Van Hechter : entre rock et résurrection,  show must go on !

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Van Hechter est un personnage surprenant, un artiste, évidemment, mais un personnage imposant et attachant. Lors de notre rencontre, ma première impression a été la même que si je me trouvais en face d’une star mondiale de la dimension d’un Sinatra, d’une Madonna ou d’un Freddy Mercury, il en a l’aura. Après seulement dix minutes, la sensation d’être avec le voisin le plus sympathique du quartier, ou l’ami d’enfance retrouvé, s’est imposée avec un plaisir communicatif.

Van Hechter est le chanteur leader du groupe Where’s Mickey ? et sa musique, à l’instar d’un groupe comme Depeche Mode, est une pop-electro puriste et rock, aux textes profonds et aux sonorités eighties.
Le groupe existe depuis 2009 et leur popularité a grandi principalement en Europe. Cet été une compilation de leurs plus grands hits est sortie sous le titre de « Best Of Glimmer/Where’s Mickey », ce qui ramène Van Hechter aux origines du groupe et à sa rencontre avec son partenaire de « crimes musicaux » Jérôme Boogie.

Van Hechter

« J’ai grandi à Montréal et j’ai beaucoup voyagé. Au départ, j’ai eu une band punk qui a bien fonctionné au Canada, mais le groupe s’est dissolu au début 2000. Les années suivantes ont été très difficiles mais très instructives. J’ai longtemps cherché des collaborateurs, des musiciens, des auteurs et beaucoup de projets ont avorté. Puis j’ai fait la connaissance de Jérôme, mon acolyte québécois, qui m’a fait découvrir le Québec pure laine et avec qui la connexion créative s’est faite immédiatement. Après une chanson ensemble, nous avons signé pour un album. »

Le succès du groupe est d’abord venu du milieu électro universitaire de Boston mais le groupe a dû rapidement changer de nom, pourquoi ?

Van Hechter.  On s’appelait Glimmer et il y avait une mauvaise perception entre ce nom et mon personnage excessif, fashion victim et arrogant. Bien sûr, tout cela était de l’humour mais notre nom le contredisait dans l’esprit des gens, malgré les bons retours des médias… En le changeant pour Where’s Mickey ? la dérision fut alors évidente.

Le succès s’est amplifié du côté de l’Europe : à Paris, à Amsterdam, en Angleterre mais aussi au Canada. Le best of est arrivé à point nommé en 2014.

V.H.  En effet, et le summum du plaisir est que tous les titres les plus téléchargés par nos fans ont été remasterisés. Je ressens une réelle valorisation de la part du Label. C’est une belle reconnaissance pour Where’s Mickey ? et pour notre public.»

Un parcours artistique qui semble finalement logique avec la manière dont tu as toujours dirigé ta vie.

V.H.  Je n’attends jamais rien. Je pense qu’il faut se laisser surprendre dans le bon sens. Mes années de galère et tout ce qui est arrivé devaient arriver puisque mon public a entre 16 et 25 ans, il n’était pas prêt pour moi avant.

La compilation réunit les chansons des deux époques du groupe (Glimmer et Where’s Mickey) puisqu’il s’agit du même duo de musiciens et des mêmes thèmes avec une approche différente due à l’évolution de leur carrière.

La compilation réunit les chansons des deux époques du groupe (Glimmer et Where’s Mickey) puisqu’il s’agit du même duo de musiciens et des mêmes thèmes avec une approche différente due à l’évolution de leur carrière.

La belle aventure du groupe a duré cinq ans, et la perfection veut qu’on accepte lorsqu’elle se termine sans qu’elle ne se soit jamais abîmée. Aujourd’hui l’air du changement a sonné et une page se tourne, Van Hechter se lance en solo et vient de finir son 1er album « Danceterium », pour lequel il cherche un nouveau label de préférence nord-américain. Seul, il est davantage mis à nu, et cette exposition assumée ne s’est pas réalisée sans un travail d’introspection intense, un mot qui domine le parcours du chanteur.

Van Hechter a perdu sa mère lorsqu’il avait 3 ans et son père, il y a deux ans, d’un cancer du poumon. L’ombre de la maladie a pesé sur une longue partie de sa vie, lui-même s’est battu contre un cancer des testicules il y a quelques années.
La peine, la réinvention et la résurrection sont ses compagnes de toujours et probablement ses inspirations créatives.

Issu de l’audition du BAC en Chant de l’Université de Concordia dans les années 90, il aurait dû se sentir privilégié d’être tout de suite accepté grâce à ses grandes aptitudes de chanteur lyrique. Au lieu de cela, il est sorti prendre un paquet de cigarettes et fumer comme on entre en rébellion, face au programme stricte qu’on voulait lui imposer. « I don’t want this life, f… you !»

C’étaient des mots libérateurs que tu exprimais à ce moment précis ?

V.H.  Je pense qu’il faut suivre son instinct. J’avais à m’affranchir de bien des choses. Je devais vivre une vie plus folle que celle qu’on cherchait à me recommander. Il faut n’en faire à sa tête, peu importe ce que les autres suggèrent!
Je voulais devenir la personne que j’avais envie d’être. Je me suis certainement cassé la voix, je voulais sortir des contraintes des chanteurs d’opéra. Mais j’ai vécu la vie que je voulais à cette époque et je suis devenu qui je voulais être.

Cette obstination vient-elle du fait que tu n’as pas eu d’enfance ?

V.H. J’ai dû porter le deuil de ma mère mais aussi celui de mon père pour elle. À sept ans j’étais presque vieux, à 15 j’avais l’impression d’en avoir 40, alors à 20 ans je me suis rattrapé !

Qu’est-ce que tu as fait ?
V.H.  J’ai arrêté de faire ce qu’on attendait de moi et j’ai eu raison. J’étais doué pour tenir les commerces de mon père et mes finances auraient été bien meilleures mais, comme pour l’université, ça a été une question de choix. Je ne le regrette pas.

Une telle détermination pourrait nous faire croire que tout s’est simplifié dans ta vie. Ça n’a pas du tout été le cas.

V.H. En pleine bataille contre mon cancer, ma meilleure amie m’a laissé tombé et ça a été très dur. Ma vision de la vie peut paraître pessimiste mais, pour avoir vu la mort de près trop longtemps, je suis aujourd’hui très conscient et anxieux de tout ce qui fait peur sur cette planète, so let’s have a big party ! Il y a des réponses que l’on n’obtiendra jamais, même celles qui nous obsèdent. Cela fait aussi parti du processus de deuil, et il faut l’accepter.

Ce mélange de conscience sombre et d’énergie positive se ressent dans tes chansons. De même que cet « égo » que tu assumes presque comme une saine « schizophrénie ».

V.H. Le personnage de Van Hechter me porte. Il est mon double énergique. Je sens libre de dire tout ce que je pense. Mon pseudonyme est comme une protection, si un jour j’ai des enfants, par exemple. Le but d’être un artiste est de provoquer des échanges. J’aurais pu rester à contempler la vie sans rien faire mais j’ai décidé de vivre de ma musique. Si je ne l’avais pas fait, je serai sans doute plus riche mais le vrai luxe est de faire ce qu’on aime dans la vie. Et la liberté coûte cher.

Une maturité et une vision du monde qui nous promet le meilleur pour l’album solo à venir. Le vidéoclip de la chanson titre (Danceterium) va être diffusé dès le mois de novembre, pour tester les réactions.

Un nouveau chapitre de Van Hechter qui cumule les bonheurs nouveaux ! Tu as survécu à ton cancer, tu entames une nouvelle carrière et tu t’es aussi marié dernièrement ?
V.H.  Tu sais, j’aimais ma vie sexuelle quelque peu débridée, » dit-il avec un sourire malicieux, « mais je me suis laissé convaincre par ce mariage avec mon conjoint.

En parlant de ton conjoint, ton homosexualité n’est pas vraiment évidente, notamment dans les clips et les photos de Where’s Mickey ? où on te voit souvent accompagné de femmes, pourquoi ?
V.H.  Je peux parfois être avec des filles tout simplement parce qu’on peut être gai et avoir une image « humaine », que ce soit avec des filles ou des garçons. Je ne suis pas hétérophobe !

Ta franchise est plutôt rare chez les chanteurs de notre époque qui veulent plaire à tout le monde ou provoquer pour le marketing.

V.H. Ma vanité est probablement le résultat de la fin de notre société. Le monde va mal mais je me sens beau et toujours prêt pour le meilleur !

Voilà un des atouts qui nous séduit chez Van Hechter, une maturité et un humour à tout épreuve. Une arrogance assumée et une profonde humanité à motiver son prochain vers cette vie qui est un combat permanent, avec une teinte de glamour et de dérision qui fait le plaisir de son public et qui fera le votre dès que vous l’aurez écouté.

Alors, comme il le dit si bien : let’s have a big party !

À surveiller, le clip « Danceterium » qui sort en novembre et qui est le 1er extrait du futur album du même titre.

À surveiller, le clip « Danceterium » qui sort en novembre et qui est le 1er extrait du futur album du même titre.

Crédits photos : Sophie Artiges (pour les noir et blanc) / Andras Toth (pour les couleurs).