À la mémoire de Lin Jun

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Aujourd’hui, Lin Jun aurait eu 36 ans. Lin Jun était un nouveau membre de notre communauté. Né le 30 décembre 1978 à Wuhan dans la province du Hubei, cet étudiant chinois s’était installé en juillet 2011 à Montréal pour y poursuivre des études d’ingénieur en sciences informatiques à l’Université Concordia. Jusqu’en mai 2012, il y a vécu avec son amant qu’il avait connu en Chine et qui lui était étudiant à l’Université de Montréal. Comme beaucoup d’hommes gais migrants à Montréal, la métropole leur offrait la possibilité de vivre leur homosexualité assez librement, une homosexualité que Lin Jun n’avait jamais révélé à sa famille qui attendait avec impatience qu’il se marie à une femme.
Lin Jun était aussi tombé en amour avec Montréal. Il y travaillait dans un dépanneur pendant ses études et il souhaitait apprendre le français pour pouvoir y demeurer. Il se faisait appeler Patrick Jun, en français, ou Justin Lin, en anglais, pour mieux s’intégrer au pays. Il s’y était aussi fait des amis qui l’appréciaient. Lin Jun avait une vie comme tant d’autres jeunes hommes gais. Il s’entrainait, il menait une vie tranquille en alliant études et travail. Depuis qu’il avait mis fin à la relation amoureuse avec son amant, il clavardait avec d’autres hommes gais via des sites de rencontre. C’est ainsi qu’il a fait la rencontre d’un monstre qui n’avait pas l’apparence d’un monstre, d’un monstre qui se cachait derrière une apparence soignée, d’un être pour qui la vie des autres n’avait aucune valeur et qui avait décidé de le prouver en tuant, en dépeçant un être humain, en lui infligeant les pires sévices et en diffusant son crime largement avant de fuir pour échapper à la justice.
Lin Jun n’a probablement pas été ciblé par hasard par son assassin. Peu après sa mort atroce, les médias de Toronto avaient révélés que son tueur fréquentait un site suprémaciste blanc où il avait laissé à maintes reprises sous différents pseudonymes des messages haineux contre les immigrants non-blancs, contre les Chinois notamment. Lin Jun se trouvait juste sur le mauvais site de rencontre au mauvais moment comme cela aurait pu arriver à des milliers d’entre nous.
Son assassin vient d’être condamné à perpétuité, mais rien ne ramènera Lin Jun la vie. Les gens qui l’aimaient et au premier titre ses parents et amis ont été détruits par sa fin horrible. Nous avons, nous, perdu un membre de notre communauté. Son assassin a bien essayé de faire croire qu’il avait commis ce meurtre dans un moment de démence, mais le jury ne l’a pas cru tellement ce meurtre avait été planifié et prémédité.
Comme communauté, on doit bien sûr retenir qu’il faut être vigilant face à ceux qui manifestent leur haine de la vie, a fortiori de la vie humaine. Les messages de haine ne devraient jamais nous laisser indifférents. Car les messages de haine en amènent certains à passer aux actes et à détruire des vies. Leur haine aveugle peut les amener à détruire la vie de tant de personnes innocentes et par ricochet celles de leurs proches. Cela peut être la mienne, ça peut être la vôtre et personne ne mérite de voir ainsi détruit son être et ses rêves.
Aujourd’hui, au lieu de se réjouir, les proches de Jun Lin cherchent toujours des réponses pour comprendre pourquoi un crime aussi abject a mis fin à la vie de leur fils, d’un frère, d’un ami. Ils ont trouvé un peu de réconfort dans la décision rendue par le jury en notre nom quelques jours avant son anniversaire.
En mon nom et au nom du magazine Être, je souhaite les assurer de notre solidarité. Les membres de la communauté qui le souhaitent peuvent aussi envoyer des messages de solidarité ou faire des dons à La fiducie familiale Lin Jun afin de venir en aide à la famille Lin. La totalité des dons amassés sera versée aux trois membres de la famille Lin en vue de les aider à reconstruire leurs vies. Prouvons ainsi que pour nous la vie, chaque vie a de la valeur.
http://www.famillelinjun.com

1 Comment

  1. Jacques Lalonde

    2014-12-30 at 16h12

    My sympathies !