement à la décision de la Cour Suprême et propose en 2005 une définition du mariage civil qui n’inclut plus le sexe des partenaires, tout en permettant aux différentes religions de continuer à célébrer des mariages sans se plier à cette nouvelle définition. Le projet de loi est adopté dans la division, une forte majorité de députés québécois votant en faveur, alors que le projet ne recueille que l’appui d’une minorité de députés du Canada anglais.

Durant la même période, le Parlement fédéral adopte toujours selon les mêmes lignes de division un amendement au Code criminel ajoutant l’orientation sexuelle dans la définition de groupe identifiable en matière de propagande haineuse à l’initiative du député néodémocrate Svend Robinson. Les libéraux minoritaires s’entendent toutefois avec les députés alliancistes (les futurs Conservateurs de Stephen Harper) pour élargir l’exception religieuse déjà existante au Code criminel pour protéger les textes religieux homophobes de toute poursuite.

L’adoption du projet de loi sur le mariage crée un vaste ressentiment au Canada anglais sur lequel capitalise le nouveau Parti conservateur de Stephen Harper qui en fait sa première promesse électorale et obtient un premier mandat minoritaire en janvier 2006. Il tentera en décembre 2006 de tenir sa promesse de renverser cette redéfinition, mais échouera en ne réussissant pas à obtenir un appui majoritaire de la chambre, 5 des 10 députés conservateurs du Québec votant même contre l’engagement conservateur.

L’accession au pouvoir de Stephen Harper amorce alors une décennie de recul pour la communauté LGBT, le gouvernement Harper coupant une à une les quelques subventions obtenues par des organismes LGBT.

Au Québec, le gouvernement libéral de Jean Charest, le capitaine Canada que ce militant gai était allé applaudir en 1995, se traîne les pieds de 2004 à 2011 pour donner suite à la demande des États-généraux LGBT organisés à Québec en septembre 2004 et repris par le Groupe mixte de travail sur l’homophobie de la CDPDJ en 2007 de mettre en place une politique nationale de lutte contre l’homophobie. Cette politique voit finalement le jour en 2011, une politique assez unique dans le monde, mais ne reçoit alors qu’un maigre financement quinquennal de 1,4 million$ / an en toute fin de gouvernement Charest, budget qui sera amputé d’un million $ par le gouvernement Couillard en 2015.

Il faudra attendre l’élection du gouvernement du bref gouvernement Marois pour que soit adoptée une loi accédant aux revendications trans priorisées dès 2004. Pendant ce temps au fédéral, la Chambre des communes adopte par une faible majorité le projet de loi C-279 sur les droits trans, mais le gouvernement Harper bloque le projet de loi au Sénat grâce à sa majorité et le projet de loi meurt au feuilleton avec le déclenchement des élections en 2015.

Comme disent les Anglais, ‘the proof of the pudding is in the eating‘, la preuve du pouding, c’est qu’on le mange. La réalité historique a totalement infirmé le préjugé raciste antiquébécois de ce militant gai, ‘inclusif’ avant l’heure. Non seulement le Québec n’a pas été contraint par le Canada d’adopter ces changements législatifs pour établir l’égalité en droits des LGBT, c’est au contraire au Canada et très largement à cause des forces conservatrices du Canada anglais que la lutte contre l’homophobie stagne et recule. C’est grâce à l’appui du Canada anglais que le Canada a eu pendant une décennie un gouvernement affichant son hostilité à l’égard des causes LGBT.

Ainsi donc, ils nous ‘aimaient’ ces Canadiens venus nous dire au mépris de nos lois de rester dans ce Canada. Ils nous aimaient… en nous méprisant, avec la même condescendance qu’ils nous font subir depuis Lord Durham, avec cette conviction raciste de la supériorité de leur gouvernement, de notre soi-disant incapacité à nous gouverner démocratiquement comme ils nous le rappellent périodiquement avec leur Québec-bashing et à laquelle fait écho une certaine mouvance ‘inclusive’.

Leur amour était bien à l’image de ces religions ‘d’amour et de paix’ pour lesquelles ils ont multiplié toutes les exceptions dans les lois canadiennes pour permettre que puisse continuer d’être propagée la haine contre nous, LGBT. Un beau discours sur l’amour fraternel… qui sert d’écran de fumée pour la haine des ‘pécheurs’ et des ‘infidèles’ qui dérogent du dogme.