L’abbé Raymond Gravel, un ami de notre communauté, est décédé

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Ce matin à l’âge de 61 ans, aux tout débuts de la Semaine de la Fierté LGBT de Montréal, l’Abbé Raymond Gravel est décédé emporté par un cancer du poumon. En août 2013, ses médecins lui avaient diagnostiqué un cancer de stade 4 avec des métastases aux os. Conscient de son état, Raymond Gravel avait déclaré vouloir «se battre tant et aussi longtemps qu’il y a de l’espoir».
Prêtre pour le diocèse de Joliette depuis 28 ans, Raymond Gravel était aussi connu pour son implication politique qui l’avait mené à la Chambre des communes, comme député bloquiste de Repentigny, de 2006 à 2008, ainsi que pour son ouverture envers la communauté LGBT.
Bien qu’il ait dû renoncer à exercer dans son diocèse le temps de son mandat à Ottawa, M. Gravel avait toujours dit que sa loyauté irait à l’Église d’abord. C’est d’ailleurs cette loyauté qui aura raison de son mandat de député après que le Vatican eut exigé qu’il choisisse entre l’Église et la politique.
Né le 4 novembre 1952, à Saint-Damien-de-Brandon, Raymond Gravel a été le premier prêtre québécois à se faire élire à la Chambre des communes du Canada. En 2008, il a défendu publiquement le docteur Henry Morgentaler pour avoir reçu l’ordre du Canada, ce qui lui a presque valu sa prêtrise.
Son message d’ouverture sur des enjeux comme l’avortement et l’homosexualité, véritables tabous dans l’Église catholique, a fait réagir certains regroupements religieux conservateurs.
Cette ouverture de la part d’un prêtre atypique qui a travaillé plusieurs années dans des bars gais avant de devenir prêtre, lui avait valu de recevoir de la Fondation Émergence le Prix de lutte contre l’homophobie il y a 10 ans.
À l’occasion de la seconde édition de la Journée nationale de lutte contre l’homophobie, tenue le 2 juin 2004, la Fondation Émergence avait décerné le prix Lutte contre l’homophobie 2004 à l’abbé Raymond Gravel, alors prêtre et curé de la paroisse Saint-Joachim-de-la-Plaine
Alors que l’Église catholique faisait campagne contre le mariage gai, l’abbé Raymond Gravel prenait publiquement position en faveur du droit des personnes homosexuelles au mariage civil. Il a marqué à nouveau son opposition envers la décision de l’Archevêché de Montréal concernant l’obligation d’imposer des tests de dépistage du VIH aux futurs prêtres. Sans doute un précédent au Québec : un membre du clergé catholique marque son opposition au discours officiel de son Église et se prononce en faveur des droits des personnes homosexuelles. L’abbé Gravel a, par la suite, été de toutes les tribunes et n’a jamais dérogé de ses convictions.

« La Fondation Émergence a tenu à rendre hommage à l’abbé Gravel et à lui décerner le prix Lutte contre l’homophobie 2004 pour son courage et surtout pour l’espoir que comporte son message d’inclusion et d’acceptation pour les personnes homosexuelles » de déclarer monsieur Laurent McCutcheon, président de la Fondation Émergence.
Les prises de position de l’abbé Gravel ne sont pas sans rappeler celles des militants et des militantes de la première heure, pour lesquels le mariage civil homosexuel était une utopie et qui, aujourd’hui, est une réalité. « L’action de l’abbé Gravel est un exemple de courage qui, nous l’espérons, sera suivi par d’autres dans tous les milieux » avait déclaré monsieur McCutcheon.
Espérant qu’il aura été un pionnier au sein de l’Église catholique et que d’autres suivront ses pas dans les années à venir.