KASHINK, artiste avant-gardiste et humaniste

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Alors que la Coupe Rogers se prépare à sa grande finale, le microsite TENNISROGERSMTL, lancé par la firme ROGERS en juin, avait créé l’événement en amont du tournoi international de tennis. À l’occasion du vernissage STREET ART, lors de la seconde édition du Festival MURAL de Montréal, ROGERS a demandé à l’artiste-peintre KASHINK de transformer une murale géante par la magie de son talent sur le Boulevard Saint-Laurent .
 Nous avons rencontré cette artiste unique.

Kashink est une femme surprenante, qui vous fixe droit dans les yeux de son joli regard vert et communique avec sympathie et sincérité. Kashink porte une moustache, dessinée au eye-liner comme d’autres femmes se font des yeux de biche ou le contour des lèvres. Kashink peint de toutes ses influences internationales des images aussi joyeuses que profondes et intenses. Kashink est une artiste et un des exemples qui définit le mieux ce que nous sommes : des êtres humains. Pour le Festival Mural de Montréal, la firme Roger lui a proposé un partenariat en lui laissant une totale liberté de création, ce que l’artiste a beaucoup apprécié et elle s’est donnée totalement à l’aventure.

 

Elle a peint cet immense mur de 18 mètres de haut de 9h du matin jusque dans la nuit à 1h du matin. La pluie ayant ralenti le travail de la fresque, cette réalisation impressionnante est le plus haut mur que la jeune femme a peint !

Kashink est une artiste engagée, pourquoi ?

Kashink . De mon histoire personnelle, j’ai toujours été hors des cases pré-formatées du système. J’ai toujours été un mélange de fille coquette et de garçon manqué. Et c’est ce que je suis naturellement, totalement et profondément.

Je peins dans la rue, c’est une expression qui amène les gens à réagir directement, une possibilité de communication immédiate avec nos semblables. Ce n’est pas toujours facile de constater que les gens sont parfois aveugles face à l’art. Je suis une fille qui porte une moustache et qui peint des heures et des jours entiers dans la rue et pourtant il arrive que les gens ne me voient pas !

Mais pour moi, l’art urbain est un engagement positif, une manière de s’exprimer et de montrer une certaine forme de provocation plus directe. Croiser l’art dans la rue et leur quotidien les pousse parfois à penser et à réfléchir autrement.

L’an dernier, la montée de l’homophobie en France a été un choc. Une onde agressive et cruelle sur le pays. J’ai partagé mon point de vue pour défendre le mariage pour tous. C’était mon devoir d’intervenir. Le long du célèbre canal St Martin, dans le quartier de République, sur un mur de 7 mètres de haut et de 15m de large, j’ai peint des gâteaux de mariage avec des couples d’hommes, une série que les anglophones adorent et qui a beaucoup de succès un peu partout. Le projet s’appelle Fifty cakes of gay et je viens d’en réaliser sur un mur de Montréal, dans le quartier du Village.

Pourquoi des couples d’hommes et pas des couples de femmes aussi ?

K . Le message est clair et englobe toute la communauté LGBT, même si ce ne sont que des couples d’hommes. Pour moi, le rapport à l’image de la femme dans l’art a trop souvent été utilisé à des fins mercantiles, cela fragilisait ma démarche. C’était important de créer un message percutant sans entrer dans un carcan stéréotypé.

La diversité de l’humanité est vitale pour le monde et elle m’est chère depuis longtemps, d’où le respect des droits et leur légitimité. Je n’aurais jamais cru qu’on manifesterait pour priver les autres de leurs droits ! C’était violent, on y impliquait même des enfants ! Et dès que l’on a mis la lumière sur ces personnes, d’autres ont voulu être aussi sous la lumière des médias, mais je ne suis même pas sûre qu’ils étaient tous conscients de l’injustice qu’ils voulaient revendiquer !

Dans tes implications, tu as travaillé avec Act Up, l’association militante internationale de lutte contre le sida. Ont ils imposé une demande précise ou ont ils laisser libre cours à ton inspiration ?

K . Act Up m’a laissé carte blanche et je suis fière d’avoir travailler avec eux. Mais j’ai choisi de me libérer d’un engagement exclusif et j’ai aussi collaboré avec Emmaüs et la Croix Rouge. Je veux m’investir dans toutes les causes qui me tiennent à cœur.

 

C’est formidable de s’impliquer, mais comment vivre de ton art quand tu participes bénévolement aussi souvent à des organismes humanitaires ?

K . Comme beaucoup d’artistes, j’ai des commandes de particuliers et des entreprises dont certaines, comme Rogers, qui sont lucratives. On est le fruit de l’expérience sociale, on vit et on s’adapte au fait que tout est mis en marché. Mais c’est aussi important de recevoir des demandes ou d’être exposée dans un musée ou une galerie, même pour une « artiste de rue » comme moi, ça signifie aussi que les gens qui viennent voir mon travail me choisissent.

Mais les projets que je développe bénévolement sont financés grâce aux commandes que je reçois, je trouve mon équilibre comme ça.

Dans tes œuvres, on retrouve une influence tribale, parfois morbide, rappelant les sorcelleries exotiques des cultures haïtiennes ou de la Nouvelle Orléans et, même temps, des images festives et joyeuses. Ces contraires cohabitent-ils en toi ou dans ta vision du monde ?

K . Oui, absolument ! Ils cohabitent en moi. Je suis une personne vivante et positive qui puise au plus profond de son être pour créer et dans toute la souffrance que provoquent les systèmes sociaux et gouvernementaux.

On peut se sentirsouvent inadapté face à ce que le système nous impose. Alors on grandit, on apprend à s’adapter et c’est une grande force de pouvoir le faire.
Mon énergie créatrice est un cadeau, sans vouloir être mégalo (sourires). Je puise dans ma noirceur pour en faire quelque chose de positif. Je suis heureuse quand on ne voit pas que le côté superficiel des choses. J’aime l’art naïf, tout comme l’art haïtien et l’art mystique ont éveillé ma passion dès le début. Derrière les couleurs festives, il y a une gravité qui parle de la douleur des peuples dans mes œuvres, bien que j’exprime ma vision par rapport à mon expérience personnelle et multiculturelle.

Je suis toujours étonnée de voir l’interprétation que chacun peut faire de mes personnages dans mes peintures. Toi, tu y vois Haïti et la Nouvelle Orléans, certains vont y voir l’Indonésie, le Japon ou l’Afrique, d’autres l’Amérique Latine, c’est très divers. C’est ça qui m’intéresse, que chacun puise dans sa propre vision du monde, selon son expérience, parce que j’ai envie que mes peintures puissent être comprises par toutes sortes de cultures différentes, et mon inspiration se nourrit dans cette diversité.

 

Depuis combien de temps est ce que tu peins ?

K . À fond, depuis 8 ans. Avant ça, je me suis éveillé petit à petit comme on se forme à la vie. Aujourd’hui, je peins tous les jours.
J’ai beaucoup travaillé pour en être arrivée là. J’ai toujours aimé peindre, dès l’enfance, mais j’ai longtemps cherché à exprimer toute ma personnalité.

Quel conseil donnerais-tu à tous les artistes en devenir ?

K . Je fais des ateliers pour les petits et les ados, de 5 à 15 ans environ. Je pratique souvent dans des quartiers difficiles, pour deux raisons : premièrement, dans ma démarche personnelle, rien que ma moustache est déjà un défiavec les jeunes à problèmes et c’est très efficace. Cela leur renvoie que tu peux être une femme différente, capable de construire et de s’épanouir. Ils sont très réceptifs au fait que ta vraie nature te permet de bâtir quelque chose de plus solide et de positif.
Deuxièmement, quand j’observe le travail de ces jeunes, je les pousse à continuer à créer pour que ça instaure et développe leur confiance. Cette responsabilité est vitale. J’aurai atteint mon but si je revoyais l’un d’eux dans dix ans et qu’il me dise que l’atelier a été une étape géniale, que je l’ai aidé et que tout ce qu’il a appris lui a permis d’avancer.

De plus en plus populaire, Kashink a été applaudie à l’Art Basel de Miami (un des plus gros événement d’art contemporain) fin 2013. Elle a participé à l’exposition « Women on the walls » dont le commissaire était Jeffrey Deitch, le directeur du MOCA (Museum of Contemporary Art) de Los Angeles où elle a peint ses gâteaux de mariages gais avec « une cabine à empathie » dans laquelle on pouvait se prendre en photo à la place d’un couple d’hommes.
« Une réflexion complète sur l’art et l’humanisme, l’engagement et le fun. Comme un pont entre les deux. » Dit-elle.

 

Ambitieuse professionnelle et humaniste engagée, la jeune femme assume toutes ses facettes avec une simplicité jubilatoire et communicative, elle conclut :

« Pour être honnête, on donne tout ce qu’on a en soi pour créer et, la plupart du temps on veut que nos œuvres soient vues de tous. Cela n’est pas incompatible avec le message humain qu’on porte en soi.

Et en tant qu’artiste, je garde aussi un pied dans l’origine du street art, où tout a commencé : dans la rue. »

Des rues qu’elle dompte pour notre plus grand plaisir et au hasard desquelles nous espérons très vite la voir encore et encore.

Pour plus d’infos sur Kashink : www.kashink.com / www.flickr.com/kashink/

http://kashink.tumblr.com/

Crédits photos: Richard JYMMYNY Des Lys / portrait Kashink et Richard Des Lys par Bérénice Messéant